Politique 

Alain Juppé accusé de « dissimuler » l’endettement de Bordeaux

La salle du conseil municipal (SB/Rue89 Bordeaux)

La salle du conseil municipal (SB/Rue89 Bordeaux)

Le conseil municipal du lundi 6 juin a donné lieu a de vifs débats, deux suspensions de séance, et le départ de la salle de l’opposition, qui a accusé Alain Juppé de « maquiller » les comptes publics 2015.

Un compte administratif, cela peut-être finalement très rock’n’roll. Ce lundi 6 juin, en conseil municipal, les élus socialistes et écologistes ont pris vivement à partie Alain Juppé et son adjoint aux Finances, Nicolas Florian, l’élu PS Matthieu Rouveyre les accusant carrément de « maquiller les comptes publics ».

Motif : l’endettement lié aux Partenariats Public Privé (PPP) n’était pas inscrit en première page du compte administratif. Or selon Matthieu Rouveyre, cette page « permet d’apprécier facilement la situation financière de la collectivité ». Elle simplifie l’intégralité du compte administratif, plus ardu à comprendre. Les chiffres de la dette sont par exemple repris sous forme de ratio par habitant. L’endettement lié aux PPP, présent dans le corps du document, ne figurait pas dans ces ratios. Un détail de forme pour Alain Juppé, mais qui a suffi à mettre le feu aux poudres.

« Manque de transparence »

Au début de la séance, Nicolas Florian, adjoint aux Finances, présente le compte administratif 2015 avec fierté : pas d’emprunts, des dépenses contenues, et même 4,5 millions pour financer de nouvelles opérations.

Étonnement outré du côté de l’opposition : « Les Partenariats Public Privé n’ont pas été inclus ! », remarque Matthieu Rouveyre (PS). Le conseiller municipal dénonce des « chiffres qui ne sont pas sincères ». Selon ses calculs, l’endettement de Bordeaux a augmenté de 51% entre 2014 et 2016.

« Diffamation »

Piqué au vif, l’adjoint aux Finances Nicolas Florian attaque frontalement M. Rouveyre, qu’il accuse de « confusions » et de « mensonges ». Il dénonce « des propos très graves, qui relèvent de la pure diffamation ».

Pour M. Florian, l’essentiel est d’avoir indiqué le chiffre d’endettement avec PPP dans les autres documents :

« On pourrait le mettre dans le ratio, et s’il le faut on le mettra l’année prochaine, mais ce n’est pas obligatoire. »

Alain Juppé reprend de plus belle :

« Nous accuser de dissimuler le PPP alors que son montant est indiqué deux pages plus loin, c’est vraiment une manipulation des chiffres. La dette est là, année après année, nous accuser de l’avoir dissimulée est un mensonge outrancier. »

Pierre Hurmic, élu écologiste, prend part à la polémique :

« Je ne suis pas du tout convaincu par vos explications. Vous reconnaissez que les PPP ne sont pas intégrés au ratio de la dette, et vous dites pour nous faire plaisir “on le fera l’an prochain”. Non, vous nous demandez de voter le compte administratif cette année, nous voulons les chiffres exacts cette année. »

Une calculatrice pour les élus ?

« Vous avez les chiffres, il suffit de faire une addition ! », s’impatiente le maire de Bordeaux.

« Les élus n’ont pas à venir en conseil municipal avec une calculatrice pour rectifier vos erreurs, reprend de plus belle Pierre Hurmic. Ne considérez pas que le ratio de la dette est anecdotique. C’est avec ce chiffre que nous pouvons évaluer les efforts faits par la ville sur plusieurs années. Avec un ratio de la dette qui n’est pas sincère, nous ne pouvons pas travailler. »

« C’est une honte de dire que ce rapport n’est pas sincère. Les chiffres y sont ! », s’étrangle Alain Juppé.

L’élu écologiste accepte alors de revenir sur ses dires, mais dénonce tout de même « des chiffres inexacts ». Et interpelle l’adjoint aux Finances :

« Est-ce que vous pourriez nous donner le document avec le vrai chiffre ? Nous le voulons cette année, M. Florian. »

A bout de nerfs, Alain Juppé ordonne la suspension de la séance pour réimprimer la première page de la délibération. Un astérisque sera ajouté à côté du ratio pour préciser l’endettement avec PPP.

Un effort qui ne calme pas l’opposition, bien au contraire. L’encours de la dette par habitant s’élève à 1 501 euros avec PPP, contre 892 euros hors PPP, précise désormais le document de délibération. Compte tenu de l’importance de cette différence, le groupe socialiste refuse de délibérer sur le compte administratif ce lundi 6 juin.

« Nous vous demandons de reporter ce point de l’ordre du jour pour défaut de transparence envers les élus », assène l’élu PS Vincent Feltesse.

Le ton monte du côté d’Alain Juppé :

« Je n’accéderais pas à cette demande ! »

Les socialistes quittent alors le conseil municipal avant la délibération. Mine réjouie du maire, qui tente de clore ce débat « grotesque et outrancier ». Il demande ensuite à son adjoint aux Finances, Nicolas Florian, de « rétablir la vérité ».

Finalement le compte administratif est adopté à la majorité, avec trois voix contre (EELV et FN). Le groupe écologiste, qui dénonce le mépris d’Alain Juppé envers ses élus, décide à son tour de quitter la séance.

L'AUTEUR
Amélie Petitdemange
Etudiante à l'Institut de Journalisme Bordeaux Aquitaine (IJBA)
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