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Le FN à la dérive sur la rive droite de Bordeaux Métropole

C’est sur la rive droite de Bordeaux, bastion de la gauche locale, que le Front national a réalisé ses meilleurs scores dans la métropole lors des municipales de 2014, obtenant des élus dans les 3 communes où il s’est présenté : Ambarès-et-Lagrave, Floirac et Lormont. La vague bleue Marine n’a toutefois pas suffi au FN pour s’enraciner dans ces quartiers populaires, et nombre de ses militants ont quitté le navire.

Véritable bastion de la gauche, la rive droite n’a pas été épargnée par la montée en puissance du vote Front national. La preuve aux municipales de 2014 : dans les trois communes où le parti de Marine Le Pen a présenté une liste, à savoir Lormont, Floirac et Ambarès-et-Lagrave, l’essai a été concluant, avec l’entrée au conseil municipal d’élus frontistes – quatre à Lormont, deux à Ambarès-et-Lagrave et Floirac.

Les listes Bleu Marine ont réalisé dans ces trois communes les plus gros scores de la métropole : près de 15% à Ambarès-et-Lagrave et Floirac, 22% à Lormont, contre 12% à Bègles et 10% à Mérignac, par exemple, les seules communes de la rive gauche avec Bordeaux (6% pour le FN) comptant désormais des frontistes dans les rangs des conseillers municipaux. La présidentielle de 2012 laissait pressentir ces bons résultats : Marine Le Pen était arrivée en seconde position au premier tour dans ces trois villes, avec près de 15% à Floirac, 17% à Lormont et 20% à Ambarès-et-Lagrave.

Ces – petites – victoires électorales sont-elles le signe d’un véritable investissement du local par le FN ? Qui sont ces hommes et femmes politiques qui se réclament du parti de Marine Le Pen ? Quelles actions mènent-ils au niveau local ? Et surtout de quel Front national sont-ils le nom ? Rue 89 Bordeaux a mené l’enquête.

A Ambarès-et-Lagrave, un Front national fantomatique

Arrivé 4e d’une quadrangulaire au second tour des élections municipales de 2104, le Front national a réussi à franchir la porte de l’Hôtel de ville et à y asseoir deux élus. Une victoire fragile qui masque le manque d’implantation locale d’un parti dont le nom fonctionne davantage comme un étendard.

La mairie d’Ambarès-et-Lagrave (Henry Salomé/Wikimedia Commons/CC)

18% au premier tour. 14% au second. Les municipales 2014 ont signé à Ambarès-et-Lagrave le débarquement de deux élus FN à la mairie, Jérémy Hernandez, la tête de liste et Sandrine Richard. Si le score est bon, laissant dire aux pros-FN que le parti de Marine Le Pen « confirme son implantation en Gironde », la suite est loin d’être la hauteur. Comme si la victoire électorale n’était au fond qu’un feu de paille.

Sandrine Richard ne fréquente le conseil municipal que durant le mois d’avril 2014 suivant l’élection, avant d’entamer une longue période (de juin à décembre 2014) d’absentéisme total. Fin 2014, elle rend finalement son tablier et démissionne de ses fonctions d’élue. Pour son colistier Jérémy Hernandez, ce renoncement tient à une raison simple : « incompatibilité d’emploi du temps entre vie professionnelle et vie élective ».

Impossible d’obtenir l’avis de la principale intéressée qui aurait depuis quitté Ambarès-et-Lagrave : au FN de la Gironde, personne n’a ses coordonnées. Comme si au fond Sandrine Richard n’avait été qu’une candidate fantôme, à l’instar de Joël Mazeau (lire ci-contre).

Candidat FN malgré lui

Le cas de Sandrine Richard rappelle dans une toute autre mesure « l’affaire Joël Mazeau », révélée par Sud-Ouest. Petit rappel des faits : au printemps 2014, Joël Mazeau, 19 ans, dépose plainte. Motif : Démarché à son domicile par deux hommes, dont l’un prétendait être le père de Jéremy Hernandez, le jeune homme s’est, selon lui, fait piéger en signant un document qui le parachute, contre son gré, 23e sur la liste. Cette plainte a été classée sans suites le 10 décembre 2014 par le parquet de Bordeaux, l’infraction étant jugée insuffisamment caractérisée.

