Société 

Bordeaux : « L’école est finie », le squat aussi

L'ancien collège Aliénor d'Aquitaine, rue Barbey, va être démoli (SB/Rue89 Bordeaux)

L’ancien collège Aliénor d’Aquitaine, rue Barbey, va être démoli (SB/Rue89 Bordeaux)

Installés dans l’ancien collège Aliénor d’Aquitaine, les 70 occupants du squat « L’école est finie » ont été évacués ce matin et se retrouvent à la rue.

L’expulsion du squat « L’école est finie », rue Barbey à Bordeaux, était attendue, suite à une décision de justice du 18 octobre dernier. Elle est intervenue ce mardi, à 6h du matin, et au plus mauvais moment pour ses 70 occupants : les voici à la rue alors que les températures sont au plus bas depuis le début de l’hiver.

Motifs : une installation électrique non conforme risquant de provoquer un accident, et la démolition du bâtiment pour laisser place aux projets de la Ville de Bordeaux, propriétaire des locaux, pour l’ilot Santé Navale.

L’évacuation s’est déroulée sans violence, ont indiqué à Rue89 Bordeaux plusieurs personnes délogées, à l’exception d’un squatteur qui aurait été bousculé par les policiers. Ceux-ci ne leur auraient en outre pas laissé suffisamment de temps pour rassembler leurs affaires, et plusieurs effets personnels, dont des papiers d’identité ont été égarés. Des incidents dont la préfecture de région affirme ne pas avoir eu écho.

« Au tribunal, le juge nous avait accordé 40 jours pour évacuer les lieux, et on savait qu’on avait une épée de Damoclès sur la tête, explique Paquito, 53 ans, une des figures du squat. Mais on pensait au moins être avertis… Là, on est expulsé le jour le plus froid de la saison, sans nous proposer de solution de relogement, contrairement à ce qu’avait promis la mairie. »

Pas de trêve hivernale pour les squatteurs

A la préfecture de région, on assure que « des solutions d’hébergement ont été proposées à toutes les personnes présentes » – une nuitée d’hôtel ou, pour une dizaine de Sahraouis, l’accueil dans le centre d’hébergement ouvert à Pessac –, mais que très peu ont accepté. Les services de l’Etat précisent par ailleurs que sur les 70 occupants du squat, 52 personnes – demandeurs d’asile ou immigrés – se sont vu proposer l’aide au retour volontaire dans leur pays d’origine. Toutes ont refusé. Une dizaine d’étrangers en situation irrégulière « seront convoqués au commissariat central ».

De gré ou de force, la plupart des occupants de « L’école est finie » sont en tous cas à la rue. Beaucoup pensaient pouvoir bénéficier de la trêve hivernale des expulsions, en vigueur jusqu’au 15 mars. Mais le dispositif ne s’applique pas aux squats.

« Cela peut paraître absurde ou illégitime, mais c’est légal, on ne protège pas les plus précaires, observe Morgan Garcia, chargé de la mission squat à Médecines du Monde. Alors que les températures sont actuellement négatives la nuit, même les plus jeunes et les moins costauds devront dormir dehors. »

« Vive la France »

Mamadou, un Malien de 24 ans évacué du squat, ne se lamente pas sur son sort :

« Cela fait 2 ans que je suis en France, et deux ans que je vis dehors. Mais je dis “vive la France”, car ce pays m’aide beaucoup. Je suis malade (il n’a pas souhaité préciser de quoi, NDLR), et ici, j’ai pu être traité. Je trouve régulièrement un toit grâce au 115, et il y a toujours des places libres, alors qu’on refuse souvent du monde quand c’est complet. »

Une faille du dispositif bien connue : certains sans-domiciles réservent une place, mais ne vont finalement pas passer la nuit en centre d’hébergement, soit parce qu’ils ont trouvé une autre solution, soit parce qu’ils y renoncent. Dans la nuit de lundi à mardi, il restait ainsi plus 60 places en Gironde, sur les 1061 ouvertes.

Hébergement d’urgence libre ou pas, le 115 ne résout pas les problèmes énormes de logement auquel ont droit les plus démunis, via la loi DALO (Droit au logement opposable), et les demandeurs d’asile.

« Moi je suis au RSA, et ce squat c’était au moins le loyer en moins à payer, souligne Marc, 32 ans, qui a participé à l’ouverture du lieu.  On a eu quelques problèmes dans le squat, qui a accueilli jusqu’à 150 personnes – des étrangers, des demandeurs d’asile, des Français, des punks… Mais on vivait bien ensemble, avec des hauts et des bas. On n’est pas des sauvages, mais ils ont eu peur d’avoir un mort sur les bras. »

Ces échanges, Paquito veut les poursuivre dans un autre squat consacré à la création : « Pour montrer notre énergie à ce monde dans lequel on a pas le droit d’exister. »

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux
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