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« Sans ma voiture », ces Bordelais poursuivent l’aventure

Ultime réunion des participants bordelais à l'opération SansMaVoiture (SB/Rue89 Bordeaux)

Ultime réunion des participants bordelais à l’opération SansMaVoiture (SB/Rue89 Bordeaux)

Bilan positif pour l’opération Sans Ma Voiture, pilotée par Koolicar et Citiz : après deux mois de sevrage automobile, près de la moitié des 32 participants sur Bordeaux Métropole vont revendre leur voiture. En pleine COP21, l’expérience est riche d’enseignements sur les mobilités alternatives moins polluantes.

Nous étions 32 ménages sur la liste de départ de SansMaVoiture, le 3 octobre (oui, « nous », car votre serviteur, sa compagne et leurs deux marmots étaient dans le même bateau). Après deux mois de séquestration des Titines dans un sombre parking de la métropole bordelaise, jouxtant le siège de TBC et le cimetière, après 63 jours de vélo, tram, bus, marche à pied, covoiturage ou autopartage, dans quelle état allions nous nous retrouver à l’arrivée, samedi 5 décembre ?

Pas mal, merci. On ne peut pas en dire autant de nos bagnoles : au moment des retrouvailles, 5 d’entre elles avaient la batterie à plat. Après s’être mutuellement dépannés, leurs propriétaires sont repartis gonflés à bloc, et pour beaucoup décidés à se débarrasser de leurs boulets.

C’est le cas de Carol, 30 ans, qui compte bien refourguer son Renault Espace :

« Je m’en servais surtout pour transporter de la bière artisanale, que je vendais le week-end sur les marchés. Mais j’ai eu récemment pour 2500 euros de travaux, plus que ce que je pouvais gagner grâce à elle ! Et la voiture me coûte 230 euros par mois, entre l’assurance, les parkings et l’essence, sans compter l’entretien et le prix d’achat. A 12 euros la course en Bluecub – j’ai une station devant chez moi -, je ne dépenserai jamais autant. D’autant qu’au quotidien, je me déplace en tram, c’est direct de mon domicile, près de Bergonié, à mon travail, aux Chartrons. »

Retour à la « normale » pour 2 participants sur 32

Seulement 32 personnes ont participé à Bordeaux à l’opération SansMaVoiture à Bordeaux, contre 70 espérées au départ par ses organisateurs, le service d’autopartage entre particuliers Koolicar, épaulé par l’Ademe, Bordeaux Métropole et la Maif.

Mais le bilan est positif : 14, soit 44% d’entre eux, vont ainsi se séparer de leur véhicule, affirme Frédérique Lorentz, directrice marketing de Koolicar :

« 44% réfléchissent encore à la possibilité de vendre leur voiture, deux vont la récupérer mais la mettront en autopartage avec Koolicar. Et deux seulement vont reprendre leurs habitudes, dont un participant qui a abandonné l’opération au bout de 10 jours car il en avait trop besoin pour son travail. »

« Pourquoi je n’ai pas fait ça plus tôt ? »

Ainsi, SansMaVoiture a servi de déclic à plusieurs personnes comme Peggy. Cette architecte d’intérieur de 43 ans, vivant Barrière du Médoc, à Bordeaux, n’aurait jamais pensé à vendre sa caisse sans l’opération, et ne se servait jamais d’une bicyclette :

« Désormais, je me déplace uniquement à vélo – je l’ai mis une fois dans le tram pour monter au Rocher de Palmer, à Cenon. Je ne comprends même pas pourquoi je n’ai pas fait ça plus tôt ! Je ne galère plus dans les bouchons et pour stationner, et j’arrive toujours à l’heure à mes rendez-vous. Ceci dit j’ai actuellement surtout des chantiers sur Bordeaux Métropole, on verra quand il faudra que je me déplace plus loin. »

Après deux mois sans rouler, les batteries de plusieurs voitures étaient à plat (SB/Rue89 Bordeaux)

Après deux mois sans rouler, les batteries de plusieurs voitures étaient à plat (SB/Rue89 Bordeaux)

Même Catherine, une habitante de Mérignac de 54 ans, a pratiqué sans problème tous les transports alternatifs mis à disposition par SansMaVoiture (gratuité de l’abonnement à TBC, au VCub, à Koolicar, Citiz et BlueCub, plus 50 euros de crédit dans chacun de ces trois services d’autopartage).

Seul hic : elle a écopé d’une amende pour s’être mal garé près de chez elle, car les emplacements réservés à Citiz étaient squattés par les voisins….

Freins à l’autopartage

Mais des freins à l’autopartage ont été constatés par les participants à SansMaVoiture, qui en ont fait part lors d’un retour d’expérience collectif, samedi dernier à Bordeaux : difficulté pour trimbaler les sièges auto des enfants ou partir à l’improviste faire une ballade en forêt avec des vélos dans le coffre ; manque de souplesse (il est nécessaire de s’inscrire sur l’application pour les deux systèmes, d’attendre une réponse du propriétaire pour Koolicar), notamment par rapport aux voitures en libre-service de BlueCub ; ou encore le peu d’instructions disponibles dans les voitures.

Les organisateurs ont fait leur mea culpa, et promis qu’ils feraient davantage de pédagogie lors de la prochaine édition – « Il faut davantage accompagner les gens lors de la première location, après ça roule ».

Mais les prix, en particulier chez Koolicar, en ont aussi refroidi certains, surtout quand il s’agissait de sortir de l’agglo, a fortiori pour 2 ou 3 jours. Plusieurs « piétons » ont par exemple renoncé à un projet de week-end car les solutions Citiz ou Koolicar étaient jugées trop onéreuses, ou qu’il était impossible d’emprunter les transports en commun.

« 100 euros pour aller à Montalivet, et encore, en partant le samedi matin pour rentrer le dimanche soir, c’était trop cher, raconte Géraud. Mais j’ai pu me faire prêter une voiture par des amis. »

Permis B et système D

Même avec permis B, ne plus avoir de voiture nécessite de recourir au système D. Dans notre cas, du covoiturage pour aller en famille à un anniversaire près de Castillon-la-Bataille ; le vélo triporteur des voisins pour accompagner deux enfants voir Aldebert à Eysines (6 kilomètres depuis Bordeaux, 35 minutes).

Si l’opération est une goutte d’eau dans l’océan du trafic auto, les participants à SansMaVoiture sont unanimement fiers de leur bilan :

« Il faut faire quelque chose, on ne peut pas tous avoir une voiture par personne, c’est du stress, des bouchons et de la pollution », résume Carol.

D’accord aussi pour penser que l’autopartage n’est pas un effet de mode, mais un changement de fond. A condition de faciliter la vie des gens avec une application unique pour les différents services (en cours de réalisation), et les pousser à mutualiser leurs véhicules entre voisins.

« Pourquoi pas en créant des postes de concierge, quartier par quartier, qui serait chargé de prêter les clés aux uns et aux autres, et de vérifier l’état des voitures », lance Géraud.

Bon wagon

Les participants ont également profité de la présence à la réunion de responsables transport de la métropole et de TBC pour râler un coup contre les trams bondés et l’état du réseau pour les vélos – pistes cyclables non protégés sur les boulevards, nombre insuffisant de contre sens cyclables ou d’arceaux pour les attacher…

Et pour la prochaine édition de SansMaVoiture, si elle a lieu, ils ont recommandé l’attribution d’abonnements familles plutôt qu’individuels, et la participation d’autres acteurs non impliqués cette année (TER, TransGironde, Blablacar). Histoire d’inciter d’autres gens à prendre comme eux le bon wagon.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux
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