Société 

Mais à quoi sert donc le Triangle des Échoppes ?

La Région Nouvelle Aquitaine et la SNCF inaugurent ce lundi la reconstruction du Triangle des Échoppes à Pessac, un tronçon de 1,5 km de ligne ferroviaire, censé améliorer l’offre de transport TER avec le Médoc. Mais son coût, voire son utilité, font débat.

Sur le papier, la réouverture du raccordement ferroviaire entre la voie de ceinture de Bordeaux et la gare de Pessac, au niveau du Triangle des Échoppes, soit la remise en service d’un tronçon de 1,5 km de voie ferrée, fermé depuis 1951, signe la volonté de la Région Aquitaine de développer l’offre de transport régional.

Objectif  : favoriser les transports périphériques, l’intermodalité et décongestionner les dessertes TER, notamment en faisant gagner du temps aux voyageurs qui ne seront plus obligés de passer par Bordeaux pour certains de leur déplacements.  En effet, grâce au Triangle, les usagers pourront désormais relier « Pessac et Macau en 33 minutes seulement (contre 1h actuellement) » sans passer par la case gare Saint-Jean.

Cette amélioration devrait, selon la SNCF, générer un gain de 40% en termes de fréquentation sur l’ensemble de la ligne, qui va jusqu’au Verdon. La réouverture du Triangle des échoppes doit également favoriser, toujours selon la SNCF,  les trajets entre Blanquefort et Pessac (faisable grâce à ce nouveau tronçon en 21 minutes contre 52 minutes auparavant) ou Mérignac et Pessac. De quoi laisser entendre que la réouverture de ce tronçon ferroviaire se justifie pleinement.

Plusieurs associations voient dans le Triangle des échoppes une gabegie financière (AC/Rue89 Bordeaux)

Plusieurs associations voient dans le Triangle des échoppes une gabegie financière (AC/Rue89 Bordeaux)

« On se moque du monde »

Pourtant il suscite de nombreuses et vives oppositions. A commencer par le coup de gueule de plusieurs associations de riverains de la gare de Pessac-Alouette, ainsi que des associations d’usagers de la SNCF contre la suppression d’un passage piéton en gare de Pessac (lire ci-contre).

A la gare de Pessac, les piétons ronchons

La SNCF a décidé de supprimer un passage piéton en gare de Pessac suite à la réouverture du Triangle pour des raisons de sécurité : puisque les trains rouleront désormais plus vite (160 km/h contre 60km/h), pas question de laisser les voyageurs traverser les voies.

Sauf qu’à la place, la SNCF leur impose un cheminement de 400 mètres, via un escalier, qui ne sera pas accessible aux personnes à mobilité réduite (ni même aux poussettes) avant, au mieux, juin 2017. Aussi, ces associations demandent-elles à ce que la possibilité de traverser les voies soient maintenues, tant que ces aménagements ne sont pas effectifs. A ce titre, ils organisaient d’ailleurs une manifestation ce samedi 10 décembre à la gare de l’Alouette, à Pessac.

Au-delà de ce débat pratico-pratique, les protestations concernent surtout le coût et le choix de la réouverture de ces 1,5 km de ligne ferroviaire. Car, selon les associations Trans’Cub, Talence gare multimodale et le Collectif du Bassin d’Arcachon pour un Réseau de Transport en Commun (Cobartec), la reconstitution du Triangle s’est faite au « mépris des usagers, des contribuables et des citoyens ».

« En créant un terminus à Pessac au détriment de la gare Saint-Jean pour certains trains venant ou allant au Verdon, la SNCF et la Région se moquent du monde, explique Germain Suys, le président de l’association Talence Gare Multimodale et ancien chef de service à la SNCF. Il n’y a en effet aucune logique dans ce choix, puisque les chiffres de fréquentation montrent que l’arrêt en gare Saint-Jean est le plus fréquenté ».

Un autre motif de mécontentement tient au fait qu’avec la réouverture du Triangle, le nombre de trains desservant Macau vient à diminuer (3 allers-retours quotidiens en moins), de même que leur fréquence. Alors même que dans l’enquête publique menée en aval de ce projet, aucune suppression de trains n’était évoquée…

25,6 millions d’euros le Triangle

Enfin, la pilule du financement passe très mal pour les opposants à la réouverture du Triangle, comme l’explique Germain Suys, amer :

«La remise en état de ce tronçon a coûté 25, 6 millions d’euros (financés à 79,5 % par le Conseil régional et 20,5 % par SNCF Réseau, NDLR) et les dépenses de fonctionnement sont estimées à 1,580 millions d’euros par an alors même que les recettes attendues avec 4358 trains en plus en gare de Pessac seraient de 175 600 euros… Faites le calcul : on aura un déficit annuel de 1,4 millions d’euros… Autant dire qu’on fout le pognon en l’air ».

Jacques Dubos, président de Trans’Cub renchérit :

« Oui, on est face à un gaspillage de l’argent public et à des choix plus politiques que conforme à l’intérêt général ».

La gare de Talence où plus aucun train ne s'arrête depuis 1957 (AC)

La gare de Talence où plus aucun train ne s’arrête depuis 1957 (AC/Rue89 Bordeaux)

Car, pour ces trois associations, rien ne justifie le choix de Pessac, qui selon elles s’est fait au détriment d’une éventuelle réouverture de la gare de Talence, la Médoquine, fermée depuis 1957.

« Cela n’aurait coûté que 4 millions d’euros, plaident-elles. 100 TER passent chaque jour à Talence, mais aucun ne s’y arrête…Toutes les communes de la métropole traversées par des lignes de chemin fer ont une gare où les trains s’arrêtent, sauf Talence. »

Elles ont d’ailleurs sollicité la Région à ce sujet par courrier, mais pour l’instant, leur demande reste lettre morte. De notre côté, nous n’avons pu obtenir de réponse de la Région Nouvelle Aquitaine avant la publication de cet article.  Rue89 Bordeaux avait toutefois révélé que la SNCF, approuvée en ce sens par le conseil régional, conditionnait la réouverture de la Médoquine à la réalisation du GPSO, les lignes à grande vitesse Bordeaux-Toulouse et Bordeaux-Dax. Preuve que face aux LGV, les trains du quotidien ne sont pas toujours prioritaires.

« Aujourd’hui, nous sommes mis devant le fait accompli, mais nous ne comptons pas en rester là », indique Germain Suys.

Et, même si la balle n’est en effet plus dans leur camp, les détracteurs du Triangle ont prévu de s’inviter à l’inauguration.

L'AUTEUR
Aline Chambras
Aline Chambras
Journaliste indépendante et réalisatrice sonore.
En BREF

La Dune du Pilat a grandi d’1,3 mètre et culmine à 110,5 m

par Walid Salem. 290 visites. Aucun commentaire pour l'instant.

Le Défenseur des droits saisi de cas de violences policières sur des journalistes

par Simon Barthélémy. 242 visites. Aucun commentaire pour l'instant.

Plastique dans les cantines : Bordeaux tranchera avant la rentrée

par Simon Barthélémy. 509 visites. 1 commentaire.