Culture  Tribune 

Quelles actions et quelles perspectives en faveur des droits culturels à Bordeaux ?

Adjoint au maire en charge de la culture, Fabien Robert dévoile le plan d’actions de la Ville de Bordeaux en faveur de l’équité culturelle. Pour encourager les pratiques artistiques dans tous les quartiers, il annonce la création de nouveaux équipements, comme un chapiteau en dur aux Aubiers pour l’école de cirque de Bordeaux, et une antenne du Conservatoire à la Benauge.

Les droits culturels ont fait leur apparition en France. En vérité, leurs fondements sont anciens mais ils n’avaient jamais vraiment trouvé place dans les textes, comme dans le référentiel des professionnels. Dorénavant, ils sont inscrits dans les lois (NOTRe et LCAP). Nous devons donc tous nous interroger et agir.

Sur un bassin de vie, quels dispositifs pour contribuer à la participation et à la reconnaissance du rôle des citoyens dans la vie culturelle ?

A Bordeaux, nous répondons de trois manières à cette interrogation nouvelle.

Un plan pour l’Equité Culturelle

La Ville s’est dotée de deux documents politiques qui fondent la politique sociale (le Pacte de Cohésion Sociale et Territoriale) et la politique culturelle (le Document d’Orientation Culturelle). Ces deux projets de mandature se retrouvent sur un axe partagé qui a donné lieu au plan pour l’Equité Culturelle.

Depuis sa mise en place, une quinzaine d’actions ont été réalisées visant à créer un « va et vient permanent » entre l’offre culturelle proposée au cœur de la Ville et l’émergence des cultures dans les quartiers. Ainsi, il s’agit aussi bien de favoriser la diffusion de la culture « classique » en proximité (par exemple grâce à « Classiques aux Balcons », co-construit avec InCité, bailleur social visant à diffuser des petites formes de musique de chambre au Grand Parc) que d’intégrer les cultures émergentes dans les évènements de la Ville et dans ses institutions (par exemple avec la saison Street-Art en cœur de la Ville).

Le plan pour l’équité culturelle est nourri, au fil de l’eau, en transversalité avec les différents services de la Ville : affaires sociales, enfance, jeunesse, seniors, mission handicap, égalité femme/homme.

Mais le plus important est ailleurs, au-delà des actions concrètes. En effet, plusieurs chantiers transversaux sont aujourd’hui ouverts :

– le premier vise à la mise en place de critères communs entre les services culturels et les services du développement social urbain dans l’attribution de subvention de projet. Nous allons intégrer un critère de mieux-disance territoriale et/ou sociale dans l’attribution des subventions destinées à la création artistique ;

– le second vise au déploiement des grands évènements culturels de la Ville dans les quartiers. Par exemple, pour la deuxième année consécutive la Fête de la Musique sera décentralisée dans toute la ville et la soirée d’ouverture du Festival International des Arts de Bordeaux Métropole aura lieu au cœur d’un quartier « territoire de veille » (au sens de la politique de la Ville) ;

– le troisième concerne les quartiers en rénovation. Il s’agit, d’une part, d’accompagner le tissu associatif et culturel à se structurer, à élargir son champ d’action et ses partenariats. Et, d’autre part, de prévoir l’implantation sur ces territoires d’équipements culturels qui mixeront pratiques libres, amateurs, professionnelles et vie locale tout en ayant un objectif de rayonnement et d’ouverture sur le reste de la Ville. Ainsi, dans le quartier des Aubiers, nous construirons un lieu mêlant les activités socio-culturelles du quartier avec un chapiteau en dur qui permettra à l’école de cirque de Bordeaux d’accueillir davantage d’élèves et de compagnies en résidence.

A la Benauge, c’est une antenne du Conservatoire Jacques Thibaud qui sera intégrée dans un nouveau lieu avec la médiathèque du quartier.

Actuellement implantée à côté de la Base sous-marine, l’école de cirque de Bordeaux va déménager aux Aubiers (SB/Rue89 Bordeaux)

Un lieu expérimental pour les droits culturels : la Salle des Fêtes du Grand-Parc

La Salle des Fêtes a été construite en 1965 par l’architecte Claude Ferret. Elle avait été conçue comme un lieu permettant de mêler culture professionnelle et vie locale et a connu une grande réussite sur ces deux branches. Fermée au début des années 1990, elle est actuellement en travaux de rénovation pour une livraison en 2018.

