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Confidences et perspectives bordelaises d’Alexandra Siarri

Avec « Bordeaux est Avenir », Alexandra Siarri signe un premier livre sur les enjeux pour la ville. Mais l’adjointe à l’action sociale à la mairie de Bordeaux raconte aussi son parcours politique « façonné » par son mentor, Alain Juppé, auteur de la préface.

Ne vous contentez pas du titre, ni de la quatrième de couverture, pour apprécier le premier livre signé Alexandra Siarri, « Bordeaux est Avenir » (Mobilibook). S’ils font surtout référence à la deuxième partie de l’ouvrage organisée autour de 10 enjeux de la ville de demain, la première partie dévoile l’éclosion d’une élue « venant de la société civile ». Une manière de rappeler l’importance de « savoir d’où on vient, pour savoir où on va ». Et de savoir où l’on est, serait-on tenté d’ajouter.

Avant de prendre note des priorités d’Alexandra Siarri, qui s’articulent autour des préoccupations sociales, de l’urgence écologique, du défi démographique ou encore des mutations économiques, le lecteur pourra découvrir le parcours d’une responsable politique qui se fait, non sans douleur, une place dans la mécanique politiquement huilée de la « galaxie Juppé » [Les passages entre guillemets et en italique sont extraits du livre, les autres, sans italique, sont issus d’un entretien, NDLR].

Héritière de l’action sociale

Alexandra Siarri par Eloïse Vene

« Ce livre est écrit au fil de l’eau » confie son auteure. Si elle revient sur ses premières missions en politique, l’élue « non encartée » prend soin de rapporter avec pudeur ses premiers pas hésitants dans le milieu. On est loin du poste taillé sur mesure. Bien au contraire.

« Quand je me suis engagée auprès d’Alain Juppé en 1998, j’avais 26 ans et lui avait déjà une carrière de Premier ministre de la France. […] La politique est un parcourt exigeant où tu es souvent seul, j’ai souvent eu mal d’être seule, mais c’est ainsi que l’on devient solide sur ses convictions. »

Point de fanfaronnades donc. Alexandra Siarri avoue avoir mal vécu la nuit où elle a signé sa première prise en charge pour une jeune mère de famille par un hôpital psychiatrique (à cette époque une disposition, supprimée depuis, autorisait un maire ou son représentant d’astreinte à ordonner l’hospitalisation d’office d’une personne en se fondant sur la seule notoriété publique).

Elle dit aussi avoir pleuré d’angoisse à un dîner où elle devait « être ambassadeur de Bordeaux », ou encore avoir accepté des décisions « sans rien dire et attendre pour comprendre »… « C’est le métier qui rentre », lui rappelle son mentor :

« Quand tu es en contact avec un homme comme Alain Juppé, il est évident qu’il te façonne. »

Tout comme elle sera façonnée le long de son chemin politique par des « phrases qui [l]’ont anéantie » dans la presse ou par ses positions « qui ne sont pas raccords avec d’autres sensibilités de l’équipe de Juppé ». Entre figures de cette équipe clairement nommées et d’autres simplement décrites, Alexandra Siarri s’efforce de porter l’héritage de Véronique Fayet ou encore de Simone Noailles.

Juppé l’autoritaire et le malaise démocratique

A plusieurs reprises, Alexandra Siarri ne manque pas de rappeler ses désaccords sur certaines décisions d’Alain Juppé, à qui elle transmet régulièrement des notes écrites sans savoir s’il en prend connaissance.

