Culture  Vie pratique 

4 expositions à voir pendant vos vacances de Noël à Bordeaux

Il y en a pour tous les goûts, des eaux proches et des eaux lointaines, des menus et des collections, de l’art et de l’Histoire.

L’Histoire racontée par le menu

Le plan de table du dîner en l'honneur du président des Etats-Unis, le 31 mai 1961 (DR)

Le plan de table du dîner en l’honneur du président des Etats-Unis, le 31 mai 1961 (DR)

« Dis-moi ce que tu manges, je te dirai ce que tu es. » Cet aphorisme du gastronome et auteur culinaire français, Anthelme Brillat-Savarin pourrait presque servir de préambule à l’exposition, « L’Histoire se met à table », qui se tient jusqu’au 26 février au Musée des Arts décoratifs et du design (MAAD). Car, en présentant près de 200 menus datant du XVIIIe siècle à nos jours, issus de la collection privé du libellocénophile, Jean-Maurice Sacré, c’est à une véritable leçon d’histoire et d’humanité que nous invite le MAAD : de prime abord bien anodin, le menu, outre son intérêt esthétique, est en fait un témoin muet des grands événements qui marquent les sociétés, comme des évolutions qui les caractérisent.

Preuve en est, et c’est peut-être le plus intéressant dans cette exposition, le volet « Les menus de la guerre », qui donne un aperçu sensible du quotidien durant ces époques troublées. On apprend ainsi que le repas de Noël servi par le restaurant le Café voisin le 25 décembre 1870 au 99e jour du siège de Paris par les Prussiens, se composait d’un festin (?) de terrine d’Antilope, de consommé d’éléphant, de chat flanqué de rats, de tête d’âne farcie, de civet de kangourou ou encore de chameau rôti à l’anglaise… Ou comment rappeler que durant cet hiver rigoureux où la famine menace, les animaux domestiques passent à la casserole, de même que la plupart des bêtes du Jardin des Plantes…

Sur un autre pan de mur du MAAD, les menus de la Grande guerre composent également un chapitre édifiant. Croqués à l’encre et rehaussés à l’aquarelle pour certains, les menus des soldats reflètent autant les conditions de vie que l’état d’esprit qui règnent au front. En 1914, on déguste « de la soupe à la déroute allemande » et des « pommes de terre à la baïonnette » : l’atmosphère est encore à la « fleur au fusil ». Mais, au fur et à mesure que le conflit s’enlise, les menus perdent en saveur que ce soit au sens figuré ou au sens propre : en 1917, choux, chicorée et pommes de terres constituent les plats de résistance.

Enfin, une grande partie de l’exposition est consacrée aux menus dits d’États, ou du moins aux repas des grands de ce monde, où l’on peut constater combien la politique et les relations diplomatiques sont aussi des affaires de palais. L’occasion de découvrir que lors de sa captivité à Willhelmhöhe en 1871, Napoléon III ne fut pas mis au pain sec, mais connut plutôt un certain train de vie et des repas d’abondance. Que les riches anglais de la City semblaient apprécier la soupe de tortue. Ou comment le Général de Gaulle avait régalé le couple Kennedy lors de la réception au Palais de l’Élysée le 31 mai 1961. AC

L’Histoire se met à table • Musée des arts décoratifs et du design
Jusqu’au 26 février 2017
Le site du musée des arts décoratifs et du design
Entrée 5 euros (2,5 euros en tarif réduit)

De Sable et d’esclaves

L’exposition « Tromelin, l’île aux esclaves oubliés » fait renaître au Musée d’Aquitaine le drame d’esclaves abandonnés sur une île par un équipage français durant 15 ans.

Parti du port de Bayonne en 1760 avec 140 hommes à bord, « L’Utile » doit ravitailler les colonies de l’île de France, actuelle île Maurice, en passant par Madagascar où il embarque près de 160 esclaves. Le 31 juillet 1761 vers 22h30, sur la route du retour, L’Utile s’échoue sur un récif de corail de la minuscule île de Tromelin. La houle brise le gouvernail pendant que le pont s’effondre. L’équipage fuit à la nage. 18 marins périssent, avec près de la moitié des esclaves qui meurent dans les cales où ils sont enfermés. Les autres n’arrivent à s’échapper que par la rupture de la coque. Ils sont 210 rescapés sur la déserte île de Sable.

