Société 

Au futur quartier Brazza, des concepts en veux tu en voilà

Projet phare de la métropole bordelaise, le réaménagement du quartier Brazza, sur la rive droite au débouché du pont Chaban, est dans les starting-blocks. Avec un nouveau credo de « logements capables », une offre de loisirs très marketés, comme la Bellevilloise et un marché vintage halle Soferti, mais peu de visibilité en matière de services publics. Tour d’horizon.


Le futur quartier Brazza, entre, en ce début 2017, dans sa phase opérationnelle. Après quelques retards et plusieurs années de négociations et de préparations, le projet a été confié par la Ville de Bordeaux et Bordeaux Métropole, à l’architecte Youssef Tohmé, et au paysagiste Michel Desvigne, dans le cadre d’un urbanisme négocié, comme aux Bassins à flot.

Les premiers permis de construire ont été déposés. 690 attendent déjà d’être instruits et la Métropole devrait en recevoir 2270, d’ici la fin du premier trimestre, a-t-il été annoncé ce lundi à l’Hôtel de ville. Cela représente 60% des opérations immobilières que connaîtra dans les années à venir le quartier Brazza.

Les premières grues et autres pelleteuses sont, quant à elles, attendues pour 2018. Logements, mais aussi immobilier d’entreprises, zone d’activités artisanales, lieux culturels et de loisirs, espaces verts vont pousser sur les 53 hectares de terrain réservés au projet. Le tout devant être bouclé d’ici 10 ans.

1 – Ce qui se dessine côté logements

La marque de fabrique du logement à Brazza sera celle du logement dit capable, à savoir des appartements et des maisons livrés en plateaux : en dehors des murs, des canalisations, d’un chauffage, d’une salle d’eau et d’un évier, tout ou presque sera à faire, même si les logements seront être habitables en l’état, version loft.

Vendus 2100 euros le m2, soit près de 30% de moins que dans le marché traditionnel, ces logements capables, au nombre de 499, doivent favoriser « la liberté au sein du bâti ».

Autre projet atypique : les 2097 logements collectifs sur pilotis. Construits à 5 ou 6 mètres de haut, ils sont la solution pour pallier le risque d’inondation, une partie de Brazza étant située en zone inondable. 349 échoppes doivent également voir le jour. Au total, ce sont 4950 logements qui sont attendus dans ce nouveau quartier, dont 30% de logements sociaux. Les premières livraisons sont prévues pour 2020.

Le projet des échoppes (DR)

2 – Ce qui se profile en mode loisirs

Les nouveaux concepts sont à la mode à Brazza. Tout d’abord avec la construction de deux hôtels qui prétendent « dépoussiérer l’hôtellerie » : le Jo&Joe et le Mob Hôtel doivent ouvrir en 2020. Le premier, porté par le groupe Accorhôtel cible directement les « Millenials », comprendre les « jeunes de moins de 30 ans, accrocs à Facebook, Snapchat et Heetch » et se présente comme un mix entre location privée, auberge de jeunesse et hôtellerie traditionnelle avec des premiers prix à 25 euros. Ouvert aussi bien aux habitants du quartier qu’aux touristes, il proposera également des animations (yoga, concert).

Le second, développé par le groupe immobilier Cardinal, sous le patronage des promoteurs du Mama Shelter, proposera, bien sûr des chambres (à partir de 89 euros la nuit) mais aussi une librairie, des potagers, des food trucks et des événements musicaux. Avec comme philosophie : le zen et le veggie.

Des puces et une cathédrale

Toujours sous l’égide du groupe Cardinal, une Bellevilloise, du nom de l’espace culturel multidisciplinaire parisien qui doit son nom à son quartier de résidence (Belleville), s’installera sur 2500 m2 dans l’ancienne Halle Soferti, avec au programme, concerts, expo, débats, cocktail, à l’instar de sa grande sœur parisienne. La Halle Soferti hébergera également Culture Puces, un « marché vintage » permanent, à l’image des puces de Saint-Ouen, notamment.

La future halle Soferti (DR)

La future halle Soferti (DR)

Juste à côté du Jo&Joe, c’est l’Union nationale des Centres Sportifs de Plein Air (UCPA) qui investit dans un projet baptisé «  cathédrale  des sports », prévu, lui aussi pour 2020. Sur 14 000 m2, cette sorte de gymnase géant aura comme particularité d’être entièrement transparent : pas question donc de suer incognito.

Du padel tennis (on vous explique : un sport de raquette dérivé du tennis, se jouant, uniquement en double, avec service à la cuillère, sur un court plus petit, encadré de murs et de grillages), du golf (un parcours sera installé sur le toit de l’édifice, retenez votre swing) , des murs d’escalades ou des salles de fitness feront notamment partie des activités proposées.

3 – Ce qui est prévu pour l’économie

Une autre des particularités du projet Brazza est de vouloir privilégier le secteur de l’artisanat en réservant 31 500 m2 à ce type d’activités économiques (petits commerces compris). Mais surtout en consacrant 10 000 m2 de volumes capables (sur le modèle des logements capables) aux artisans.

Objectif : leur permettre de faire évoluer leur atelier en fonction de leurs besoins. Portés par Domofrance, ces ateliers évolutifs seront vendus 1000 euros le m2. De même, des logements-ateliers seront proposés à de jeunes professionnels en accession à la propriété.

Enfin, le groupe Saint-Gobain, déjà présent dans cette zone sur deux sites (avec notamment Point P, le premier distributeur de matériaux de construction en France), se relocalisera à proximité de la Halle Soferti : un bon point pour le bilan carbone, pour Jacques Pestre, le directeur général adjoint de Saint-Gobain, puisque « la présence de Point P sur place permettra du coup, aux artisans de travailler en circuit très court »…. Le groupe ouvrira également sa quatrième école, destinée à la formation continue des artisans.

Une maquette du projet Brazza (DR)

4 – Ce qui reste encore dans flou

Non abordée ce lundi lors de la présentation à la presse, la question des équipements publics ne figure pas encore au calendrier. Ou du moins pas de manière précise. Pour faire face à l’arrivée des premiers habitants, prévue dès 2020, il faudra attendre au moins 2021, selon Michèle Laruë-Charlus, directrice générale de l’aménagement à Bordeaux Métropole, pour que le premier des deux groupes scolaires prévus sorte de terre.

Aucune étude n’a pour l’instant encore été menée sur ce sujet. Une médiathèque, un gymnase, une maison polyvalente et une crèche, doivent également être construits, mais rien n’est encore vraiment non plus dans les tuyaux.

Enfin, côté transports en communs, là encore, pas de calendrier, explique-t-on à la métropole. Certes, une ligne de Bus à haut niveau de service (BHNS) reliant Bassens au pont Jean-Jacques Bosc est envisagée, de même que la construction d’un transport en commun en site propre (tramway ou BHNS) de la gare de Cenon-Pont Rouge à Gradignan via le pont Chaban-Delmas et les boulevards. Mais il s’agit, là, de projets « sur le moyen, voire le long terme » qui ne sont encore pas validés. Les premiers pas de Brazza, annoncés en grande pompe, restent donc encore hésitants.

L'AUTEUR
Aline Chambras
Aline Chambras
Journaliste indépendante et réalisatrice sonore.
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