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Comment faire les soldes à Bordeaux sans brader la planète

Ce mercredi 11 janvier, les soldes d’hiver ont démarré à Bordeaux et dans toute la France. Pendant six semaines, les fashionistas vont s’adonner aux joies du shopping sans avoir, pour beaucoup, la moindre petite pensée pour la planète ou les conditions de travail dans l’industrie textile. Voici comment y remédier, en 4 étapes.

Selon un rapport publié par Greenpeace fin 2016, la production de vêtements a doublé de 2000 à 2014 : une personne achète 60% de vêtements de plus qu’il y a 15 ans, et garde chaque pièce deux fois moins longtemps. C’est évidemment une moyenne qui varie entre la consommation d’un habitant de l’Amérique du Nord (16 Kg de nouveaux vêtements en 2014) et un habitant des régions de Moyen-Orient ou d’Afrique (2 Kg).

Devant une telle croissance, l’ONG met en garde contre la surconsommation de vêtements, source de « graves impacts environnementaux ». En période de soldes, ou à l’occasion du Black Friday aux Etats-Unis, la consommation est telle qu’elle est comparable à la boulimie en « fast-food ». La « fast-fashion » génère alors déchets, pollutions, gaz à effet de serre et ses effets néfastes ne peuvent pas encore être absorbés par une politique de recyclage, selon l’ONG dans son article publié ce 9 janvier qui s’intitule : « Soldes : la planète en liquidation ».

« Sur les 1,5 à 2 millions de tonnes de vêtements usés données au recyclage chaque année en Europe, seuls 10 à 12 % sont revendus ou réutilisés sur le continent. Le reste, de moins bonne qualité, est exporté vers les pays en développement. Certains pays, notamment d’Afrique, croulent littéralement sous nos vêtements usés et de mauvaise qualité, et envisagent d’en restreindre l’importation pour protéger leurs marchés locaux. »

Alors avant de vous jeter dans les rues de la ville, de dévorer les vitrines, d’envahir les magasins et de dévaliser les rayons… quelques adresses bordelaises méritent d’être mises en avant pour acheter responsable. Mais ce n’est pas tout ! Il s’agit aussi de revoir nos besoins. Ce que Rue89 Bordeaux vous propose de faire en profitant des quelques conseils de la Maison écocitoyenne de Bordeaux dans le cadre de son expo « J’ai rien à m’mettre ! » et aussi des bons tuyaux dénichés par la blogueuse bordelaise Écolo-girl.

1 – S’habiller autrement

Sur son blog, Écolo-girl plante le décor :

« L’industrie textile, ou plutôt le modèle dominant de la “fast-fashion”, est la 2e industrie la plus polluante du monde. […] Entre la culture du coton (25% des pesticides de l’agriculture mondiale), les teintures toxiques dans des pays où l’assainissement de l’eau n’est pas au point, le transport depuis l’Asie par des cargos ultrapolluants (les 15 plus gros cargos polluent autant que toutes les voitures du monde !!) sans parler des conditions de travail aberrantes des ouvriers du textile et des enfants surexploités… Il y a de quoi flipper avant d’entrer dans une boutique. »

Bon, il faut bien s’habiller malgré tout, mais pas à n’importe quel prix. « S’habiller autrement, sans abus ni gaspillage ou manque de respect envers ceux qui fabriquent, c’est possible » et l’expo « J’ai rien à m’mettre ! » à la Maison écocitoyenne donne ces quelques conseils :

« – Faire le tri dans notre placard : 70% de notre garde-robe n’est jamais portée !
– Lister ce dont on a vraiment besoin pour éviter les achats impulsifs… qui ne seront donc jamais portés !
– Profiter des soldes pour d’offrir de belles pièces durables aux matières nobles
– Redécouvrir les friperies et magasins de seconde main. Pendant les soldes, les prix sont encore plus réduits ! »

Par ailleurs, un parcours ludique dans l’exposition donne à comprendre les enjeux de l’industrie textile, ce qui se cache derrière les étiquettes et les bonnes pratiques à adopter. Un précieux carnet d’adresses est également proposé pour choisir parmi une sélection de boutiques bordelaises : 100% made in France, création locale, matières naturelles…

Intérieur de magasin (cc Gregor)

Intérieur de magasin (cc Gregor)

2 – Opter pour des boutiques « éthiques »

Dans ce carnet, des adresses mais aussi des idées sont mis en lumière, comme la location de vêtements. La boutique La Vétithèque (32 rue de la Boëtie à Bordeaux) propose non seulement de louer des fringues lorsque l’occasion se présente (mariage, entretien d’embauche..), mais aussi des formules d’abonnements « à la bibliothèque de vêtements » qui vous permettent d’ « emprunter » des pièces des « marques émergentes » et des « créateurs locaux ».

D’autres boutiques dépoussièrent l’image du commerce équitable – « Halte au cliché du poncho péruvien qui gratte ! », alerte Ecolo-Girl. Elles présentent des marques labellisées « qui garantissent qu’aucun enfant n’est exploité et que les ouvriers du textile travaillent dans des conditions décentes ».

