Société 

Les riverains du Parc Lescure ne lâchent rien

actualisé le 17/12/2015 à 01h41

    Harcelé de questions sur l'avenir du stade, Jean-Louis David a un peu tiré la langue (SB/Rue89 Bordeaux)

Harcelé de questions sur l’avenir du stade, Jean-Louis David a un peu tiré la langue (SB/Rue89 Bordeaux)

Près de 200 riverains se sont rassemblés ce jeudi pour défendre la plaine des sports du stade Chaban-Delmas, qu’ils craignent de voir « bétonnée ». Avant le conseil de quartier du 29 juin, la réunion a été marquée par de vifs échanges avec l’adjoint au maire Jean-Louis David. Reportage.

Un tour de piste et une joute. Jeudi soir, près de 200 riverains du Parc Lescure se retrouvent dans la plaine des sports ; ils font un petit footing symbolique, signé des post-it et une pétition pour défendre ce site, qu’ils jugent menacés par le projet de rénovation du stade Chaban-Delmas. Projet sur lequel les habitants présents à ce « rassemblement sportif et citoyen », estiment avoir été insuffisamment consultés : la Ville a retenu l’équipe Pierre Ferret-Adim (filiale de Vinci), sans présentation publique préalable des 4 dossiers en lice.

Sur les marches du stadium, Jean-Louis David tente d’expliquer la position de la mairie : « Si on se défaussait, je ne serai pas là ! » Lors d’une scène assez théâtrale, l’adjoint d’Alain Juppé en charge de la proximité, est sévèrement pris à partie par une foule familiale et hétéroclite :

« Je suis née dans le quartier il y a 82 ans et le stade, il ne faut pas y toucher ! », prévient une dame bien pomponnée.

Assistance échauffée

Lyrique, un quinqua lance :

« Assassiner un stade, c’est comme retirer un cinéma, une bibliothèque ou une école. »

Certains posent des questions : un voisin du virage nord demande si celui-ci, qui est « devant son jardin », sera conservé.

Une bénévole de l’union sportive Saint-Bruno vient plaider (en tailleur) la cause des trois terrains de tennis de Chaban (l’ancien résistant, licencié à Primrose, aurait apprécié), où viennent jouer les 350 jeunes de son association.

De jeunes mères de famille (en shorts), espèrent que leurs enfants pourront continuer à s’ébrouer dans la plaine, eux aussi.

« Si Vinci arrive, c’est pour faire 400 logements, pas une copropriété de 12 appartements, croit savoir Sandrine Mondon, une voisine arborant le t-shirt du Marathon de Bordeaux. Mais on les met où si on ne touche pas de la plaine des sports ? »

Le moins mauvais des quatre

Sans vouloir trop en dire – Alain Juppé détaillera le projet le 29 juin prochain lors d’un conseil de quartier, il s’agit de ne pas lui brûler la politesse –, Jean-Louis David essaie de rassurer l’assistance échauffée, et pas seulement par le jogging. D’abord, la rénovation de Chaban n’est qu’à l’état de « plan guide » :

« Est-ce qu’il y aura des commerces ? Point d’interrogation. Des logements ? Point d’interrogation. Combien ? Point d’interrogation. »

Et puis la municipalité a opté pour le projet le moins mauvais des quatre, poursuit l’adjoint :

« L’un ressemblait à Eurodisney, un autre à une piscine géante. Il y avait même dans un des trois une tour de je ne sais combien d’étages ! Le lauréat présentait les solutions les plus avancées économiquement et architecturalement parlant. »

Surtout, s’avance Jean-Louis David, si constructions il y a, elles seront sur les boulevards et rue Albert Thomas (qui longe le stade au sud-est). Car l’appel à projet imposait (entre autres contraintes) de ne pas toucher à la plaine, et de garder tous les équipements, fréquentés annuellement par 400000 personnes – autant que l’affluence du stade.

Yann Mondon (en bleu à droite) entraîne les riverains dans sa foulée (SB/Rue89 Bordeaux)

Yann Mondon (en bleu à droite) entraîne les riverains dans sa foulée (SB/Rue89 Bordeaux)

A la santé du trinquet

Pas tous les équipements, rétorque toutefois un des interlocuteurs de l’adjoint, brandissant ce document envoyé aux architectes et promoteurs : la Ville de Bordeaux ne s’est en effet pas engagée à préserver « les terrains du trinquet (ou terrain de pelote basque), peu utilisé ». Yann Mondon (oui, c’est l’époux de la dame citée plus haut, et il a aussi couru le marathon), fondateur de l’association « Parc Lescure Hier et Demain », nous montre le terrain en question. Il est long de 95 mètres, large de 18, flanqué de deux frontons, et jouxte la résidence des Mondon…

« Qu’il y ait des logements, tant mieux, et même des logements sociaux. Mais pas si c’est une barre d’immeubles comme à La Courneuve, ou des bâtiments qui défigurent le quartier. »

Patrimoine mais presque

La densité tracasse certaines mamans sur le manque de places à l’école, comme les automobilistes qui se demandent où ils pourront se garer. Mais aussi un historien de l’art membre du comité Unesco de Bordeaux, Marc Saboya : après avoir signalé que le Parc Lescure se trouve dans une « zone tampon », hors du périmètre strict de surveillance du patrimoine Unesco, il assure que le comité aura tout de même « son mot à dire ».

Et il est chaudement applaudi lorsqu’il invite à prendre « une position unie pour la conservation du stadium tel qu’il est actuellement. On ne peut pas accepter que la partie du fronton soit celle que se réserve Vinci ».

Selon Yann Mondon, il serait en outre question que foncier soit en partie cédé au promoteur immobilier au bout de cinq ans.

« Vrai ou pas ? Après l’opacité sur le déroulement du projet, on veut avoir des certitudes, c’est tout », ajoute-t-il.

Le conseil de quartier avec le maire de Bordeaux s’annonce en tous les cas animé. Dans la foule, quelqu’un se demande si après avoir déjà changé d’avis sur l’avenir du stade Chaban-Delmas, Alain Juppé pourrait une nouvelle fois se rétracter.

Il n'est pas exclu que les terrains de pelote basque soient construits (SB/Rue89 Bordeaux)

Il n’est pas exclu que les terrains de pelote basque soient construits (SB/Rue89 Bordeaux)

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux
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