Culture 

La Salle des fêtes du Grand Parc pas encore en scène

actualisé le 02/06/2015 à 10h08

La Salle des fêtes du Grand Parc (SB/Rue89 Bordeaux)

La Salle des fêtes du Grand Parc (SB/Rue89 Bordeaux)

Fermée depuis 24 ans, la Salle des fêtes du Grand Parc, ex Mecque du rock à Bordeaux, devait rouvrir en 2015, suite à l’action d’un collectif d’habitants. Les travaux ne commenceront finalement qu’à la fin de l’année. Par souci d’économies pour la Ville, mais pas que.

Qui passe devant cette grande bâtisse désaffectée du Grand Parc, taguée et à l’entrée murée par des parpaings, peut difficilement imaginer son glorieux passé. Derrière la façade en mosaïque multicolore de la Salle des fêtes, The Cure ou Iggy Pop ont joué, Noir Désir a fait ses premiers gros concerts… Si bien que le lieu était la Mecque du rock à Bordeaux, jusqu’à sa fermeture, au début des années 90.

En 2011, en amont du festival Evento qui s’apprêtait à ignorer le Grand Parc, un collectif d’habitants et de structures du quartier (associations, centre social…) se mobilise et plaide pour la réouverture de la salle. Objectif : sauver un bâtiment original, conçu en 1967 par l’architecte Claude Ferret, et rendre au Grand Parc l’équipement attractif et l’animation qui lui fait défaut – difficile de trouver un resto ou un troquet ouvert le soir dans ce quartier populaire, sans parler d’un endroit ou danser…

Quelques tickets d'entrée à des concerts à la Salle des fêtes du Grand Parc (DR)

Quelques tickets d’entrée à des concerts à la Salle des fêtes du Grand Parc (DR)

Vivant et polyvalent

Lors de la concertation menée ensuite auprès des habitants, ceux-ci manifestent leur souhait d’un lieu vivant, mais aussi polyvalent : brasserie, hall d’expositions, conférences dédiées à l’éducation populaire… Et bien sûr salle des fêtes proprement dites, où il serait par exemple possible d’organiser des spectacles amateurs, des mariages et autres bar mitzvah…

En septembre 2011, Alain Juppé dit banco. Le projet s’inscrit dans la rénovation urbaine du quartier, et prévoit la création d’une place entre la Salle des fêtes et la piscine du Grand Parc, en face.

Le bâtiment en bon état ne nécessite pas d’intervention lourde, et l’inauguration est un temps promise pour 2015. En juin dernier, lors de Grand Parc en Fête, des visites de la salle sont organisées et conduites par Christophe Hutin, l’architecte lauréat du concours pour la réhabilitation de la salle (en collaboration avec Lacaton et Vassal, il intervient aussi sur le chantier GHI).

Ce dernier n’attend plus que la délivrance des permis de construire lorsque le maire de Bordeaux annonce au dernier conseil de quartier du Grand Parc que les travaux ne démarreront seulement qu’à la fin de cette année.

Des arbitrages pas encore sifflés

La décision est motivée par des impératifs budgétaires, afin d’étaler les dépenses d’investissement de la Ville – la rénovation coûte 4 millions d’euros hors taxes. Mais aussi par le fait que « les arbitrages sur le mode de fonctionnement du lieu et sa gouvernance n’ont pas été rendus », justifie la mairie au Collectif SDF.

« On ne s’attendait pas à cette annonce d’Alain Juppé sachant que jusqu’à présent la Ville a tenu ses engagements, et que les délais ont été tenus, explique Stéphane Marolleau, directeur de GP Intencité, le centre social et culturel du quartier, et membre du Collectif SDF. Un an de retard sur un projet de cette ampleur, ce n’est pas considérable. Mais nous avons le sentiment que les choses ont été prises à l’envers : il aurait été nécessaire d’engager d’entrée de jeu le débat sur la question des contenus. C’était une anomalie de lancer le projet architectural, car Christophe Hutin s’est retrouvé gêné aux entournures, sans interlocuteur direct à la Ville. »

Les grandes lignes du projet ne sont toutefois pas menacées par le report. Mais des points apparemment techniques semblent encore faire débat, comme par exemple, l’aménagement intérieur de la salle : faut-il garder la scène originale surélevée ou la démolir pour créer un large plateau plus conforme aux standards actuels ? Garder la capacité originelle d’accueil du public ?

