Société 

Etudiants et enseignants bordelais contre les « économies de bouts de ficelle »

actualisé le 15/12/2014 à 08h44

Une soixantaine de manifestants se sont regroupés sur le parvis de la fac des lettres à Pessac (Xavier Ridon / Rue89Bordeaux)

Une soixantaine de manifestants se sont regroupés sur le parvis de la fac des lettres à Pessac (Xavier Ridon/Rue89Bordeaux)

Les étudiants et enseignants de l’Université de Bordeaux ont manifesté contre la « dégradation de l’enseignement supérieur français » dans le cadre d’une action nationale. Ce vendredi, François Hollande devrait annoncer le retour des crédits amputés.

« Le prochain budget sera un budget d’austérité » et Thibaud Deguilhem ne l’accepte pas. Le doctorant en sciences économiques de l’Université de Bordeaux fait partie des fondateurs de l’association bordelaise des doctorants en sciences humaines et sociales. Créée ce mercredi, l’association a vite rejoint les rangs de la contestation.

Ce jeudi midi, elle se trouve entourée par les collègues de Sud recherche, les étudiants de l’Unef et de Sud et par les enseignants de la CGT et de la FSU. Ils sont une soixantaine sur le parvis de la fac de lettres à Pessac.

La journée d’action est nationale. Elle veut défendre l’enseignement supérieur et la recherche. « La logique nationale se répercute partout et donc à Bordeaux, explique Thibaud Deguilhem, toutes les composantes sont impactées et tous les doctorants sont visés. » Les exemples selon lui ne manquent pas pour expliquer la dégradation de l’enseignement supérieur français :

« Nous, doctorants, n’avons plus de formation pédagogique et on nous jette dans des Travaux Dirigés pour donner des cours devant une quarantaine d’étudiants. Nous avons plus d’étudiants que les années passées ce qui veut dire plus de préparations et plus de corrections, mais aucune rémunération à la hauteur. Et puis la fusion [des universités de Bordeaux en janvier 2014, NDLR] a rogné des acquis sociaux : ceux qui donnaient des cours et rendaient service à Bordeaux-Montesquieu, étaient exonérés de cotisation. La fusion a supprimé cet acquis sous couvert d’égalité avec les autres facs. On a nivelé par le bas. »

Il raconte aussi comment les jurys n’ont même plus accès à des bouteilles d’eau. « Ce sont des économies de bouts de ficelle à l’heure où l’université parle d’internationalisation », déplore-t-il.

Budget voté, postes gelés

La manifestation précède en plus le vote du futur budget de l’Université Bordeaux III qui aura lieu mardi prochain. Pour cette mobilisation, Les syndicats étudiants Sud et Unef sont main dans la main. Damien Fernandes, élu Sud au conseil d’administration de l’université de Bordeaux-Montaigne, s’inquiète :

« Le futur budget sera en baisse de 10%. Il devrait geler une vingtaine de postes, des professeurs, du personnel Biatos [Bibliothécaires, ingénieurs, administratifs, techniciens, personnels sociaux et de santé, NDLR]. Cette logique entraine aussi des classes de TD surchargés. »

La politique en place engendrerait aussi la fusion des filières selon l’étudiant :

« L’année dernière, ça a déjà fait disparaitre celle d’italien. A Caen et Nantes, ils ont fusionné Histoire et Sociologie. »

A l’Unef, Emma Berthault pointe une déviance de la loi Fioraso sur les universités :

« Les postes promis par la loi ne sont pas pourvus par l’université. Ils permettent de combler le budget. L’année dernière, ça a déjà été le cas avec 8 postes qui devaient voir le jour mais qui n’existent toujours pas. »

Les syndicats FSU, CGT, Unef et Sud appelaient à manifester. (Xavier Ridon / Rue89Bordeaux)

Les syndicats FSU, CGT, Unef et Sud appelaient à manifester. (XR/ Rue89Bordeaux)

« On doit faire plus avec moins »

La mobilisation n’est pas celle des grands jours sur le campus de Bordeaux. En regardant au loin son laboratoire de recherche, Eric Berr, maître de conférences en économie s’en désole.

« Les collègues râlent. Ils n’ont que la ligne de tramway à traverser pour venir ici, mais ne l’ont pas fait. »

Membre du Snesup-FSU, le membre du collectif des économistes atterrés dénonce le « sous-encadrement des étudiants ». Selon lui, dans sa filière, le nombre d’étudiants en première année d’économie et gestion a augmenté de 25% par rapport à l’année dernière. Résultat, ils se retrouvent à 900 dans une salle de 600. Même schéma pour ses étudiants en AES (administration, économique et sociale) où ils sont 700 dans une salle de 400 places.

« Dans ce cas-là, on nous répond que certains vont abandonner et donc ça va se réguler. C’est la négation de pourquoi on est là. Ce qui se passe ici, je le compare toujours à ce qui a été fait à la Poste et à France Télécom : on doit faire plus avec moins et répondre à cette logique du privé. Mais qu’est-ce que ça veut dire faire des objectifs, chez nous ? »

A la fin de la manifestation, une nouvelle tombe. François Hollande devrait redonner les 70 millions d’euros de crédits amputés dans le budget des universités. En réaction à la mobilisation du monde universitaire, le président de la République devrait annoncer ce vendredi qu’il agira grâce à un amendement gouvernemental. Pour autant, les manifestants ne sont pas rassurés. L’assemblée générale qui s’est déroulée le mercredi 10 décembre a appelé au blocage du Conseil d’administration de l’Université de Bordeaux mardi 16 décembre. Plus tôt ce même jour, aura lieu une nouvelle assemblée générale à 11h dans l’amphithéâtre Bernard (ex-Bordeaux IV).

L'AUTEUR
Xavier Ridon
Xavier Ridon
Rémois, devenu journaliste à Tours, installé à Bordeaux. Bref, file vers le Sud avec un micro et un stylo.
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