Début 2015, elle est remplacée par René Quertan, un ancien du Front National en Gironde, déjà élu à Ambarès-et-Lagrave aux municipales de 1995 et troisième sur la liste en 2014. Mais la succession n’est pas des plus heureuses : gravement malade, René Quertan, n’a pu assister, entre 2015 et 2016, qu’à deux conseils.

C’est donc au final, seul à la barre, que Jéremy Hernandez, ingénieur informaticien de 35 ans, escompte « donner de la visibilité sur la commune aux 15% d’électeurs qui ont voté pour son parti ». Même s’il reconnaît que les missions d’un élu sont chronophages, et avoue privilégier parfois « son tout nouveau rôle de père à ses fonctions d’élus local ».

« Depuis son élection, on le voit pas beaucoup »

Le trentenaire, dont c’est le premier engagement politique, explique avoir fait campagne sur deux volets : les cambriolages – il réclame la mise en place d’un système de vidéosurveillance – et la métropolisation qu’il accuse de « désertifier les petites communes rurales ». Sur ce dernier point, le discours n’est pas très clair. « Le problème, ce sont les élus qui laissent de côté les populations », dit-il, mais impossible d’en savoir davantage : « Je ne sais pas exactement, c’est plus une question géographique, en fait ».

« Peu importe le candidat, l’essentiel est qu’il se présente comme candidat FN, il y aura un potentiel de voix qui se reportera sur lui, commente Nicole Korjanevski, la première adjointe au Maire en charge de la politique de la ville et des solidarités. La preuve pendant la campagne électorale des municipales, ce sont des affiches avec la photo de Marine Le Pen qui ont été collées à Ambarès-et-Lagrave. Et on peut dire que pour ce qui est de coller des affiches, ils ont une sacrée brigade. Par contre pour ce qui est de faire campagne, d’être sur le terrain, on ne les a pas vu. Jérémy Hernandez pour moi était un parfait inconnu. Et depuis son élection, on ne peut pas dire qu’on le voit beaucoup dans les événements locaux. »

C’est surtout sur son blog que Jéremy Hernandez semble actif. Un blog où il développe des propos souvent aussi nébuleux qu’outranciers, et qui brassent les thèmes chers au parti. A l’instar de ce billet posté à l’automne 2015 intitulé « Réaction suite aux événements de la crise des migrants »,  après que la mairie d’Ambarès-et-Lagrave a annoncé qu’elle accueillera quatre Syriens, deux en centre d’hébergement d’urgence, deux autres dans des logements mis à disposition par l’Institut thérapeutique éducatif et pédagogique (ITEP) Saint Denis :

« Nous tenons à informer tous les administrés d’Ambarès-et-Lagrave que la commune assurera l’accueil et l’hébergement de familles de migrants sur son sol. (…) Après les hausses d’impôts drastiques exigées par la commune et le département, les administrés devront supporter un énième effort de solidarité avec autrui et non ses propres concitoyens. Il est important de comprendre que ces migrants, composés  à 90% de personnes de sexe masculin, pénètrent sur le sol français en violant la loi française et européenne. Que recherchent-ils ? Et pendant ce temps, les logements sociaux sont refusés à des familles françaises attendant un enfant… »

Maths et HLM

Dans le même genre, Jérémy Hernandez publie quelques mois plutôt, en avril 2015, un billet adressé au maire et aux élus d’Ambarès-et-Lagrave où là encore les arguments jetés pêle-mêle forment un brouet indigeste :

