Tribune 

Rocade : on ne peut plus contourner la réponse ferroviaire !

actualisé le 04/11/2016 à 09h52

Contre l’engorgement de la rocade bordelaise, les solutions sont à portée de main, estime Claude Mellier, vice-présidente de Bordeaux-Métropole en charge des infrastructures routières et ferroviaires. L’élue communiste plaide pour une politique de logement encore plus volontariste, pour la relance de la voie de ceinture bordelaise et du fret fluvial et ferroviaire.

3voix_tribune_Voilà des semaines que le quotidien régional et quelques élus locaux ont décidé de cogiter autour de la rocade bordelaise, sujet qui préoccupe nombre de travailleurs et travailleuses de notre agglomération et de notre département contraints-es de l’utiliser chaque jour et bien souvent victimes de son engorgement.

Je veux dire tout d’abord le paradoxe qu’il y a à agiter cette question au moment même où la mise à 2 fois trois voies participe à fluidifier certains tronçons de la rocade. Dire aussi que ces travaux étaient nécessaires mais qu’ils ont souffert du désengagement massif de l’État qui est devenue la règle dans bien des domaines, comme la gestion des inondations, la politique du logement, etc.

Claude Mellier (DR)

Claude Mellier (DR)

L’élargissement de la rocade, tout comme l’arlésienne du « grand contournement », les barreaux autoroutiers et autres réponses par la route ne sont cependant pas la réponse qu’on est en droit d’attendre pour penser des mobilités apaisées autour de notre agglomération dans les décennies à venir. Hélas, force est de constater que si l’époque est au consensus autour des enjeux environnementaux, le concours Lépine tourne toujours autour de la façon de faire brûler du carburant…

Rapprocher lieux de travail et lieux de vie

Tout d’abord, on ne peut pas s’intéresser à l’engorgement de la rocade sans revenir sur la raison de la présence d’autant d’usagers chaque matin et chaque soir. Une des réponses est évidemment l’étalement urbain qui n’est pas un phénomène naturel mais la conséquence de l’exclusion sociale dont sont victimes bien des ménages qui n’ont pas ou plus les moyens de vivre au sein de l’agglomération.

Lutter contre l’engorgement de notre périphérique, cela demande d’abord de rétablir une offre de logements accessibles au cœur même de l’agglomération. Des efforts notables sont faits dans ce domaine par Bordeaux-Métropole et ses villes membres. Mais on est encore bien loin de répondre aux besoins des ménages girondins qui, pour 60% d’entre eux, ne peuvent pas mettre plus de 600 euros mensuels pour le loyer d’un T3.

C’est une politique du logement encore plus volontariste qu’il faut mettre en œuvre, avec le souci de rapprocher lieux de travail et lieux de vie. On ne pourra pas vivre sereinement demain à un million de citoyens-nes au sein de l’agglomération si chacun-e a besoin de prendre sa voiture chaque jour pour se rendre au travail.

Construire des éco-quartiers, c’est bien. Travailler au rapprochement de nos différents lieux de vie, ce serait encore mieux. C’est la raison pour laquelle les élus-es communistes ont par exemple beaucoup pesé pour que l’activité de réparation navale voit le jour aux Bassins à flots, quand d’autres ne voyaient là qu’une marina.

Redynamiser la ligne de ceinture ferroviaire

Nous ne pourrons cependant pas tous vivre et travailler à 5 minutes à pied. Voilà pourquoi nous avons aussi beaucoup soutenu les efforts de développement des transports en commun, du moment qu’ils ne se cantonnaient pas à rallonger à l’infini des lignes de tramways déjà bondées au fur et à mesure qu’elles pénètrent le centre-ville.

Cela nécessite, Alain Juppé a eu raison de le rappeler récemment, une meilleure coordination des autorités organisatrices que sont la métropole, la région et le département. Un usager devrait pouvoir voyager indifféremment sur les différents réseaux de transports et que ces déplacements lui soient toujours avantageux par rapport à l’utilisation de la voiture. Nous avons donc soutenu la proposition de création d’un syndicat commun aux trois collectivités citées.

