Ecologie  Economie 

Quand les stations des Pyrénées anticipent le changement climatique

L’augmentation des températures dans les Pyrénées remet en question l’économie des stations. Mais celles-ci ne restent pas les bras croisées : elles se diversifient et investissent dans des équipements utilisables aussi en été.

Y aura-t-il de la neige à Noël ? Dans les Pyrénées, peut-être, mais sans doute pas assez pour permettre l’ouverture, déjà repoussée à plusieurs reprises, de toutes les pistes, voire de toutes les stations.

Ainsi, on compte 0 à 50 cm de neige à Gourette, qui a tout de même démarré sa saison ce week-end avec 2 pistes sur 35. A Cauterets, l’enneigement est de 30 cm au sommet, mais la station assure que 75% du domaine est ouvert. Au Grand Tourmalet, seules quelques remontées mécaniques fonctionnent, et uniquement sur le versant de la Mongie.

Rien de bien surprenant, alors que la France a connu cette automne des températures supérieures aux normales saisonnières, et que le réchauffement climatique atteint particulièrement les sommets :

« En l’espace de cinquante ans, la température moyenne a augmenté de 1,5% en altitude, notait l’ingénieur à Météo France Daniel Goetz, interrogé ce vendredi dans “Aujourd’hui en France – Le Parisien”. C’est comme si les montagnes s’étaient abaissées de 200m. »

+1° dans les Pyrénées, -7% de fréquentation

L’Observatoire pyrénéen du changement climatique constate un réchauffement aussi alarmant dans le massif, expliquait récemment sa coordinatrice, Idoia Arauzo, au conseil régional de Nouvelle Aquitaine :

« Entre 1950 et 2010, l’augmentation de la température moyenne dans les Pyrénées a été de 0,21° par décennie, soit plus d’un degré depuis 1960 sur tout le massif. On mesure parallèlement une diminution de la pluviométrie. Un bon indicateur du phénomène, c’est la masse du glacier d’Ossau, dont la superficie a diminué en 100 ans de 110 à 45 hectares, une perte de 59%. »

L’hiver dernier, exceptionnellement doux, a eu un effet direct sur le recul de la fréquentation des stations pyrénéennes, de 7% par rapport à la saison précédente, selon les Domaines Skiables de France.

« Une semaine de moins à Noël l’an dernier, c’est 1,5 million d’euros de chiffre d’affaires perdus – 55000 journées ski, soit 10% de l’activité de la saison », analyse froidement Henri Mauhourat, directeur général du Grand Tourmalet.

Pas de Noël en 2015 non plus à Gourette, et une saison qui a commencé fin janvier, c’est « un handicap de 25% » pour la station, calcule pour sa part Laurent Dourrieu, directeur de l’EPSA (établissement public des stations d’altitude béarnaises, la Gourette et la Pierre-Saint-Martin). Ce dernier s’interroge toutefois sur l’impact actuel du changement climatique :

« A 1400 mètres d’altitude à Gourette, on mesure en moyenne plus de neige aujourd’hui que dans les années 70, et il peut tomber 4 mètres de neige en 48 heures, bloquant parfois les routes d’accès au station. Le 1er février 2015, une avalanche a même détruit 75% de l’installation électrique de la station. Cette amplification des phénomènes météorologiques est un signe possible du changement climatique, et on doit s’adapter à ces grandes fluctuations, avec des épisodes de chaud et de froid qui se succèdent rapidement. »

« Le tout ski, c’est fini »

Comment ? D’abord, en se diversifiant. « Le tout ski, c’est fini », martèle notamment Cécile Rougier, du Comité départemental du tourisme des Pyrénées Atlantique. Lors de la présentation à la presse des nouveautés 2016-2017 par les acteurs pyrénéens du secteur, il est ainsi question de « travailler sur le ressourcement », « partager une expérience en famille », ou encore « miser sur l’évènementiel ».

« C’est clairement une réponse au changement climatique, poursuit Cécile Rougier. On parle tout d’abord de vacances à la montagne, avec de quoi se faire plaisir : de bons restaus, du thermalisme, des spas, des évènements… »

Les sept stations N’PY, qui pèsent la moitié du marché de la glisse dans les Pyrénées, soulignent en effet la création de festivals musicaux comme Hestiv’Oc en mars à Gourette (déclinaison du festival qui se déroule l’été à Pau) ou Garosnow, la version hivernale du Garorock marmandais, qui fera escale à Cauterets et Gourette.