Même si elle a appris à ses débuts qu’ « il faut savoir ne pas tout dire, sauf quand on vous le demande », elle s’étonne ne pas figurer au conseil d’administration de Gaz de Bordeaux alors qu’elle venait d’être nommée d’office, sans « un vrai dialogue », conseillère municipale en charge de l’éco-habitat et de l’énergie :

« L’administration décide souvent à notre place. […] Alain Juppé a l’habitude, quand on se plaint des dysfonctionnements liés à cette équation, de ne pas l’entendre, et si on insiste, de nous rétorquer que si nous nous faisions respecter cela n’arriverait pas. Il aime l’autorité qui s’exerce tout de suite et qui ne se discute pas. »

C’est ainsi que le maire de Bordeaux prend ses décisions, notamment quand, début 2016, « il a pris le temps de dire que, s’il devenait président de la République, les élus de sa majorité devraient voter pour celle qu’il a choisie », s’ils ne veulent pas être perçus « comme infidèles, idiots et/ou jaloux ».

« Il a donc décidé de faire venir une personne de la grande entreprise et de Paris dès 2014, sans mot à quiconque. Lui aussi avait été imposé en son temps par son prédécesseur, Jacques Chaban-Delmas. […] C’était en 1995, il y a 22 ans. Aujourd’hui, en pleine interrogation sur le malaise démocratique, la méthode était la même. »

Le statut de l’élu

Paru en marge des calendriers politiques, on peut néanmoins imaginer que l’auteure du livre espérait sa sortie avec un Juppé en pleine campagne présidentielle. Cela aurait été l’occasion d’avancer ses idées et ses pions dans le contexte d’une succession imposée à la mairie de Bordeaux. Mais la situation n’est pas celle attendue. En restant « à l’adresse de Juppé », « Bordeaux est Avenir » se targue de remettre le local au menu d’une échéance nationale :

« A l’heure des élections présidentielles, il m’a paru important de parler de proximité et de donner un avis sur les questions locales. Beaucoup de personnes sont sceptiques ou angoissées. Or, il suffit juste pour elles de se saisir de certaines questions. »

Du participatif donc, mais pas trop. L’adjointe au maire de Bordeaux ne se contente pas de « débattre partout, tout le temps », elle défend le statut de l’élu « choisi pour prendre des décisions et trancher ». Dans son livre, sur la question de l’ouverture des centres d’accueil et la réticences fréquentes des habitants, par exemple, elle s’interroge sur la pertinence de demander aux riverains leurs avis. La réponse est dans la question :

« Il faut réinstaurer un rapport de confiance et reconnaître qu’il y a une limite à ce qu’on doit demander et à ce qu’on doit discuter. Il y a une consommation frénétique de démocratie participative, mais celle-ci n’est valable que si elle est accompagnée d’une transparence totale sur les données publiques. »

Affirmer ses idées

S’agit-il des écoquartiers chers à Bordeaux et pour lesquels Alexandra Siarri ne cache pas son scepticisme si un travail n’est pas fait sur « le comportement des citoyens » – « les politiques doivent dire la vérité même si celle-ci ne séduit pas immédiatement » ?

S’agit-il de la lutte contre le gaspillage, de l’objectif zéro déchet « qui n’a plus qu’à être appliqué pour de bon à Bordeaux », ou d’une sensibilisation à la consommation que « la ville pourrait vouloir, sans attendre le top départ de l’État » ?

S’agit-il d’instaurer un revenu de base puisqu’ « il est temps d’imaginer que le travail ou l’activité peuvent ne pas être source de revenu […] à condition bien-sûr de disposer d’une base de subsistance et de reconnaissance » ?

De nombreuses pistes qu’explore Alexandra Siarri à l’opposé, il faut le reconnaître, de la ligne directrice de sa majorité. Celle à qui l’élue est fidèle jusqu’à voter en faveur du grand stade, un choix qu’elle présente comme « un douloureux compromis ».

Avec un texte qui alterne récit et réflexions, Alexandra Siarri dit cultiver son indépendance et toucher les gens, « amis de droite comme de gauche », « sans tomber dans la polémique ». Plus qu’une « envie d’écrire », ce « livre est une protection » :

« A la fois, tu te rends plus vulnérable, mais aussi tu te rends fort parce que tu affirmes tes idées. »

L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
Co-fondateur de Rue89 Bordeaux et directeur de la publication
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