Ecologie  Portrait 

En finir avec les pesticides (3/6) : « Chaque fois que je traitais, c’était par peur »

actualisé le 08/12/2016 à 10h57

Ces viticulteurs en ont marre de la came qui tourne dans les vignes du coin. Avec leurs armes, ils luttent. Certains depuis le début de leur métier, d’autres après des années plongés dans les pesticides. Il y a les réussites, les doutes, les échecs et surtout une grande dose de détermination. Notre série de portraits signés Baptiste Giraud et Xavier Ridon, évoque aujourd’hui la mutation de Benoit Aymard dans le Sauternais (2 hectares à Bomme).

Il faut bien de temps à autres une belle histoire, avec un début difficile, une remise sur pied et de la réussite. Celle de Benoit Aymard est de ce tonneau et tient sur deux hectares. Pas parti pour être viticulteur dans la vie, il bosse comme électro-mécanicien. Et puis son père, propriétaire d’un peu plus de trois hectares dans le Sauternais, décède en 1994, quand Benoît démarre à peine un bac pro de conduite et gestion agricole.

Pour racheter les terres, il faut être solvable. Pour être solvable, il faut gagner sa vie. Donc, Benoît garde son boulot la semaine et pendant les temps morts, surtout le week-end, il s’occupe des vignes – épandages de pesticides compris. Autant dire que le repos, il ne connaît pas.

« Je ne traitais pas pour avoir plus de vendanges, je traitais par peur d’en manquer. Je ne mettais pas en place une observation précise, alors dès que je voyais une tâche, j’appliquais une systématique [autrement dit un épandage direct et systématique de pesticides, NDLR]. Cette méthode était promue par les lycées techniques et agricoles. Quand on ne sait pas, on fait ce qu’on nous dit. Il y a aussi une situation financière où quand on est pieds et poings liés avec le banquier, ça génère du stress. Ça n’est que de l’argent mais n’empêche, quand on sait qu’on a des échéances… »

Benoit, viticulteur dans le Sauternais (XR/Rue89 Bordeaux)

Benoit, viticulteur dans le Sauternais (XR/Rue89 Bordeaux)

Du burn-out à la biodynamie

Il tient dix ans et puis – crac – le burn-out. Le pétage de plomb arrive alors que les intérêts deviennent impossible à tenir. Les cours du vrac ont chuté, les négociants bordelais ne l’appellent plus. En 2005, il accuse deux annuités de retard.

Entre la vigne et la mécanique, il faut désormais choisir. Ce sera la vigne. Il vend 1,5 hectare pour se remettre à flot, garde ses 2 hectares à Bommes et prend des cours… de sophrologie :

« Une fois que j’ai appris à bien me détendre, j’ai pu envisager la biodynamie », nous surprend-il.

Il nous explique ce monde nouveau qui s’est ouvert à lui. Il ne veut pas « optimiser » ses coûts mais son environnement. Il ne compte pas « développer » son capital mais les végétaux. Il ne parle des taux de marges mais de ceux, « vibratoires, de chaque plante qui renforce la présence des autres plantes ». Il n’est pas devenu entrepreneur mais bien agriculteur.

Aussi, il saute au plafond en apprenant que le CIVB parle du pied de vigne comme d’un « outil végétal ».

Mais avec 2 hectares, un chai qui tient dans un garage et des ventes sur les marchés du coin, on vit bien ? Hésitation. Longue hésitation. Puis une réponse :

« Disons que quand on mange de la viande, on l’apprécie davantage. »

L’histoire était presque parfaite.

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