« … je note qu’une hausse de 1,9% de la fiscalité aura lieu. Ceci va à l’encontre d’une bonne gestion en ces temps difficiles et surtout pour financer quoi ? Des études ? Des projets culturels à tout va ? Sachez que la vraie culture, à savoir l’apprentissage des mathématiques et du français, nourrit les esprits mais elle ne nourrit pas les ventres à courts termes. D’ailleurs, je vous invite à observer les effets dévastateurs et les résultats catastrophiques à moyens et longs termes sans remettre en cause vos valeurs surtout lorsque le Ministère de l’Éducation Nationale publie un rapport dans lequel il est stipulé que 66% des élèves passant le brevet n’obtiennent pas la moyenne à l’épreuve de mathématiques. Ce résultat est sans aucun doute la volonté politique de formater les élèves pour en faire de bons petits électeurs et consommateurs dans notre société où la monnaie unique, l’euro, est sacrée telle le veau d’or. »

Pour Nicole Korjanevski, le succès du FN, qui se traduit depuis quelques années dans toutes les élections à Ambarès-et-Lagrave, s’explique par la concomitance entre une vision fantasmée de certaines réalités et la désillusion sociale dont souffrent certains de ces administrés :

« Jusque dans les années Ambarès-et-Lagrave était un gros bourg rural et agricole. Avec le phénomène de métropolisation, l’urbanisation a pris le dessus et la commune s’est densifiée. De 10 000 habitants en 1989, nous sommes passé à 15 500 aujourd’hui, ce qui place Ambarès-et-Lagrave en 3e position des villes de l’agglomération bordelaise dont la population a le plus augmenté en 10 ans. En parallèle, le maire a mis en place une politique de logement social forte : nous sommes passé de 12,4% de logements sociaux en 2004 à 20,5% en 2017, avec tous les clichés qui vont avec. Pourtant, les chiffres de délinquance sont en baisse… Bref, il y a beaucoup de fantasmes et je pense vraiment que les gens votent FN parce qu’ils ont l’impression de ne pas être entendus. C’est au fond pour moi un vote de désespérance. »

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Le Front à Lormont, je t’aime moi non plus

Avec près de 22% des voix, Lormont est la ville où le parti de Marine Le Pen a fait le meilleur score en Aquitaine aux municipales de 2014. Mais, depuis, les quatre élus entrés à la mairie ont rompu avec le parti-mère.

Le vieux Lormont où le FN réalise ses meilleurs scores (Wikimedia Commons)

Lormont détient le record du nombre d’élus municipaux frontistes dans la métropole. Sous l’étiquette du Rassemblement Bleu Marine, ils sont en effet quatre à franchir les portes de l’hôtel de ville en mars 2014 : Jean-Baptiste Defrance, la tête de liste, Marie Lecharlier (de son vrai prénom Myriam, sic), Marc Sallot, et Sandrine Despujol.

Arrivée en seconde position avec 21, 88% des voix, derrière la liste Union de la gauche portée par le maire sortant Jean Touzeau (60, 34%), la liste FN lormontaise remporte donc sa plus belle victoire métropolitaine. Un très bon score qui cache pourtant une campagne difficile. Tout d’abord parce que dénicher des prétendants n’a pas été chose facile :

« Faire une liste FN pour des municipales, c’est très difficile, tout le monde se connaît, à Lormont personne ne voulait y aller », raconte Jean-Baptiste Defrance.

« Ils n’ont aucune présence militante, aucun engagement de proximité, la tête de liste d’ailleurs ne vit pas à Lormont mais à Paris où elle fait ses études », contre-attaque le maire, Jean Touzeau.

« Une liste FN au Bouscat ? Aucun intérêt »

Jean-Baptiste Defrance, tombé dans le FN dès ses 20 ans (il a été le responsable du FNJ Gironde de 2011 à 2013), n’est en effet pas Lormontais, mais originaire de Dordogne. Il connaît Lormont pour y avoir logé chez des cousins durant ces études à Bordeaux et assure y revenir régulièrement depuis qu’il suit un master 2 en histoire des idées à La Sorbonne à Paris.