Carte de l'île de Sable où 70 esclaves malgaches ont été abandonnés (XR/Rue89 Bordeaux)

Carte de l’île de Sable où 70 esclaves malgaches ont été abandonnés (XR/Rue89 Bordeaux)

Le premier lieutenant Castellan dresse les plans d’une vie commune : forge et four sont construits, un nouveau bateau est monté avec les débris de L’Utile. Seulement, au moment du départ, seuls les blancs montent à bord, comme le rapporte un document de colportage consacré au naufrage :

« Les Noirs qu’on était forcés de laisser dans l’île, demeurèrent dans un silence accablant au moment du départ. Mais quel parti prendre dans une pareille extrémité ? Ce fut de laisser les vivres aux malheureux Noirs en leur promettant de les envoyer chercher. »

Ils sont à peine 70 et vont s’organiser pour survivre sur cette île de 100 ha et de 8 mètres au-dessus du niveau de la mer. Pour s’abriter, les Malgaches élèvent des murs d’un mètre d’épaisseur – nécessaire pour affronter les cyclones qui frappent l’île plusieurs fois par an. Pour manger, les vivres venant du bateau ne suffiront pas, ils se tournent vers les tortues, sternes et coquillages. A l’aide du plomb et du cuivre de l’épave, ils fabriquent aussi leurs ustensiles. Des traditions auraient été maintenues, tout comme la fabrique de bracelets et de chaînettes.

Pendant ce temps, Castellan plaide pour que sa parole soit tenue. Il faudra attendre 11 ans avant que le ministre de la Marine donne son accord. Plusieurs tentatives ratent, jusqu’à ce 28 novembre 1776, soit 15 ans après le naufrage, où la corvette La Dauphine ne sauvera que 8 survivants : 7 femmes et 1 enfant de 18 mois.

De 2006 à 2013, des archéologues ont fouillé l’épave de L’Utile, gisant dans l’océan par 5 mètres, ainsi que l’île, où une piste d’atterrissage et une station météo ont été installées dans les années 1950. Leurs découvertes permettent de décrire la vie qui s’y est installée, rapportée dans cette exposition en plus du récit de l’expédition laissé par un écrivain qui se trouvait à bord. XR

Tromelin – L’île des esclaves oubliés • Musée d’Aquitaine
Jusqu’au 30 avril 2017
Le site du Musée d’Aquitaine
Entrée 6,5 euros (3,5 euros en tarif réduit)

L’Estuaire exploité

Les aménagements continus autour de l’Estuaire de la Gironde démontrent la grande capacité de l’Homme à intervenir sur le milieu naturel. Ces aménagements sont retracés par les archives départementales qui a installé dans ses voûtes l’exposition L’Estuaire, paysages et patrimoines.

Celle-ci démarre par une carte, impressionnante : trois mètres longs et bientôt trois siècles d’âges. Dessinée en 1759 par l’ingénieur Desmarais, elle est la première représentation intégrale de l’Estuaire. Les hommes ont déjà largement pris place autour du « Cours de la Garonne » comme le nomme l’ingénieur. Et Pauillac (Pouillac à l’époque) est déjà réputée pour son vin comme l’indique la légende. Le document vaut le coup d’œil pour sa rareté – elle est prêtée par les archives nationales de Paris.

En plus d’être habité, l’Estuaire doit être surveillé. Ce point de passage de 75 km de long peut être une faille idéale pour que l’ennemi entre dans les terres ou s’en prennent à Bordeaux. Les cartes exposées en témoignent. Les premiers ouvrages défensifs sont élevés au Moyen-Âge. A chaque siècle, les villes et rives sont renforcées et armées. La navigation sur ces eaux redoutées recherche en permanence un peu de sécurité. Le Phare de Cordouan en est l’emblème dont la visite virtuelle retrace son évolution depuis 1611 où il est décrit comme « 8e merveille du monde » voire 7e en lieu et place du Phare d’Alexandrie (vous avez dit chauvin ?).

