Société 

Comment les ressourceries redonnent vie à vos objets

actualisé le 17/01/2015 à 16h16

A l'Atelier d'éco Solidaire, artistes, designers et bricoleurs retapent et relookent des rebuts (DR)

A l’Atelier d’éco-solidaire, artistes, designers et bricoleurs retapent et relookent des rebuts (DR)

Grâce au recyclage de vos vieilleries, des ressourceries, comme l’Atelier d’éco-solidaire à Bordeaux, préservent la planète et créent des emplois – 30 dans le futur centre de tri du Relais Gironde, notamment. Vous pouvez même réparer vous-même vos objets dans des ateliers participatifs – le Garage moderne, Récup’R, L’Etincelle…

Des caisses de vin en bois qui trainent dans sa cave, certains en font des étagères, beaucoup les bazardent. L’Atelier d’éco-solidaire de Bordeaux les récupère pour les revendre à des bricoleurs, ou alimenter des créateurs recycleurs. Hurlu Design a conçu avec ce matériau une lampe, qui commence à être fabriquée en série par des travailleurs handicapés de l’ESAT (établissement d’aide par le travail) de Verdelais (Gironde).

Cet objet sera présenté ce week-end pour la quatrième édition du marché des éco-créateurs, aux côtés d’autres meubles, bijoux ou oeuvres d’art produits par 25 designers et artistes. Il illustre bien la démarche des ressourceries comme l’Atelier d’éco-solidaire : ces filières sont une aubaine pour réduire notre production de déchets, mais aussi pour contribuer à l’emploi et à l’insertion.

L’Atelier d’éco-solidaire compte actuellement 10 salariés dans ses locaux de Bordeaux-Nord et son magasin du Grand Parc. Recup’R, spécialisé vélos et textiles, et la Ressourcerie, de l’ARQC (association de la Régie de quartier de Cenon), 8 salariés, travaille dans le même esprit, selon son directeur Guy Dehez :

« La majeure partie de notre activité consiste à récupérer des meubles chez les particuliers qui souhaitent s’en débarrasser. Nous les remettons en état, et les revendons à petits prix dans notre boutique, prioritairement pour les habitants des quartiers. Au delà du réemploi, nous sommes un chantier d’insertion : le travail du bois est un moyen de remobiliser les gens éloignés de l’emploi, de reprendre contact avec les réalités d’une entreprise. »

 Atelier d’éco-solidaire en galère

A Bordeaux même, les déchets auraient créé en peu de temps une cinquantaine d’emplois dans l’économie sociale et solidaire, selon la Ville. Mais les missions des ressourceries peuvent difficilement atteindre l’équilibre financier, juge Fabrice Kaïd, directeur de l’Atelier d’éco-solidaire :

« On revend des produits qui ont nécessité du travail de collecte et de création, à des gens exclus de la consommation, notamment dans le quartier sensible du Grand Parc. C’est une économie négative : non seulement ce n’est pas équilibré mais on perd de l’argent, c’est logique. »

Soutenu par la CUB, qui lui prête des locaux à Bordeaux-Nord, l’Atelier espère depuis quelques années une subvention de 15000 euros, selon Fabrice Kaïd souvent promise par les élus, mais jamais versée. Or la société a actuellement du mal à verser les salaires en fin de mois, et attend un signe des nouveaux responsables du dossier déchets à la CUB : « On aimerait donc que notre action soit davantage reconnue – on enlève 58 tonnes sur les 2000 réutilisable sur la CUB. »

« Tout le monde des encore ans les starting-blocks à la CUB, mais d’après ce que j’ai pu entendre des différente élus concernés, je suis plutôt optimiste, signale Yohan David, élu à la Ville de Bordeaux, en charge de l’économie sociale et solidaire. Les politiques de circuits courts et de prévention des déchets sont des priorités, il faut bâtir sur les initiatives existantes, telles que l’Atelier d’éco-solidaire ou Récup’R. »

L'atelier vélo de recop'R (DR)

L’atelier vélo de Récup’R (DR)

Relais Gironde double ses effectifs

D’autant que d’autres branches de la récup’, structurées au niveau national, marchent bien. Basée à Pessac, Envie Gironde, entreprise spécialisée dans la réparation et la revente d’appareils d’électroménager, vient d’ouvrir un nouveau site à Lormont, avec 12 salariés.

Le Relais Gironde, coopérative de 30 salariés, dont 17 contrats d’insertion pour des jeunes sans qualification ou chômeurs de longue durée, va bientôt doubler ses effectifs : elle ouvre prochainement à Bordeaux Nord d’un centre de tri, pour réceptionner les 4000 tonnes de vêtements, tissus et chaussures collectées chaque année dans ses cent bornes sur l’agglomération. Ces vêtements seront ensuite raccommodées et bradées dans les friperies de Relais, ou recyclées en chiffons et matériau isolant.

