Société 

Des familles en quête de toit, du Grand Parc à Pessac

Ouvert pour le plan grand froid, le gymnase du Grand Parc n°2 a été fermé jeudi dernier. Plusieurs familles et deux mineurs isolés et sans abri qui y vivaient ont été relogés, majoritairement à l’hôtel. Après avoir été mis à la rue suite à la fin du paiement des séjours, la plupart d’entre eux occupe désormais une ancienne maison de retraite de Pessac, avec l’aide de citoyens engagés.

Dans le cadre du plan grand froid, le gymnase n°2 du Grand Parc a été ouvert pour accueillir des familles sans abri, demandeuses d’asile pour certaines d’entre elles, et composées d’Albanais, de Bulgares ou encore de Sénégalais. Elles étaient prises en charge par la Croix rouge ainsi que plusieurs volontaires sur place qui les aidaient, notamment dans leurs démarches administratives. Le centre a finalement fermé jeudi matin, non sans tension avec les autorités les jours précédent.

Armando et sa famille à la dérive

Armando est un migrant albanais sans papiers. Arrivé en Italie par bateau avec sa femme, en compagnie de sa jeune fille de 7 ans et de son petit garçon de 15 mois, il a ensuite rejoint la France en bus au cours d’un voyage très long et épuisant. Arrivée à Bordeaux il y a 5 mois soit 5 ans après son arrivée en France, la petite famille a été ballotée d’hôtels en hôtels par les services sociaux, avant d’atterrir au gymnase du Grand Parc.

Après la fermeture du centre, ils ont été relogés à l’hôtel durant quelques jours avant de se retrouver à la rue encore une fois. Grâce au collectif de « réquisition citoyenne », ils se sont installés dans l’ancienne maison de retraite ce mercredi, remerciant les bénévoles qui se sont mobilisés pour leur donner des repas et des vêtements.

La préfecture a alors déclaré que des solutions avaient été trouvées « en fonction de chaque situation ». Les demandeurs d’asile auraient été envoyés au Centre d’accueil qui leur est dédié (Cada). Les autres ont été répartis entre le centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) et l’hôtel.

Selon les citoyens en contact régulier avec les familles, seule une famille angolaise est relogée au CHRS jusqu’au 13 février prochain, tandis que l’écrasante majorité a été « relogée » à l’hôtel.

De plus, aucun repas ne leur ayant été accordé au cours des séjours, ce sont les citoyens qui leur en ont apporté de leur propre chef. Ce mercredi, les deux tiers des familles relogées après la fermeture du gymnase, se sont retrouvés à la rue, poussant le collectif à passer à l’action

Une réquisition citoyenne

En réponse à l’arrêt du paiement des séjours hôteliers par les services sociaux, un groupe de citoyens a décidé d’occuper un bâtiment abandonné. Cette ancienne maison de retraite de l’hôpital Xavier Arnozan, à Pessac, est désaffectée et en attente de réhabilitation par le CHU. Le bâtiment comporte 87 studios vacants, occupés par une cinquantaine de personnes depuis le 5 février.

L’ancienne maison de retraite de Pessac (RE/Rue89 Bordeaux)

Parmi elles, on retrouve plusieurs familles expulsées du GP 2, dont quelques enfants en bas âge comme le jeune garçon d’à peine 15 mois d’Armando. Toutes les issues étant barricadées, les militants sur place ont proclamé une « réquisition citoyenne » et assuré qu’ils resteront « le temps qu’il faudra ». Plusieurs citoyens et collectifs locaux apportent régulièrement de la nourriture et de l’eau en bouteille. Il n’y aurait ni électricité ni chauffage à l’intérieur.

Un bâtiment abandonné parmi d’autres ?

Si la direction du CHU déclare le bâtiment fermé depuis seulement quelques mois, les militants affirment qu’il est abandonné depuis au moins deux ans. Et vide « comme beaucoup d’autres sur le centre », déplore un ancien délégué syndical du CHU, alors qu’elles pourraient être « immédiatement disponibles et habitables ». Il exhorte Alain Juppé, en tant que président de la métropole, maire de Bordeaux et président du Conseil de surveillance du CHU, à prendre ses responsabilités :

« Alain Juppé doit sérieusement réfléchir à la mise à disposition de ce genre de bâtiments conformément aux lois sur le Droit au logement opposable (Dalo). Il a tout pouvoir pour ouvrir les bâtiments préemptées. »

Des « relogements » temporaires

La situation est d’autant plus compliquée que les enfants sont très souvent scolarisés, et les déménagements successifs n’arrangent rien. Au Grand Parc, Abdelali, un bénévole, ne comprenait pas non plus la présence de deux jeunes mineurs marocains de 12 et 13 ans dans le gymnase. Ceux-ci auraient dû être pris en charge par l’autorité compétente, à savoir le Service d’accompagnement des mineurs isolés étrangers (SAMIE), et placés dans un centre d’hébergement d’urgence. Mais le signalement au conseil départemental, en charge de l’aide sociale à l’enfance, n’aurait pas été effectué.

Les familles attendent leur repas à l’intérieur du gymnase (ER/ Rue89 Bordeaux)

Les deux jeunes frères sont venus par leurs propres moyens depuis le Maroc. Ils ne parlent pas beaucoup le français et ont déambulé sans but au gymnase durant une quinzaine de jours. Ils ont finalement été envoyés dans un foyer privé, puis dans un autre.

Un agent nous a anonymement confié son désarroi face à cette situation :

« On est dirigés et réglementés, on ne peut rien dire ni rien faire, on n’est pas libres. Personnellement je me suis pris une claque face à tant de misère. J’en chiale tous les soirs. »

L'AUTEUR
Romain Ethuin
Romain Ethuin
Etudiant en 3e année d'Infocom, fils d'une mère tahitienne et d'un père chti, je suis également rédacteur en chef du N'infonews, le journal qui ne pense qu'à ça...
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