L'Estuaire exploité (XR/Rue89 Bordeaux)

Vue de l’exposition (XR/Rue89 Bordeaux)

Mais l’Estuaire a connu ses flops. La gare maritime, rive droite, pour relier chemin de fer et estuaire n’ouvrira jamais entre Moulis et Lamarque – Pauillac sur la rive gauche réussira le pari. La pollution des eaux au cadmium (venant de l’Aveyron) a interrompu l’élan économique de l’ostréiculture. Le Verdon, choisi en 1964 pour devenir l’avant-port pétrolier pour ravitailler trois raffineries, sera rattrapé par le choc pétrolier dans la décennie suivante. Les activités industrielles des verreries, hauts fourneaux et souffre ont aussi coulé à pic.

Si l’exposition joue parfaitement son rôle de guide à travers les eaux, les rives et l’histoire de l’Estuaire, on pourrait regretter que certaines questions sensibles ne soient pas abordées plus longuement comme la traite négrière, le dragage, la surpêche et la disparition de l’esturgeon, l’inondation de la centrale du Blayais, etc. XR

L’Estuaire – Paysages et Patrimoine • Archives départementales de la Gironde
Jusqu’au 12 mars 2017
Le site des Archives départementales de la Gironde
Entrée gratuite

Sortie des réserves

« Je me souviens des voyages à Bordeaux pour venir visiter le Capc, raconte José Luis Blondet. Mais pour préparer cette exposition, je me suis retrouvé comme un étranger dans une forêt où il doit retrouver son chemin. » Le commissaire du Los Angeles County Museum of Art est invité par le Capc Musée pour présenter une sélection de la collection et apporter une « nouvelle lecture » :

« Nous lui avons donné les clés de la ville, ajoute María Inés Rodríguez, la directrice du musée. C’est très important pour le Capc de s’alimenter des regards extérieurs qui sont capables de construire de nouvelles relations entre les œuvres. Le résultat donne une exposition très ludique où il y a des associations auxquelles on ne s’attend pas. »

Présence Panchounette, La tour de Babil II, 1985 (WS/Rue89 Bordeaux)

Présence Panchounette, La tour de Babil, 1985 (WS/Rue89 Bordeaux)

En effet, les choix de José Luis Blondet ne manquent pas de surprendre et de donner beaucoup d’air à la collection elle-même, en réinitialisant chaque pièce, son sens et parfois sa présentation. A commencer par la porte d’entrée de cette exposition, « Errata » de Présence Panchounette. Cette œuvre datant de 1982 souligne la confusion entre les deux termes « nosographie » et « nostalgie » qui s’y retrouvent associés du fait d’une erreur typographique– d’où le [sic] qui donne le titre de l’exposition. Ironie ? Quand on sait le cynisme véhiculé par le travail de ce collectif d’artistes bordelais envers la représentation muséale.

D’autres œuvres gagnent une nouvelle lecture dans la scénographique de l’exposition. Du Girondin Jean-Paul Thibeau, la minuscule boite de « Le grand œuvre de Jean Rémy » occupe un grand espace au point de s’y perdre et « Le pendule », habituellement accroché au mur, est suspendu au plafond d’un passage entre deux galeries. Ce qui fait dire à l’artiste : « José Luis Blondet a perçu le côté énigmatique de mes pièces. »

De façon presque indispensable, l’exposition rend par ailleurs hommage à la diversité de la collection et ses acquisitions visionnaires de certains artistes devenus incontournables dans l’histoire de l’art des 50 dernières années. Ainsi on retrouve des pièces de Mario Merz, Jannis Kounellis, Richard Serra, Claude Viallat, Annette Messager… témoigner des grands courants artistiques, comme l’Arte povera ou Supports/surfaces. L’exposition n’oublie pas pour autant les dernières acquisitions comme celle de Leonor Antunes, présentée dans la nef il y a tout juste un an.

Mise en place pour une durée de trois ans, l’exposition sera revue chaque année avec de nouveaux apports de la collection, riche de plus de 1300 œuvres. WS

[sic] œuvres de la Collection du CAPC • Capc Musée
Jusqu’au 27 octobre 2019
Le site du CAPC Musée
Entrée 4 euros (2 euros en tarif réduit)

L'AUTEUR
Aline Chambras, Xavier Ridon et Walid Salem
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