Société 

À Pessac, le CHU menace d’expulsion les sans-abri de l’Alouette

actualisé le 15/02/2017 à 13h47

Depuis lundi, les familles occupant une ancienne maison de retraite à Pessac, sont sous le coup d’un avis d’expulsion par le CHU. Mercredi, à 14h, un rassemblement de soutien est prévu devant la direction générale du CHU à Talence.

Vendredi 10 février à 18h, les familles squattant l’ancien EHPAD (établissement d’hébergement pour personnes âgées) l’Alouette, de l’hôpital Xavier Arnozan à Pessac, ont reçu un avis d’expulsion venant du CHU de Bordeaux. Depuis le 5 février, une vingtaine de personnes, des adultes et des enfants sans-abri, se sont réfugiées dans cette ancienne maison de retraite désaffectée. Un des membres du collectif citoyen les soutenant s’inquiète :

« Depuis lundi l’expulsion peut avoir lieu à n’importe quel moment entre 6h et 22h. »

Auparavant, une partie de ces familles avaient été accueillies au Gymnase II à Grand Parc lors du dispositif Grand Froid. Malgré la promesse de ne pas laisser ces familles à la rue, aucune solution durable n’a été trouvée pour elles.

« Nous n’allons pas disparaître », affirme la banderole (DR)

Le collectif de « réquisition citoyenne », qui connait et  soutient ces familles depuis leur placement au Gymnase, a donc décidé d’occuper un lieu public abandonné pour en faire un « hébergement solidaire ». Ils les installent à l’Alouette, vide depuis décembre 2014.

« Il n’y avait plus de chauffage central dans le bâtiment mais l’eau et l’électricité était toujours en état de marche. On a fait un grand coup de nettoyage, le lieu est tout à fait habitable », constate un des soutiens au squat.

L’électricité coupée

Avec l’aide du collectif, ces familles étrangères sans domicile fixe s’installent dans l’ancien EHPAD. Une décision que le CHU ne semble pas approuver puisqu’il fait couper l’électricité dans le bâtiment mardi. Le même jour, un huissier se rend sur place pour constater la présence de squatteurs et juge le lieu inhabitable.

« L’huissier a pu officialiser la présence de familles dans le bâtiment. Il a également jugé que le lieu était insalubre parce qu’il n’y avait plus d’électricité. La coupure par le CHU a rendu nécessaire l’utilisation de chauffages alternatifs, au pétrole et au gaz, plus dangereux », détaille un soutien qui suit les familles depuis le mois de janvier. Il s’indigne : « L’hôpital, c’est l’hospitalité, donc pourquoi couper l’électricité ? C’est un scandale de couper le courant à des gamins. Il y a des familles ici, ça a été constaté par l’huissier ! »

Trois jours après le passage de l’officier de justice, vendredi, le tribunal administratif de Bordeaux a jugé une expulsion immédiate des familles. « Une décision aussi rapide et sans entendre notre partie est exceptionnelle », s’étonne un membre du collectif qui veut contester ce jugement.

Sur la cinquantaine de personnes installées là il y a une semaine, il n’en reste plus qu’une vingtaine. Beaucoup sont parties par peur de l’arrivée des forces de l’ordre.

Les soutiens réclament « un toit pour tous » (DR)

Les militants ne comprennent pas cette volonté d’évacuer ces personnes, dont des enfants scolarisés, si rapidement.

« Il n’y a aucun projet précis pour ce lieu. Il avait été évoqué de le détruire mais c’est en suspens », insiste Mickaël Casimir du syndicat SUD Santé du CHU.

Pour le syndicaliste, cette affaire « concerne directement Alain Juppé », actuel président du comité de surveillance du CHU et président de Bordeaux Métropole. Jointe par Rue89 Bordeaux, l’intercommunalité n’a pas souhaité commenter cette situation.

Une réponse « technique » de la direction

Les citoyens soutenant les familles demandent une mise à disposition du bâtiment et la remise en place de l’électricité au CHU. Au total, l’EHPAD pourrait accueillir près de quarante familles sans-abri. Un appel à la mobilisation est lancé. Un rassemblement en leur soutien aura lieu mercredi 15 février, à 14h, devant le bâtiment de la direction générale du CHU avenue de la vieille Tour à Talence.

« On souhaite que ces personnes puissent rester ici a minima jusqu’en juin. Au moins, jusqu’à la fin de la scolarité des enfants », espère une personne du collectif.

Mickaël Casimir ajoute :

« C’est la solution la moins pire sinon c’est la rue parce que le 115 est saturé. »

Pour résoudre le conflit, le syndicat Sud Santé a tenté de rencontrer la direction mais sans parvenir à avoir de rendez-vous.

« Il y a un mutisme total de la direction et on ne sait pas ce que signifie ce silence. On ne sait pas si c’est à cause de la pression médiatique ou si c’est vraiment une démarche jusque-boutiste de la part de la direction qui veut expulser ces familles », s’interroge Mickaël Casimir.

Finalement, dans la soirée Philippe Vigouroux, directeur général du CHU fait transmettre un mail au syndicat détaillant les raisons pour lesquelles les familles ne peuvent pas rester à l’Alouette. Les conditions sont trop dangereuses pour la direction et elle n’envisage pas de remettre l’électricité en marche dans l’ancien EHPAD. Le syndicat, lui, dénonce une réponse « technique » qui ne propose pas d’autres solutions.

« Nous, on ne veut pas d’une réponse technique, on veut une réponse humaine », critique Mickaël Casimir.

De son côté, le maire de Pessac, Franck Raynal, ne compte pas utiliser son droit de réquisition de locaux vacants pour loger des familles en situation d’urgence. Son cabinet a informé Rue89 Bordeaux que « cette option n’était pas envisagée.»

L'AUTEUR
Maïder Gérard
Journaliste en formation à l'IJBA à Bordeaux.
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