Politique 

Le PS girondin du vote Hamon à la tentation Macron ?

actualisé le 10/03/2017 à 08h10 : Avec réaction de En Marche ! Gironde et soutien à Manuel Valls de Marie Récalde

Arrivé largement en tête du premier tour de la primaire socialiste en Gironde, Benoît Hamon a fait ses meilleurs scores à Bordeaux. Mais le candidat de la gauche du parti y est soutenu par peu de grands élus, certains laissant planer le doute sur leur ralliement pour la présidentielle.

Avec 38,14%, soit 19028 voix, Benoît Hamon a fait dimanche en Gironde deux points de mieux que sa moyenne nationale, devançant son rival Manuel Valls presque partout, notamment dans la métropole bordelaise. Ceci explique-t-il cela ? L’ex Premier ministre a annulé in extremis un meeting, qui devait avoir lieu ce mardi au Rocher de Palmer, à Cenon.

La semaine dernière, Benoît Hamon avait réuni 1200 personnes au théâtre Femina, un signe avant coureur. Le vainqueur du premier tour de la primaire socialiste a en effet enregistré à Bordeaux quelques uns de ses meilleurs scores en France : 39,65% dans la 1ere circonscription, 46,56% dans la 3e, 48% dans la 2e. Preuve que l’ancien ministre de l’économie sociale et solidaire a su attirer un public jeune et urbain, reconnait Virginie Jouve, coordinatrice de la campagne de Manuel Valls en Gironde :

« Les jeunes se sont déplacés de façon assez massive pour voter pour lui car deux sujets leur sont destinés, la légalisation du cannabis et le revenu universel. »

Pour Thierry Trijoulet, premier secrétaire départemental du Parti socialiste, Benoît Hamon « a fait la différence car il a eu l’avantage de se lancer très tôt » :

« Il est venu deux fois en Gironde, où il a bénéficié de soutiens actifs et très efficaces (NDLR : notamment le conseiller municipal de Bordeaux Matthieu Rouveyre, et Naïma Charaï, porte-parole nationale du candidat). Et il tient un discours mobilisateur, que certains estiment plus de gauche, qui a parlé aux citoyens. L’enjeu, c’est d’aller chercher des électeurs en dehors de notre parti, peu importe donc qu’il soit soutenu par moins de grands élus que Manuel Valls. »

« Plus présidentiable »

Certes, sept vice-présidents du conseil départemental, dont Matthieu Rouveyre et Martine Jardiné, ont fait la campagne de Benoît Hamon en Gironde. Mais il n’a pas pu s’appuyer sur de grands élus locaux de la métropole : tout comme le sénateur-maire de Mérignac Alain Anziani, Alain Rousset, le président de la région Nouvelle-Aquitaine, soutient Valls et a égratigné les propositions de Benoît Hamon ; après voir appuyé Vincent Peillon, la députée de Bordeaux Sandrine Doucet a appelé dimanche soir à voter Manuel Valls, jugé « plus présidentiable » ; sa collègue Marie Récalde l’a imité ce mercredi. Et sa collègue Michèle Delaunay penche aussi franchement en faveur  de l’ancien Premier ministre :

« Il n’est pas exclu que je vote Valls, le scoop n’est pas là, affirme la députée et ancienne ministre de Jean-Marc Ayrault. Je dis en revanche qu’il faut rééquilibrer les positions. Le meilleur de nos candidats a aujourd’hui 1,5% du corps électoral, et si nous voulons peser dans l’élection présidentielle, il faut élargir cette surface. Nous ne pourrons peser qu’en rassemblant, et nous n’en prenons pas le chemin. Nous ne pouvons pas nous en tenir à des positions clivantes. Il faut par exemple que nous puissions donner une version crédible, concrète et réalisable du revenu universel, en réunissant les différents minimas sociaux et en facilitant l’accès au droit. Je suis d’accord pour l’expérimenter, mais ce ne serait pas raisonnable de le proposer sous une forme XXL, comme une vérité révélée.  Je trouve en revanche intéressante la position de Benoît sur les réfugiés, j’estime que nous avons été trop timides sur ce sujet. »

