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Dans le rouge, l’exploitant du stade Matmut attaque la Ville de Bordeaux

Le consortium Vinci-Fayat, exploitant du Matmut Atlantique, attaque la mairie de Bordeaux au tribunal administratif. La société, qui a réalisé un déficit de 3,6 millions en 2015 et voit la fréquentation du stade baisser, réclame 2 millions d’euros supplémentaires pour la mise à disposition du Matmut pendant l’Euro 2016. Un premier gros accroc au partenariat public-privé.

Le conseil municipal de Bordeaux s’est écharpé ce lundi sur le coût du transfert du Matmut Atlantique à la métropole, sans trancher véritablement la querelle de chiffres engagée lors du dernier conseil de l’agglomération. D’autant que la situation pourrait s’avérer plus complexe que prévu. L’élu socialiste Matthieu Rouveyre accuse en effet Alain Juppé d’avoir « dissimulé aux élus de la métropole le litige qui oppose SBA et la Ville ».

« Nous avons payé 2 millions d’euros, SBA nous en demande 4, c’est non, il n’y a aucune espèce de dissimulation », assure le maire de Bordeaux, qui estime ne pas avoir à tenir informés les élus métropolitains de ce conflit.

Constructeur et exploitant du Matmut, la société SBA (stade Bordeaux Atlantique) réclame à la Ville 2 millions d’euros supplémentaires, soit 4 millions pour la mise à disposition à l’UEFA de l’équipement pendant l’Euro 2016. Joint par Rue89 Bordeaux, SBA n’a pas souhaité commenter cette procédure.

« Cadeau empoisonné »

Mais les élus bordelais ont confirmé lundi qu’après l’échec d’une commission de conciliation, SBA, dont les actionnaires sont Vinci et Fayat, a saisi le tribunal administratif.  C’est donc un premier et sévère accroc au partenariat public-privé conclu entre le consortium, constructeur et exploitant du stade, et la Ville de Bordeaux, même si Nicolas Florian, adjoint aux finances, tente d’en minimiser la portée :

« Je serais plutôt rassuré de savoir que nous avons une maitrise d’ouvrage forte qui ne se laisse pas dicter les demandes, dans un PPP c’est intéressant. Nous avons essayé de nous mettre d’accord par une convention, ce n’est pas possible, c’est le juge qui tranchera. »

Mathieu Rouveyre n’entend pas tout à fait cela de cette oreille :

« L’information est loin d’être anecdotique. Les communes de la métropole devront peut-être payer plus que ce qui leur est indiqué, et cela ouvre des relations conflictuelles pérennes entre SBA et métropole. La bonne affaire devient un cadeau empoisonné dont vous n’étiez pas prêt de relever l’ampleur. »

Le président de Bordeaux Métropole répète en effet que l’opération est tout bénèf’ pour l’intercommunalité, qui versera 6,3 millions d’euros d’annuités pour la location du stade, mais percevra 8,4 millions de redevances garanties par SBA. Alain Juppé évoque également l’engagement contractuel de l’actionnaire des Girondins, M6, à exiger d’un éventuel repreneur du club qu’il se plie à ses obligations envers les collectivités.

Des Bleus pour un stade dans le rouge

Il mentionne en outre le souhait de Bernard Laporte, nouveau patron de la Fédération française de rugby, à délocaliser davantage de rencontres des Bleus, notamment à Bordeaux, suite à l’abandon du projet de Grand Stade. Le maire de Bordeaux se réjouit aussi d’un stade rempli samedi dernier pour le match Girondins-Monaco.

Enfin, presque plein : avec 38 803 spectateurs, Bordeaux a réalisé sa meilleure affluence de la saison 2016-2017, après 9 matchs à domicile. Mais sur les 8 rencontres de Ligue 1 au Matmut entre août et décembre, la fréquentation est en berne : 20 726 supporters de moyenne, contre 23 664 à même époque en 2015, soit une baisse de 12,4%. Et un Matmut à moitié vidé à chaque match.

graphgirondinsLe pari fait par le président des Girondins d’un stade se suffisant à lui-même pour attirer un public plus important est donc raté.

Le gros souci, c’est que selon le rapport annuel 2015 du Matmut Atlantique, présenté ce lundi en conseil municipal, l’équipement a enregistré après 8 mois d’exploitation un déficit beaucoup plus important que prévu : 3,6 millions d’euros, contre 1 million envisagé par le modèle financier (soit plus de 2 millions d’écart, tiens tiens). Et ce déficit risque fort de se creuser en 2016, vu l’affluence du stade.

Manques à gagner

Le trou financier a d’autres causes : en 2015, comme en 2016, aucun concert n’a été programmé au Matmut Atlantique, « contrairement au plan de financement et d’exploitation prévu au contrat de partenariat ».

Le contrat de naming avec Matmut représente quant à lui un manque à gagner annuel de 1 million d’euros, « partiellement compensées par des recettes tirées de l’activité commerciale supérieurs à celles prévues », du moins en 2015 – 112 séminaires organisés dans les salons et loges du stade, au lieu de 140 évènements corporate par an prévus dans le contrat.

Autre cause majeure du déficit, « des charges de structures supérieures de 2,2 millions à celles prévues au modèle, principalement générées par les charges de personnel. En 2015, SBA n’a pas de personnel en propre. Il s’agit de refacturation de personnel par les actionnaires (Vinci Concessions et Fayat) », selon le rapport 2015, qui conclut à « un ratio de rentabilité économique négatif et non pertinent pour 2015 ».

Cerise sur le gâteau ? Le rapport est incomplet, puisque « SBA n’a pas transmis le taux de rentabilité interne (TRI) du projet actualisé à ce jour », ni le TRI actionnaires, deux données permettant d’évaluer si le modèle financier du stade est équilibré. Bref, « les résultats 2015 et leurs évolutions nécessiteront un suivi attentif », prévient le document ; il souligne « la nécessité pour le partenaire de la ville de transmettre les éléments plus précis qui lui sont demandés dans le cadre des instances de suivi du contrat ».

En matière de transparence, la collectivité ferait presque figure de modèle par rapport à ses partenaires privés.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux
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