Parmi ces adresses bordelaises (Ex Aequo, 16 rue des Bahutiers – Artisans du monde, 30 rue Parlement-Saint-Pierre – Being human, place Fernand-Laffargue – Matsaï Mara, 20 rue du Pas-Saint-Georges), Koken (13 place Puy-Paulin) propose uniquement des marques éthiques que la patronne, Carole Girard, sélectionne aussi pour le choix des matières naturelles. Quelques exemples : L’Herbe rouge, People Tree, A beautiful story

3 – Choisir des marques qui font l’effort

N’allez pas croire qu’il n’est question que de petites adresses confidentielles. Dans la rubrique « luxe », les grandes enseignes bordelaises trouvent grâce dans ce carnet d’adresses (Louis Vuitton, 60 cours de l’Intendance – Petrusse, 8 allées Tourny – Hermès, 8 rue Franklin et 2 place Gambetta – Weston, 48 cours Georges Clémenceau – Armani, 165 rue Sainte-Catherine… et bien d’autres). Pourquoi ? Parce qu’il s’agit d’un « incomparable savoir faire » dans l’artisanat traditionnel inscrit au patrimoine français dont les métiers de tradition disparaissent :

« Il ne reste guère plus de 200 professions qui contribuent à la richesse de ce patrimoine culturel. Chapeliers, plumassiers, gantiers, brodeurs, maroquiniers, éventaillistes, paruriers… Autant de formations et d’emplois à (re)découvrir pour s’offrir une exception durable », peut-on lire dans la présentation.

Les Galeries Lafayette (11 rue Sainte-Catherine), H&M (50-60 rue Sainte-Catherine et 17 rue du Père-Louis-de-Jabrun) marquent aussi des points. Les premiers, à l’exposition de la Maison écocitoyenne, les deuxièmes dans le classement des « tops » de Greenpeace :

« Deux des plus grandes entreprises de mode au monde, H&M et Inditex (Zara), ainsi que la marque italienne Benetton ont toutes les trois fait des efforts sur l’ensemble des critères définis par Greenpeace, et prouvent ainsi qu’une mode sans produits toxiques est possible. »

L’ONG recense 12 marques qui « peuvent mieux faire » : Adidas, Burberry, C&A, Fast Retailing (Uniqlo), G-Star, Levi’s, Mango, M&S, Miroglio, Primark, Puma et Valentino, qui « doivent accélérer leur transformation si elles comptent atteindre leur objectif “mode sans toxiques” en 2020 ».

Alors que Nike, LiNing, Esprit et Victoria’s Secret « semblent avoir baissé les bras » et d’autres sont tout simplement qualifiées de « toxic addicts » :

« Certaines marques refusent toujours de rejoindre la tendance sans toxiques, alors que des analyses réalisées par Greenpeace ces dernières années ont révélé la présence de dangereux polluants dans leurs vêtements. Armani, Bestseller, Diesel, D&G, GAP, Metersbonwe, PVH, VAncl et Versace mais aussi des françaises du luxe Hermès [pourtant conseillé par la Maison écocitoyenne, NDLR] et LVMH Group/Christian Dior Couture continuent de fermer les yeux sur le problème. »

A l'Atelier du Chalet Aquitain, 7 salariés travaillent entre la boutique et l'atelier (Photo SB/Rue89 Bordeaux)

A l’Atelier du Chalet Aquitain, 7 salariés travaillent entre la boutique et l’atelier (SB/Rue89 Bordeaux)

4 – Viser le DIY et le made in France ou près de chez nous

Quand le commerce international détruit la biodiversité

Au-delà du bilan de toxicité et d’éthique dressés par Greenpeace, plusieurs études pointent l’impact des échanges commerciaux sur la planète.

La dernière, publiée mercredi 4 janvier dans la revue Nature Ecology & Evolution, et décortiquée par le journal Le Monde, « permet d’identifier précisément quels consommateurs, dans un pays, menacent quelles espèces dans un autre ».

Ses deux auteurs en déduisent que 30 % des menaces qui pèsent sur les espèces dans le monde sont liées au commerce international de tout genre : café, thé, sucre, et bien sûr textiles. Ils prennent l’exemple des biens importés par l’Allemagne qui menaceraient 600 espèces différentes dans le monde.

Enfin la création locale est mise à l’honneur (Les filles à l’ouest, 17 rue Père-Louis-de-Jabrun – Blue Madone, 8 rue Porte Basse – La Feliz, 26 rue du Parlement-Saint-Pierre – Specimen, 11 rue du Mirail) mais aussi le made in France (Do you speak français, 93 rue Notre-Dame – W.A.N, 1 rue des Lauriers).

Dans ce registre, Le Chalet Aquitain (55 rue de la Forteresse à Blanquefort) confirme la réussite de son pari. La boutique inaugurée en mai 2014, présente les collections de chaussures pour enfants de L’Atelier du Chalet aquitain relancé par sept des anciens salariés de l’usine girondine de Mod’8 dont la fermeture en 2013 avait laissé 80 personnes sans emploi.

Pour être complet, les friperies sont aussi sur la liste des bonnes adresses, ainsi que les vides-dressing et les adresses DIY.

L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
Co-fondateur de Rue89 Bordeaux et directeur de la publication
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