Cela doit se faire d’autant plus vite qu’un enjeu majeur arrive à l’ordre du jour de ces trois collectivités. Cet enjeu, c’est la redynamisation – enfin comprise par tous comme nécessaire, de la ligne de ceinture ferroviaire. Voilà près de 30 ans que les élus-es communistes insistent sur cet outil accessible pour relier nos banlieues et pour faire le lien avec les autres pôles du département.

TER trop souvent synonyme de galères

En ce sens, on ne saurait accepter que d’une manière ou d ‘une autre, la SNCF lie le sort de certaines haltes ferroviaires à celui des LGV vers Toulouse et Dax. Au travers du grand projet ferroviaire du Sud-Ouest (GPSO), la métropole a déjà financé des études pour l’amélioration de la desserte régionale au sud de Bordeaux (AFSB). Ce sont là des financements utiles, comme le serait la modernisation de la ligne existante entre Bordeaux et Toulouse.

Sur l’agglomération, il est urgent de rendre efficace cette ceinture ferroviaire reliant la gare Saint-Jean, Mérignac, le Bouscat, Cracovie voire Cenon et réalisant un lien fluide avec les lignes vers Le Verdon et le Bassin d‘Arcachon. Il s’agit là d’investissements raisonnables pour un réseau ferroviaire TER qui est aujourd’hui trop souvent synonyme de galères pour ses usagers. Voilà un chantier plus accessible et surtout plus porteur de réponses socialement et écologiquement viable que tous les « grands contournements ».

On me dira évidemment que ne roulent pas sur la rocade que des voitures. Même si deux-tiers des véhicules qui empruntent la rocade chaque jour y sont pour des déplacements internes à l’agglomération, le trafic de transit (10% des déplacements sur la rocade) participe pour beaucoup à son engorgement, notamment de la partie Est. C’est là aussi un enjeu écologique majeur.

On serait donc tenté de demander à ceux qui ont ou ont eu des responsabilités nationales, ce qu’ils ont fait pour le développement du fret ferroviaire ? La mise en concurrence, elle, a bien avancé ; la Deutsche Bahn peut maintenant faire des affaires dans l’Hexagone, tout comme les cars de l’ancien ministre Macron. Mais dans le même temps, la filière fret de la SNCF a été complètement démantelée, réduite à l’impuissance.

Des réponses à portée de main

Sur notre agglomération, les réponses sont à portée de main, elles se trouvent vers la gare de triage d’Hourcade qui n’attend qu’un peu de volonté politique pour jouer un rôle de centre de logistique urbain et régional ; vers le grand port de Bordeaux, à Bassens comme à Bruges, Blanquefort ou sur la zone d’Euratlantique, où les projets d’utilisation du chemin de fer et du fleuve tardent trop à sortir des tiroirs.

« Trop difficile », « trop cher », nous a-t-on souvent répondu à la métropole quand nous parlions d’une filière de logistique fluviale à l’intérieur de l’agglomération. Peut-être mais n’était-il pas aussi cher et difficile de construire un pont qui laisserait passer les bateaux de grande taille ?

Chercher des solutions pour lutter contre l’engorgement de la rocade est chose vaine si on ne cherche pas à sortir de la route. Il faut enfin investir le rail et le fleuve pour passer à une nouvelle ère des déplacements. C’est un enjeu majeur pour notre agglomération qui peut donner l’exemple, positionnée qu’elle est comme point de passage obligé des transits du Nord au Sud de l’Europe.

Faire de ce passage un nœud écologiquement vertueux est une nécessité et rendra un immense service aux usagers quotidiens de la rocade, en leur offrant des alternatives efficaces en transports en commun et en faisant enfin sortir les camions de nos routes.

L'AUTEUR
Claude Mellier
Vice-présidente de Bordeaux-Métropole en charge des infrastructures routières et ferroviaires
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