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Pour les courses de Noël, Bordeaux annule un dimanche sans voiture

Pas de journée sans voiture ce dimanche à Bordeaux, où la mairie veut encourager le shopping en centre-ville pour les fêtes. Dans la ligne de l’extension du travail dominical votée par la métropole, c’est à rebrousse poil des recommandations de la préfecture de la Gironde face à l’actuel pic de pollution atmosphérique. Et tombe le jour de l’adoption d’un nouveau plan vélo par l’agglo…

« Engagez-vous pour changer notre façon de vivre, de sorte qu’elle soit davantage en harmonie avec cette Terre qui nous porte ». Au soir de sa défaite, Alain Juppé invitait en ces termes nobles les jeunes Françaises et Français à se tourner vers l’avenir.

Était-ce sous le coup de l’émotion ? Car ce vendredi, la mairie de Bordeaux vient de prendre une décision un brin contradictoire avec ces paroles :

« La journée sans voiture du dimanche 4 décembre est annulée, afin de faciliter l’accès au centre-ville en cette forte période d’activité commerciale avant les fêtes de fin d’année », annonce ce vendredi la municipalité dans un communiqué.

Joint par Rue89 Bordeaux, Jean-Louis David, adjoint en charge du stationnement, s’en explique :

« Le maire a considéré qu’il n’était pas utile de mettre des obstacles à l’accès à l’hyper centre alors que les commerçants ont besoin d’une activité soutenue pendant les fêtes. En clair, on préfère que les gens viennent en centre-ville plutôt que d’aller dans les hypermarchés en périphérie. »

Pic de consommation ou de pollution ?

Ironie de l’actualité, Alain Juppé, à la tribune du conseil de Bordeaux Métropole qu’il préside, vantait pourtant le matin même ces journées sans voiture, qui se tiennent tous les premiers dimanche de chaque mois. Cette initiative illustre selon lui l’avance de Bordeaux en faveur de la promotion des modes doux, et que le plan vélo 2017-2020 voté ce vendredi (dont Rue89 Bordeaux vous parlera très vite plus en détails) est censé conforter. Jean-Louis David ne voit pas là de signaux contradictoires :

« Cette annulation est purement occasionnelle et circonstancielle, les journées sans voiture reviendront dès le mois de février. Il y a un problème d’éducation à la mobilité – on peut comprendre que pour des gens qui doivent porter des pochons ou des cabas, ce soit plus compliqué de se passer de leur voiture. Cela ne change rien à notre envie d’éduquer nos concitoyens sur les manières différentes de se mouvoir dans la ville. Le plan vélo (doté de 70 millions d’euros sur 4 ans, dont 200000 euros consacrés à de la communication pour l’usage des deux roues, NDLR) est assez volontariste, on ne peut pas être soupçonné de pas avoir envie que ça change. »

On peut toutefois regretter la portée symbolique d’une telle annulation, le jour où la préfecture de Gironde déclenche une alerte à la pollution atmosphérique, et recommande  « d’utiliser le covoiturage et les transports en commun, de favoriser les modes de déplacement doux, et de réduire l’usage des véhicules diesel non équipés de filtres à particules ».

« No parking, no business », mouaif

L’intérêt d’un centre ville respirable, livré aux seuls piétons et cyclistes, s’arrête-t-il là où commence la consommation ? Pourtant, l’adage « no parking no business », qui revient en force dans certaines villes de droite, est loin d’être vérifié : au contraire, selon une étude de l’Ademe datant de 2003, les piétons, cyclistes et usagers des transports en commun feraient de plus petits achats, mais plus souvent, et dépenseraient ainsi plus que des automobilistes (mais sur une semaine entière).

Dans un récent rapport sur les commerces en centres-villes, l’Inspection général des finances et le Conseil général du développement durable jugeaient que « le manque  de données disponibles, notamment sur l’offre de stationnement en centre-ville, n’a pas permis une analyse objective de l’influence sur la vitalité du commerce de centre-ville des éléments d’accessibilité ».

A Bordeaux, Jean-Louis David estime aussi que l’impact sur le commerce des restrictions d’accès des voitures en ville est « extrêmement difficile à quantifier en temps normal ».

Si l’annulation d’une journée sans voiture entre en collision avec la politique transports de la ville, la volonté de favoriser les commerces ouverts le dimanche va en revanche dans le sens d’une autre délibération votée ce vendredi en conseil de Bordeaux Métropole : le passage de 8 à 9 ouvertures dominicales par an dans plusieurs communes qui en ont fait la demande, dont Bordeaux et Pessac, ou encore de 7 à 8 à Mérignac et Lormont.

Saint Silvestre

Cette décision a rencontré l’opposition de plusieurs élus. Le communiste Max Guichard dénonce les pressions pour travailler le dimanche que ne manqueront pas de subir une bonne partie des 50000 salariés du commerce dans l’agglomération – la CGT appelle d’ailleurs à manifester ce samedi devant le centre commercial de Mérignac Soleil contre les projets de Carrefour.

L’écologiste Gérard Chausset pointe lui une « décision irresponsable d’augmenter sans cesse les ouvertures ce jour là », qui profitent essentiellement à la grande distribution, surreprésentée dans la métropole.

Certains à droite ont aussi manifesté leur hostilité à l’extension du travail dominical, comme Jacques Colombier (FN), et Alain Silvestre, pourtant membre de la majorité d’Alain Juppé à la métropole et à la ville :

« C’est un cran de plus vers le consumérisme, alors que le temps non marchand est une nécessité pour l’épanouissement de la personne humaine et pour son engagement au service d’autrui. Il y a une totale antinomie entre être pour le travail du dimanche et vouloir une société plus écologique », conclut le conseiller municipal délégué à la croissance durable.

En matière d’antinomie, construire une ville durable en favorisant l’accès en voiture à des commerces ouverts le dimanche, ça se pose là. Non, pas là, là.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux
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