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Comment partir skier sans voiture dans les Pyrénées

actualisé le 07/04/2016 à 16h56

Dessin Simon Mitteault/Rue89 Bordeaux

Dessin Simon Mitteault/Rue89 Bordeaux

Des Bordelais lancent Co-rider.fr, une plateforme de covoiturage doublée d’un réseau social qui cible les passionnés de sports de glisse. Une aubaine : les stations de ski pyrénéennes sont mal desservies par le train et le bus depuis la capitale aquitaine, et la voiture individuelle plombe leur bilan carbone. Par Anne Chaput et Simon Barthélémy.

Le communautarisme a parfois du bon, notamment lorsqu’il permet de réaliser des économies, de réduire la pollution et de se faire de nouveaux amis. C’est là-dessus que misent les quatre créateurs bordelais du site Co-rider.fr dédié aux amateurs de glisse – surf, kite, planche à voile, ski, snowboard… – qui fonctionnera à la fois comme un réseau social spécialisé et une plateforme de covoiturage pour rejoindre les « spots » à moindre coût.

En développement depuis un an, le site est désormais construit « à 90% » d’après François Naud qui en assure la promotion et prévoit un lancement début 2015, après la fin de la campagne lancée par l’équipe sur la plateforme de financement participatif Aquitaine-startup.fr pour récolter 5000€.

« Co-rider.fr sera adapté à différents usages : la plateforme permettra à la fois aux solitaires de se regrouper pour organiser ensemble une session de surf ou de snowboard sur la côte atlantique ou dans les Pyrénées, et ainsi de diviser les frais de déplacement et de faire des rencontres, mais aussi aux groupes d’amis déjà constitués de fonctionner comme une véritable communauté, en s’envoyant des alertes météo (les infos seront disponibles sur le site), en organisant les voyages et en partageant des photos et des commentaires sur les sessions. »

Covoiturage : ça bouchonne dans les Pyrénées

Co-rider rejoint d’autres sites de covoiturage déjà existants, dont certains spécialisés pour les skieurs (coriding.com, skivoiturage.com…). La société bordelaise s’inspire du modèle de BlaBlaCar, en retenant une commission sur les trajets organisés via sa plateforme.

Mais, anticipant les limites de ce mode de financement, la start-up compte nouer des partenariats avec les stations de ski et les écoles de surf aquitaines qui proposeront des offres ciblées sur le site.

La pente s’annonce raide car les stations pyrénéennes travaillent déjà avec le leader français du secteur. Ainsi, l’office de tourisme du Béarn et du Pays Basque oriente vers le site de covoiturage des Pyrénées-Atlantiques, conçu avec BlaBlaCar, les fans de glisse qui voudraient se rendre à Gourette ou à La Pierre-Saint-Martin.

L’entreprise a également pignon sur rue chez N’Py, gestionnaire de 8 stations du massif, dont Barèges-La Mongie ou Cauterets, dans les Hautes-Pyrénées. Il est possible de chercher une place dans une voiture en cliquant dans l’onglet « Conditions d’accès » de chaque station, puis dans le widget « le covoiturage, c’est moins cher ».

Réduc’ sur les forfaits

Et c’est d’autant moins cher à Ax 3 Domaines : dans le cadre d’un partenariat avec BlaBlaCar, encore elle, la commune ariégeoise est la première des Pyrénées à proposer une réduction de 10% sur les forfaits, ainsi qu’une place réservée dans le parking au pied des pistes, pour tout utilisateur venu en voiture avec trois autres personnes.

N’Py incite aussi ses clients à s’organiser, via une application Facebook spéciale pour les skieurs, N’PY Connection. Ses 50 080 fans peuvent entrer en contact par son intermédiaire, de quoi faciliter le covoiturage, le partage d’une journée de glisse, voire d’un hébergement.

« Les stations pyrénéennes étaient un peu vieux jeu, mais elles sont en train d’évoluer, se réjouit Mathieu Classe, coprésident de l’association Moutain Riders, qui réalise chaque année un Eco-Guide de stations de ski. Elles se souciaient encore peu, récemment, des questions de transport, davantage préoccupées par les questions sociales ou de ressources en eau, pour pallier l’enneigement irrégulier. Elles réalisent désormais que le trafic pose beaucoup de problèmes, avec des bouchons tous les dimanches et des stations submergées de voitures. »

Jean Canal, directeur de la Confédération Pyrénéenne du Tourisme, acquiesce :

« La voiture reste la plus concurrentielle sur les grandes destinations de proximité – Montpellier, Toulouse, Bordeaux… Et des problèmes de rentabilité limitent les initiatives – Luchon a par exemple arrêté sa navette depuis l’aéroport de Toulouse. Toutefois, les stations pensent à ce problème. Dans leur bilan carbone, le transport est le point noir (57% des émissions de gaz à effet de serre, NDLR). »

Transport collectif : une seule liaison directe entre Bordeaux et Pyrénées

En partie parce qu’elles sont à la traîne sur le dossier des transports, aucune station des Pyrénées n’a encore décroché le Flocon d’or, décerné cette année par Mountain Riders à la Vallée de Chamonix-Mont Blanc et aux Rousses (Jura).

Des navettes existent depuis les grandes villes les plus proches du massif (Pau, Irun, Bayonne…). Mais depuis Bordeaux, l’accès aux Pyrénées est compliqué pour tout fan de glisse dépourvu de voiture. Il n’existe qu’une seule liaison directe, en car, le Skibus à destination de Cauterets, via Talence et Mont-de-Marsan (à partir de 44 euros, transport+forfait d’une journée).

Impossible en revanche d’aller skier en train directement depuis la gare Saint-Jean, alors qu’il est possible de passer par le rail depuis Toulouse à Ax 3 Domaines. Le temps nécessaire (autour de 5 heures, mieux vaut partir la veille) et les changements indispensables (à Pau, Lourdes ou Oloron-Sainte Marie) en dissuaderont plus d’un.

Et contrairement aux Toulousains, qui bénéficient du Skirail (package train-forfait subventionné par la région Midi-Pyrénées), les skieurs et snowboarders bordelais ne sont pas incités à changer leurs habitudes.

Mais pour Jean Canal, directeur de la Confédération Pyrénéenne du Tourisme, cela pourrait changer :

« Il va y avoir du potentiel pour développer les alternatives à la voiture individuelle. Nous aurons des cartes à jouer avec l’arrivée du TGV, qui va rapprocher des Pyrénées notre plus gros potentiel : on pourra aller chercher les Parisiens à Bordeaux en leur proposant des navettes ou des trains. Avec la libéralisation des lignes de bus, j’entends déjà des professionnels se positionner pour desservir les stations depuis Perpignan ou Carcassonne. »

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