Société 

9000 à 15000 Bordelais disent « non merci » à El Khomri

Entre 9500 et 15000 personnes ont manifesté ce mercredi à Bordeaux (XR/Rue89 Bordeaux)

Entre 9500 et 15000 personnes ont manifesté ce mercredi à Bordeaux (XR/Rue89 Bordeaux)

Entre 9500 et 15000 personnes ont défilé ce mercredi dans les rues de Bordeaux pour demander le retrait du projet de loi travail. La mobilisation s’est terminée par le blocage d’un amphi de l’Université de Bordeaux.

« Le temps est pourri, le gouvernement aussi ! » Le slogan est improvisé par une étudiante alors que les manifestants – 9500 personnes selon la préfecture et 15000 selon les syndicats – ont dû affronter plusieurs orages de grêles successifs.

La jeunesse lycéenne et estudiantine s’est placée en tête de cortège derrière le slogan fédérateur : « On vaut mieux que ça ». Ainsi, à côté des cégétistes, de nouveaux visages apparaissent, comme Quentin, 22 ans, peu engagé et pas encarté. L’étudiant en droit des affaires a certes manifesté pour le mariage pour tous mais c’est sa première mobilisation sociale :

« Je viens défendre les travailleurs. D’autant qu’il y a des juristes salariés qui ne sont donc pas en professions libérales. »

Un code du travail sous la main, il a étudié le texte du projet de loi et ne veut surtout pas du plafonnement des indemnités prud’homales.

« Les lois permettent déjà de licencier mais en respectant le salarié. Désormais, on parle de licencier sans respecter », s’indigne-t-il.

La jeunesse derrière la banderole de tête (XR/Rue89 Bordeaux)

La jeunesse derrière la banderole de tête (XR/Rue89 Bordeaux)

Derrière eux, les forces syndicales se succèdent : la CGT, Force Ouvrière et Sud Solidaires. Les sections habituées sont là telles que la Carsat, les Ford, le monde de l’éducation. Des autocollants « Touche pas à mon pote » de SOS Racisme sont collés sur quelques vestes. La coordination des intermittents et des précaires scande son soutien aux travailleurs autant qu’aux immigrés. Des membres d’Europe-Ecologie Les Verts, des Jeunes socialistes et de Nouvelle Donne ont amené leurs drapeaux pour demander aussi le retrait du projet de loi.

« Pour la séparation du Medef et de l’Etat »

Sur des bouts de cartons et sur de grands draps, les slogans sont directs (« Khomri non merci », « Patrons goinfrés, jeunesse piétinée ») ou plus originaux (« Pour la séparation du Medef et de l’État »), voire mystérieux (« Je vous ai Khomri »).

Au milieu du cortège, les inspecteurs du travail crient leur rage. Julien Riboulet, représentant du personnel CGT, affirme qu’ils sont une vingtaine, dont des non-syndiqués et un membre de sa hiérarchie. Le syndiqué salue la mobilisation populaire :

« Depuis 2012, il y a déjà eu quatre lois qui ont défoncé le code du travail. Là, on arrive à l’os. Les gens réagissent car ça leur parle, ces questions de licenciements, de salaires. En plus de s’attaquer au cœur du droit du travail, le gouvernement s’attaque à tous les points d’appuis comme les Prud’hommes. »

Sa voisine, contrôleure du travail qui préfère se faire appeler Louise « comme Louise Michel », voit là un recul d’un siècle, depuis la création du ministère du travail.

Pas vu ça depuis les manifs pour Charlie Hebdo

Sur le parcours, un étudiant de Sciences Po regarde un peu surpris depuis les fenêtres de son appartement, rue Esprit des Lois : « La dernière fois que j’avais vu autant de monde, c’était pour la manifestation pour Charlie Hebdo. » Il faut patienter plus d’un quart d’heure pour voir arriver la fin du cortège avec le ballon de la CGT de la centrale du Blayais et la maquette portée par Solidaires d’un Code du Travail prêt à exploser.

Parti de la place de la Victoire, le cortège revient à son point de départ. Et devant le site de la faculté Segalen ex-Bordeaux II, la situation se tend. Une assemblée générale devait s’y tenir mais les portes sont closes. Quelques manifestants entrent par les fenêtres mais en ressortent dans les minutes qui suivent. Les jeunes installés avec leurs banderoles devant les portes sont invités à descendre les marches. Un cordon de police s’installe à leur place.

Bloqués par la police, les manifestants n'ont pu faire leur AG à Bordeaux-Segalen (XR/Rue89 Bordeaux)

Bloqués par la police, les manifestants n’ont pu faire leur AG à Bordeaux-Segalen (XR/Rue89 Bordeaux)

Au mégaphone, un appel au calme est lancé. Au même moment, alors que la grêle tombe à nouveau, refuge est trouvé une rue plus loin, dans l’Amphithéâtre Broca. Le cortège grimpe les étages au rythme de la batucada qui chante « No Khomri, No Cry » sur un air de Bob Marley. Au dernier niveau, sur le toit, le lieu est investi par plus d’un millier de personnes. Les quelques étudiants déjà présents doivent s’éclipser.

De la grêle à l’eau de boudin

Quelques drapeaux de Force Ouvrière, de la CGT, de la FSU flottent encore ; quelques membres de Solidaires sont présents ; mais force est de constater que les salariés n’ont pas suivi – la place de la Victoire est déjà vide. Une militante de Solidaires, venue avec sa fille de 12 ans, prend le micro :

« Aujourd’hui, on manifeste avec nos enfants. Demain [jeudi, NDLR], ce sera avec nos parents pour le soutien à la manifestation des retraités. »

Trois lycéens de l’école du Mirail raconte le blocage de leur bahut qui dès potron-minet s’est soldé par des coups de matraques, des jets de gaz lacrymogène et une arrestation après l’altercation entre un policier et un lycéen. Neuf lycées auraient été plus ou moins bloqués. Puis une question s’impose :

« Est-ce qu’on occupe la fac ? »

Les plus radicaux s’y engagent, suivent des cris au loup réguliers (« la police est entrain de s’équiper ! », mais personne n’arrive). Certains vont bloquer la porte d’entrée, d’autres vont chercher à boire et à manger pour tenir la nuit, beaucoup quittent les lieux. Tous applaudissent quand est évoquée la promesse d’ « un mouvement social radical, fort et long ». Il se prolonge dès ce jeudi matin par un soutien aux salariés de Pôle Emploi à Mériadeck et les assemblées générales ce midi dans les universités, pour se poursuivre ce samedi par une manifestation contre l’état d’urgence.

A travers la France les syndicats revendiquent entre 400 000 et 500 000 manifestants quand le ministère de l’Intérieur en a vu 224 000. Nul ne sait sur quoi débouchera cette coalition de mécontents.

L'AUTEUR
Xavier Ridon
Xavier Ridon
Rémois, devenu journaliste à Tours, installé à Bordeaux. Bref, file vers le Sud avec un micro et un stylo.
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