Société 

Un an après, il y a encore un lézard avec le balcon de Ginko

actualisé le 29/12/2016 à 11h39

Les habitants de la résidence n'avaient plus d'accès à leurs balcons (WS/Rue89 Bordeaux)

Les habitants de la résidence n’avaient plus accès à leurs balcons (WS/Rue89 Bordeaux)

Le 4 août 2015, un balcon de l’immeuble D de l’îlot Saint-Exupéry s’effondre sans faire de victimes. Un an plus tard, l’affaire qui a marqué les esprits des Bordelais, est sur le point d’être réglée. Seul hic : l’accord sur les indemnités.

Depuis un an, il n’y a plus personne aux balcons de l’immeuble D de l’îlot Saint-Exupéry. Après l’effondrement, le 4 août 2015, de celui de l’appartement 416 sur celui du 408, les dispositions ont été radicales : les poignées de toutes les baies vitrées des balcons ont été démontées. Ceux-ci sont ainsi interdits d’accès.

Les locataires font avec, mais certains commencent à trouver le temps long,  surtout que les beaux jours sont là. Certains aimeraient bien ouvrir un peu, ne serait-ce que pour prendre l’air ou regarder par la fenêtre sans avoir la vue obstruée par les échafaudages :

« Depuis un an, ma famille vit enfermée avec l’incapacité d’ouvrir la baie vitrée et avec une vue sur des étais, témoigne Marjorie Pourquey. Je ne peux pas continuer à subir cette situation pour laquelle nous ne sommes en rien responsables. »

Marjorie Pourquey le sait, comme tous les autres habitants, les travaux sont planifiés. Marie-Pascale Jouanno, directrice régionale Sud Ouest Bouygues Immobilier, le confirme à Rue989 Bordeaux :

« Le rapport diligenté par Allianz datant de février 2016 a préconisé une méthodologie pour la réparation de l’ensemble des balcons avec des cerclages métalliques. Ces préconisations ont fait l’objet d’approbation en assemblée générale avec les copropriétaires le 9 mai. Le syndic a rendu un procès verbal. Les travaux démarreront le 29 août et devraient se terminer fin décembre de cette année. »

Colère et inquiétude

A première vue, tout est bien qui finit bien. Mais pour Marjorie Pourquey, enseignante dans le quartier, si on repasse le film de l’année au ralenti, les choses n’ont pas été si simples. Cette jeune femme de 34 ans, propriétaire d’un T3 de 60 m2 avec son mari, et mère de 2 filles, a encore du mal à y voir clair pour son avenir. Pour eux, tout a commencé… au Canada !

« Nous étions partis en vacances. Nous avions échangé notre appartement avec des Canadiens pour le mois d’août 2015. J’étais alors enceinte depuis 5 mois de ma deuxième fille. Quand nous avons appris la nouvelle de l’effondrement du balcon, dans un mail envoyé par notre syndic quelques jours plus tard, c’était comme un coup sur la tête. On ne savait pas quoi faire. On était loin de chez nous et très perturbés. »

Car au-delà de cet accident, un autre projet se trouve menacé. Après ce premier appartement, acheté sur plan en 2010 et livré en 2012, les Pourquey étaient sur le point de faire une nouvelle acquisition immobilière. Marjorie Pourquey explique :

« Dans l’optique de l’agrandissement de la famille, nous avions réservé une maison, toujours à Ginko, livrable en juin 2017. Nous avions donc mis notre appartement en vente. Après cet accident, nous avons dû le retirer du marché. L’anxiété m’avait obligée à me mettre au repos à seulement 5 mois de grossesse, et ma première fille a été suivie par un pédopsychiatre. Voir disparaître notre projet pour notre famille me met en colère… tout ça parce que Bouygues Immobilier nous a menti. »

Marjory Pourquey veut faire reconnaître le préjudice moral (WS/Rue89 Bordeaux)

Marjory Pourquey devant le rapport d’expertise (WS/Rue89 Bordeaux)

Expertise et contre-expertise

Pour Marie-Pascale Jouanno, l’expertise a révélé que le balcon sinistré a connu « un défaut de mise en œuvre pour mauvais positionnement des aciers ». En février 2016, Sud Ouest rapportait que Bouygues mettait en cause un sous-traitant titulaire du lot gros œuvre, l’entreprise Snegso, rachetée entretemps par Ramery.

Bien que la directrice régionale déclare que tous « les balcons ont été rapportés », « cette anomalie n’a pas été relevée sur tous et, par précaution, ils seront renforcés ».

« Le rapport d’expertise mentionne que tous les balcons risquaient la même chose, insiste Marjorie Pourquey. Ça veut dire que ça aurait pu être mon balcon qui tombe ! »

Voici ce que dit exactement le rapport d’expertise du cabinet Saretec : « Tous les balcons ont été coulés postérieurement au coulage des planchers intermédiaires […] De ce fait, c’est l’ensemble des balcons du bâtiment D qui est concerné par le sinistre qu’il devient nécessaire de conforter. » Les copropriétaires ont cependant consulté un autre expert pour en avoir le cœur net et s’assurer que la solution proposée était la bonne.

« On avait l’impression qu’on nous imposait tout, rapporte Marjorie Pourquey. La décision a été prise par le syndic sans assemblée générale. Les ouvriers sont arrivés et on a du les chasser. On a du faire appel à un avocat pour demander une AG en bonne et due forme. L’avocat, plus l’expert, plus l’huissier venu constater des problèmes après l’effondrement du balcon, ça a coûté 1000€ aux copropriétaires. »

Car, selon les occupants de l’immeuble Saint-Exupéry, des fissures et des traces d’humidité sont apparues depuis l’effondrement du balcon. Ils espèrent que le promoteur en tiendra compte, alors qu’aucun lien direct avec l’incident n’a été reconnu.

L’heure des indemnités

« On a cru que les choses allaient se passer facilement », regrette Marjorie Pourquey. Mais les procédures ont nécessité beaucoup de temps et « il nous a été difficile d’avoir des informations ».

« C’est une expérience douloureuse pour les propriétaires, admet Marie-Pascale Jouanno. Nous nous sommes attachés à être très proches d’eux pour les soutenir. Nous avons établi une permanence sur place pour être au plus près de nos clients. »

Interrogée sur d’éventuelles indemnités, la directrice enchaine :

« La compagnie Allianz a prévu d’indemniser les préjudices immatériels. L’indemnité va se calculer en fonction de la durée de privation de jouissance des balcons qui sera connue à la fin des travaux. Les copropriétaires recevront alors des propositions. »

Tenir compte uniquement de la privation de jouissance des balcons n’est pas suffisant pour les copropriétaires de l’immeuble. Certains n’ont pas pu relouer leurs appartements après le départ de leurs locataires.

« Ils ne prennent absolument pas en compte l’anxiété au quotidien d’être littéralement enfermé chez soi, surenchérit Marjorie Pourquey, ni de voir notre projet d’acheter une maison se compliquer. On espérait que Bouygues Immobilier puisse nous faciliter les choses puisqu’ils sont par ailleurs les promoteurs de cette maison. On leur a proposé de faire une reprise de notre appartement, la responsable m’a dit : “Je n’avais jamais entendu une chose pareille !”. J’ai répondu : “Je n’avais jamais entendu parler d’un balcon qui s’effondre non plus !” »

Pour Bouygues comme pour les propriétaires, ce balcon restera une pierre dans leur jardin.

L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
Co-fondateur de Rue89 Bordeaux et directeur de la publication
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