Si Benoît Hamon l’emporte, pourrait-elle se tourner vers un candidat plus centriste, comme Emmanuel Macron ? Michèle Delaunay ne ferme pas la porte à cette option en affirmant qu’elle ne portera aux législatives que « ce en quoi [elle]croit » :

« On est tous un peu mal à l’aise, pour les candidats aux législatives la situation est risquée et très inconfortable. Partir sabre au clair en disant « voici le morceau de la vraie croix socialiste », ce n’est plus de mon âge. C’est essentiel que les gens voient que je crois ce que je dis, c’est ce qui nous manque en politique. »

Bref, Hamon ne constitue pas l’assurance tout risque pour garder son siège à l’Assemblée. D’ailleurs, certains députés de Gironde qui soutenaient Vincent Peillon n’ont pas annoncé pour qui ils comptaient voter au deuxième tour. Après l’hémorragie des militants, le PS va-t-il voir ses élus déserter le navire et emboiter le pas d’En Marche, le mouvement de l’ancien ministre de l’économie, en cas de victoire de Benoît Hamon ?

« Le risque est réel d’une non-reconnaissance de telle ou telle candidature, affirme Thierry Trijoulet. C’est vrai pour les soutiens de Hamon, qui pouvaient dire « Si c’est Valls, pas question ». Et d’autres pourraient être tentés de faire le grand écart, de se mettre en congés du PS. En Marche a déjà reçu 1200 dossiers de candidats à l’investiture aux législatives, pour 577 places. »

En Marche martèle, avril poignarde

Pour l’instant, les cas en Gironde sont assez isolés, et concernent surtout des seconds couteaux du Parti socialiste, comme le Premier adjoint à la mairie de Bruges, Guillaume Bourrouilh-Parège, ou le maire de Ludon-Médoc, Benoît Simian. Au soutien d’Emmanuel Macron dès que celui-ci est sorti du bois, Florent Boudié a finalement tempéré ses ardeurs pour obtenir l’investiture aux législatives.

Mais après s’être rangé derrière Manuel Valls, le député de Libourne n’a pas tardé à dire sur son blog tout le mal qu’il pense de la primaire de la Belle Alliance. Son résultat ne fait selon lui « que confirmer ce que chacun sait depuis près de 15 ans: la fracturation du parti socialiste et la nécessité d’une clarification idéologique qui appellent à une recomposition politique inéluctable. Cette mise en cohérence est indispensable pour rassembler les progressistes autour d’un projet commun et déjouer, en mai prochain, la fatalité d’un non-choix entre libéraux-conservateurs et tenants du national-populisme. »

Et ce rassemblement, bien sûr, ne pourrait s’opérer selon Boudié que derrière l’actuel troisième homme dans les sondages, l’ex banquier de chez Rotschild.

« Encore faudrait-il qu’il ait un programme, et pas seulement un comportement à la Steve Jobs », nuance Virginie Jouve. Selon le soutien de Manuel Valls, les militants socialistes sauront raison garder, que Hamon valse ou Valls soit admonesté. Malgré l’émergence d’En Marche ! et la baisse du nombre de militants au PS (3600 en Gironde, officiellement), les comités locaux du mouvement d’Emmanuel Macron ne comptent encore « que » 567 membres actifs dans le département…

Mais 3178 adhérents inscrits, a tenu à préciser à Rue89 Bordeaux le référent départemental d’En Marche !, qui affirme que leur nombre augmente « de près de 30 % par mois », et que le mouvement politique est « en passe de devenir le premier de Gironde.

Naïma Charaï veut quant à elle croire que « la vraie dynamique est autour de Benoît Hamon et de son projet social et écologique (…), le mieux placé pour proposer le rassemblement des forces de gauche. »

La porte-parole du candidat socialiste balaye par ailleurs les procès en illégitimité lancés par la polémique sur le décompte des voix :

« C’est une manière de discréditer la mobilisation, que beaucoup de commentateurs voyaient à moins de un million de votants il y a quelques jours. »

Quel que soit le nombre de suffrages, il sera toujours mis dans la balance avec le poids des sondages.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux
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