Outre une histoire forte, la Salle des Fêtes du Grand-Parc bénéficie d’un très fort attachement des habitants de ce quartier. Ce sont les habitants qui sont à l’origine de la réouverture de la Salle. Mobilisés lors de la deuxième édition d’Evento (2011), ils se sont réunis en collectif et ont mobilisé autour d’eux acteurs culturels, acteurs associatifs, acteurs sociaux pour proposer un projet protéiforme.

C’est donc à partir de son histoire et à partir de la mobilisation et des propositions des habitants que la Ville de Bordeaux a conçu un projet innovant autour de cette salle de spectacles de près de 1 200 places. La nouvelle Salle des Fêtes du Grand-Parc sera un lieu de spectacles et de concerts professionnels, dont les contenus artistiques seront confiés, pour partie, aux opérateurs culturels du territoire bordelais mais il s’agira aussi d’en faire le nouvel espace de vie sociale du quartier.

Pour cela, non seulement une partie des contenus culturels seront co-construits avec les habitants et les structures socio-culturelles et éducatives du quartier, mais les habitants seront également associés à la gouvernance de la Salle par la création d’un « comité des fêtes », organe représentatif des forces vives du Grand-Parc. Par ce biais, les habitants seront consultés sur les grands axes de programmation, sur les grandes lignes budgétaires, sur l’ouverture et le rayonnement de la salle…

La Salle des Fêtes sera également dotée d’espaces de réunion, d’une galerie d’exposition (dont la gestion pourrait être confiée à l’Annexe B, ateliers d’artistes installés dans une ancienne annexe de lycée) et d’un restaurant-brasserie ouvert sur les espaces verts.

Il s’agit d’une expérimentation de l’application réelle des droits culturels des personnes, aussi bien sur les contenus que sur l’organisation globale, dans un lieu culturel emblématique et rénové, situé sur un territoire fragile.

Demain, associer les habitants à la construction de la politique culturelle.

La Ville souhaite accompagner ces citoyens qui prennent une part active à la vie de la cité en leur donnant des clés de lecture pour mieux comprendre le fonctionnement de l’administration municipale, pour connaître de manière exhaustive l’offre culturelle qui existe sur les territoires qu’ils habitent ou qu’ils fréquentent, pour les mettre en relation avec les artistes et les associations culturelles.

En lien avec les huit maires-adjoints de quartier, nous réfléchissons à la bonne manière de travailler avec les commissions permanentes de quartier (organe de concertation locale composé de 20 membres tirés au sort sur la liste électorale et 20 membres nommés parmi les forces vives du quartier). L’idée est d’aboutir avec eux à la réalisation, dans chacun des quartiers, d’un abécédaire de la culture totalement construit par les habitants.

Par ce biais, c’est non seulement la définition de l’identité culturelle des quartiers qui est recherchée mais c’est aussi la possibilité pour les habitants de mettre en avant des pans de la culture qui sont insuffisamment considérés ou visibles aussi bien du point de vue de l’administration municipale que des publics potentiels. Plus globalement, cet exercice participatif vise une nouvelle définition de ce que représente la culture pour ceux qui la font, ceux qui la fréquentent ou ceux qui n’y participent pas.

Au terme de ces échanges préalables, les commissions permanentes seront invitées à rencontrer les acteurs culturels de leur quartier, à soutenir des projets ou des associations émergentes… Des moyens financiers seront disponibles pour soutenir les choix des représentants des habitants dans chaque quartier, mobilisés via le dispositif de soutien à la création et à l’innovation culturelle.

Voici comment la Ville de Bordeaux a intégré progressivement la plupart des différents champs recouverts par le terme « culture » tels que posés dans l’article 2 de la Déclaration de Fribourg sur les Droits Culturels :

« Le terme “culture” recouvre les valeurs, les croyances, les convictions, les langues, les savoirs et les arts, les traditions, institutions et modes de vie par lesquels une personne ou un groupe exprime son humanité et les significations qu’il donne à son existence et à son développement. »

Le fait que la politique culturelle (par son Document d’Orientation), la politique sociale (par son Pacte de Cohésion Sociale et Territoriale) ou celle qui vise à l’égalité entre les citoyens (par son plan de lutte contre les discriminations) soient volontairement imprégnées de cette volonté de reconnaissance de la culture de chacun des Bordelais, et que le financement de ces politiques soit une des priorités de la Ville est une démonstration manifeste de la volonté d’Alain Juppé d’associer pleinement chacun et chacune des Bordelaises et des Bordelais à la vie de leur cité.

L'AUTEUR
Fabien Robert
Adjoint au maire de Bordeaux en charge de la culture et du patrimoine
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