L'intérieur de la future Salle des fêtes, avec une baie vitrée au fond de la scène (Image Christophe Hutin/DR)

L’intérieur de la future Salle des fêtes, avec une baie vitrée au fond de la scène (Image Christophe Hutin/DR)

Or derrière ces questions se posent celles de la programmation – pour avoir une certaine viabilité, et garnir ses 1000 places, quels spectacles la Salle des fêtes proposera-t-elle ? Devra-t-elle par exemple renoncer au rock, qui a pris ses quartiers à Barbey ou au Krakatoa, et miser sur le stand-up, qui attire la jeunesse ? Ou au contraire tabler sur un retour de Cantat au Grand Parc pour séduire les foules ?

Autant de sujets qui devront être arrêtés avec la direction artistique de l’établissement, dont la forme juridique – gestion municipale directe ou délégation de service public – n’est pas non plus déterminée.

Mettre un pied dans la porte

Pour en débattre, le Collectif SDF se réjouit de la clarification opérée par la mairie : jusqu’à récemment, le dossier était porté politiquement par la maire-adjointe du quartier, Anne-Marie Cazalet, mais techniquement partagé entre les services culture et vie associative et culture. Un chef de projet pour la Salle des fêtes a récemment été désigné, et rattaché à la direction générale des affaires culturelles.

« Il y a une vraie volonté de dialogue, et on espère avoir des rendez-vous réguliers avec lui, poursuit Stéphane Marolleau, du Collectif SDF. Le problème c’est essentiellement la difficulté qu’a la ville à considérer le Collectif comme un véritable interlocuteur : on est renvoyés à des phases de concertation traditionnelles, et pas associés pleinement au montage du projet. »

Or le Collectif, à l’origine de la réouverture prochaine de la Salle des Fêtes, souhaite que les habitants aient un pied dans la place, et leur mot à dire sur son fonctionnement.

Sur le papier, la mairie est ouverte à cette participation citoyenne, et se dit prête à expérimenter un modèle de gouvernance original, tenant compte des différents usages souhaités pour la salle. La Ville et le Collectif mènent actuellement un « benchmarking » de scènes de quartier équivalentes en France, comme le Grand Sud, à Lille.

Visite de la Salle des fêtes en juin dernier (SB/Rue89 Bordeaux)

Visite de la Salle des fêtes en juin dernier (SB/Rue89 Bordeaux)

Pour un Lieu Unique à Bordeaux

De son côté, le Collectif a fait à la mairie une proposition de SCIC (société coopérative à intérêt collectif), qui permettrait à leurs représentants d’être présent dans l’organigramme. Mais il a pour l’instant renoncé à réclamer la direction du lieu, au contraire de La Halle des Douves qui sera gérée par l’association à l’origine de la rénovation de l’ancien marché jouxtant les Capucins.

Malgré des rendez-vous régulièrement organisés dans le quartier pour faire connaître et élaborer son projet, le collectif SDF s’estime insuffisamment pourvu des moyens humains et des compétences nécessaires à la gestion d’un tel équipement.

« Pour tous les acteurs du Collectif, il y a sans doute un excès de modestie, poursuit Stéphane Marolleau. Beaucoup de nos membres ont leur propre structure à gérer, et n’ont pas vocation à développer leur activité, c’est le cas du centre social. Et nous voulions garantir à la ville le fait que nous ne souhaitions pas prendre le pouvoir, mais contribuer à ce que ce projet soit bon pour le quartier. Cela nous a permis d’avoir de la légitimité et de la crédibilité, mais ce point fort peut devenir notre point faible : à force de ne pas vouloir se mouiller plus que ça, on risque de voir nous échapper la salle ».

Si les portes de la Salle des fêtes sont encore closes, tous les rêves restent permis. Lors d’une journée Qu’en fêtes vous ?, organisée par le Collectif SDF, les habitants se demandaient ce qu’ils pouvaient attendre de la salle. On y a entre autres évoqué l’idée d’un Lieu Unique bordelais, qui, inspirée de l’ancienne usine de biscuits nantaise, ferait tout à la fois office de salle de spectacle, de librairie ou encore de dance floor ouvert toute la nuit. Trouver une telle alchimie, c’est pas du gâteau.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux
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