« Un Français jette à la poubelle en moyenne 12 kilos de vêtements par an, on ne parvient à en récupérer que 2,5 kilos, contre 9 en Allemagne, par exemple, indique Marie Besse, de Relais Gironde. Quand on sait que le coût de collecte et d’élimination des déchets coûte à la collectivité entre 300 et 400 euros la tonne, et que nous proposons notre service gratuitement, cela signifie nous faisons faire des centaines de milliers d’euros d’économie à la CUB. »

Le gisement de tissus commence même à intéresser les géants du privé : Relais Gironde a récemment perdu 200 tonnes de don car un syndicat intercommunal de l’Entre-Deux-Mers, le Semoctom (Pompignac, Créon…) a préféré confier contre rétribution ses bornes de collecte à Sita Négoce…

Galerie marchande sociale et solidaire

La CUB rêve de développer ces filières des produits issus du recyclage, autour de trois ressourceries d’envergure. R3 (réseau de réemploi des deux rives, prononcer R Cube), qui réunit entre autres la Ressourcerie de Cenon, et vient de voir le jour, va dans ce sens.

A Bègles, un terrain de 2000 m2 de la CUB est réservé pour créer une galerie marchande sociale et solidaire, qui rassemblerait tous les acteurs locaux du recyclage. Le public pourrait déposer ses déchets et acheter des objets produits par ces ressourceries.

« Le bâtiment aurait déjà dû être livré, car il était inscrit dans le contrat de codéveloppement entre la Ville et la CUB, souligne Clément Rossignol, adjoint au maire de Bègles. On ne peut que déplorer ce retard, car l’un des objectifs vise à réduire le recours à l’incinération des déchets, notamment dans l’usine Astria de Bègles. »

Le hic, c’est que la CUB a du mal à trouver des volontaires : Récup’R, qui travaille bien avec les gens du quartier près de la gare Saint-Jean, a décliné, tout comme Emmaus.

« Si on attend des porteurs de projets qu’ils arrivent avec un modèle économique viable immédiatement, on risque d’attendre longtemps, poursuit Clément Rossignol, ex vice-président de la CUB. Cela ne me choquerait pas que sur la phase de lancement, la Communauté urbaine épaule également le fonctionnement. »

Contactée par Rue89 Bordeaux, la CUB n’a pas donné suite à notre demande d’entretien, les nouveaux élus n’étant pas encore au parfum. La transition écologique doit attendre celle des équipes politiques.

Les Etincelles, atelier participatif à Bègles, aide à réparer des petits appareils d'électroménager (DR)

Les Etincelles, atelier participatif à Bègles, aide à réparer des petits appareils d’électroménager (DR)

Toi aussi fais des Etincelles

« Do it together » – faites le vous-même, ensemble –, c’est le credo de l’Open Bidouille Camp, dont la deuxième édition a lieu ce week-end à la Fabrique Pola. De nombreux ateliers offrent au public (3000 personnes l’an dernier) l’occasion de créer ou de retaper soi-même des objets. Et le principe fait de plus en plus d’adepte. Dans la roue du Garage moderne, où les adhérents peuvent réparer eux-même leur vélo ou leur auto, plusieurs associations ont créé des ateliers participatifs.

L’association Recup’R offre à ses 128 adhérents à Bordeaux des espaces et des outils pour raccommoder ses habits ou bricoler son deux-roues. La Ressourcerie, à Cenon, propose des ateliers de menuiserie : les gens y vont les vendredi avec leurs meubles, et bénéficient de conseils pour les remettre en état.

Nouveau venu dans cette filière, les ateliers L’Etincelle, à Bègles, permettent de s’initier à la métallerie, ou de bricoler des petits appareils électroménagers.

« Nous sommes ouverts aux gens qui voudraient faire des choses sans avoir le matériel pour cela, type poste à souder, ni les conditions pour pouvoir faire du bruit, par exemple, raconte Guillaume Sorel, cofondateur de L’Etincelle. Ils peuvent aussi venir avec leur sèche-cheveux ou leur grille-pain en panne, qu’ils voudraient garder, mais dont le prix de la réparation est 5 fois plus cher que celui d’un article neuf. On démonte alors l’appareil ensemble, on cherche la panne et on répare ensemble. Dans 90% des cas ça marche, sans avoir beaucoup d’outils ni de compétences. »

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux
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