Elles vantent aussi des nouveautés comme les descentes en fat bike ou en SNOOC à Peyragudes, le planétarium du Pic du Midi, des soins 100% naturels aux Bains du Rocher de Cauterets, des parcours aménagés pour le ski de fond et les raquettes à Gourette et Barèges…

« Nous vendons du ski, mais aussi des paysages, résume Henri Mauhourat, du Grand Tourmalet (Barèges, La Mongie et le Pic du Midi, la plus grande station des Pyrénées françaises). Avant on ne s’occupait que de câbles, de poulies et de pistes. Maintenant, on travaille de manière plus large avec notre société d’économie mixte, N’PY, sur des investissements  qui vont aussi nous servir l’été, comme la télécabine du plateau du Lienz ou l’aménagement du col du Tourmalet. »

Neige structurante

La rénovation de résidences secondaires peu occupées, et véritables passoires thermiques, ou encore la transformation en auberges de jeunesse de centres d’hébergements collectifs en déshérence, autres chantiers de N’PY, pourront aussi servir été comme hiver. Le marché estival pourrait-il être un relais suffisant pour le tourisme si le déclin des saisons de ski se confirme ?

« Le changement climatique a aussi une influence sur la demande sociale, estime Laurent Dourrieu. Au XIXe siècle, il y avait plus de monde à la montagne qu’à la mer ; on peut imaginer que des zones naturellement climatisées seront bientôt très prisées, c’est en tous cas une opportunité de diversification à l’horizon des 10 ou 20 ans à venir. »

La station de Cauterets (Steve Holmes/Flickr/CC)

La station de Cauterets (Steve Holmes/Flickr/CC)

Mais pour l’heure, difficile de faire l’impasse sur le ski, nuance Henri Mauhourat :

« L’activité neige est structurante : si elle disparaît, il n’y aura plus de saison d’hiver, mais aussi beaucoup moins de tourisme estival, car les 4 ou 5 mois d’hiver permettent de maintenir des services, et des activités pour les deux mois d’été. Au Grand Tourmalet, 250 personnes travaillent sur le domaine skiable, dont un grand nombre de familles qui peuvent vivre ici toute l’année. »

Donc, pas question de parler tout de suite de l’après-ski. Christine Massoure, directrice de N’PY, rappelle que sa société, qui pour ne pas faire fuir le chaland, propose des forfaits semaine permettant de ne pas payer les journées non skiées, prévoit 100 millions d’investissements à 5 ans :

« Cela démontre que l’on croit vraiment dans la montagne pyrénéenne. Les conditions météo ne nous ont certes pas aidé mais N’PY s’en sort plutôt mieux que d’autres car on arrive à limiter l’impact sur l’ensemble des stations. La fréquentation n’est chez nous en baisse que de 3% la saison dernière comparé aux 4 saisons précédentes, quand elle est de 9% pour l’ensemble du massif. »

On veut aussi croire que le recours à  la neige artificielle et aux barrières à neige permettent de compenser des chutes naturelles insuffisantes. Même si le coût est important – 1 euro le m3 de neige de culture, soit 600 000 euros par an au Tourmalet, par exemple –, et les conditions pas toujours réunies pour leur utilisation – il faut que l’air soit assez froid et sec.

Un flocon dans l’avalanche

En tout cas, la prise de conscience est là. Elle se traduit par de réels efforts des stations pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

« EPSA (le domaine skiable de La Pierre Saint Martin, Gourette et Peyragudes) est la première entreprise d’Aquitaine certifiée au management de l’énergie, souligne Laurent Dourrieu. En adaptant la vitesse des remontées mécaniques à la fréquences d’utilisation, en produisant de la neige artificielle avec 2 fois moins d’énergie qu’il y a 10 ans, et en optimisant les recouvrements par satellite, on a baissé en 3 ou 4 ans de 10 à 15% notre consommation de carburant. »

Par ailleurs, N’PY a passé un contrat avec EDF lui garantissant la fourniture d’électricité d’origine 100% renouvelable. Enfin, alors que les transports sont le premier poste d’émissions de gaz à effet de serre des stations, des initiatives sont prises pour limiter l’usage de la voiture, comme des navettes gratuites entre le village de Luz-Ardiden et la station, ou des accords avec la société de covoiturage Co-rider. Des flocons perdus dans une avalanche ?

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux
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