« Pourquoi avoir choisir de franchir le pas entre militantisme et action politique à Lormont ? Parce que c’est un territoire où les idées du FN s’appliquent, à savoir les questions d’immigration et d’insécurité. Faire une liste FN au Bouscat ou même à Bordeaux, là où tout va bien, j’estime que cela n’a aucun intérêt », poursuit le jeune homme, qui veut ainsi s’inscrire clairement dans la ligne d’un Steeve Briois à Hénin-Beaumont.

Pour constituer la liste, sésame vers la mairie, Jean-Baptiste Defrance se tourne en premier lieu vers les adhérents du parti qui vivent à Lormont, soit cinq personnes. Parmi eux, trois donnent leur accord pour figurer sur la liste des municipales. Pour recruter les 32 autres, c’est quasi seul, que Jean-Baptiste Defrance opère.

« J’ai été un peu aidé par Marc Sallot sur la fin, et par Francis Fratré (responsable FN de la 4e circonscription de la Gironde , NDLR), j’ai fait surtout du phoning, en prenant des noms au hasard dans les pages jaunes. Convaincre les gens n’a pas été facile, mais au final j’ai réussi à avoir une liste complète. »

La liste constituée in extremis, la campagne peut commencer :

« Elle a été de fait très courte, concède Jean-Baptise Defrance. On ne pouvait pas se permettre d’engager des dépenses sans être sur d’avoir la liste complète. »

Les quartiers prioritaires pas très FN

C’est en utilisant le kit de campagne fourni par le parti, et en le personnalisant un peu qu’il prend position.

« J’ai enlevé les arguments en faveur du maintien des services publics, puisque ici ces problèmes ne se posent pas, à la différence des zones rurales et parlé un peu d’écologie, un domaine qui m’intéresse », précise-t-il.

Une campagne menée surtout par « boîtage », c’est-à-dire via des dépôts de programme dans les boîtes aux lettres, mais aussi par porte à porte :

« C’est très fatiguant : vous vous prenez 10 portes dans la gueule avant que quelqu’un accepte de vous ouvrir. »

En face à face, il aborde les questions de « surpopulation », de « quartiers mal famés », de fiscalité et de « vidéosurveillance » selon la rhétorique « patriote » chère au FN. Il tracte également à la sortie du Carrefour des Quatre pavillons.

C’est dans le Vieux-Lormont (où le maire réélu réalise également ses meilleurs scores) et dans les quartiers du Haut-Lormont où les maisons individuelles jouxtent des zones classées « sensibles » que la liste FN remporte le plus de voix. Ses plus mauvais scores, elle les réalise dans les quartiers prioritaires, comme c’est le cas dans la cité Saint-Hilaire.

Laxatif et débandade

Mais très vite, la situation se délite, tout d’abord avec la démission de ses fonctions d’élue de Sandrine Despujol en octobre 2014. Avec, comme à Ambarès-et-Lagrave, l’arrivée d’un remplaçant, Gaston Gauducheau, incapable d’assurer ses missions, pour cause de grave maladie. C’est finalement Frédéric Bergman qui prend le relais même si, selon le maire Jean Touzeau, il ne brillerait pas par son assiduité.

Mais c’est surtout avec l’exclusion du FN de Jean-Baptiste Defrance en décembre 2014 que l’affaire se complique. Accusé par la commission des conflits de « critiques » et « mauvaises blagues », comme le rapporte le journal Sud-Ouest (il aurait, entre autres, versé du laxatif dans le vin de Louis Aliot, vice-président du FN et compagnon de Marine Le Pen), le jeune leader frontiste est évincé définitivement du parti. Le principal intéressé réfute ces accusations en bloc.

Ne m’appelez plus jamais Defrance (DR)

Marc Sallot, son colistier, voit là une « histoire d’égos et de règlements de compte menée au sein d’une fédération bien mal dirigée par Jacques Colombier ». C’est d’ailleurs à ce moment-là que Marc Sallot commence à prendre ses distances avec le parti : en 2015, il ne reprend pas sa carte, même s’il « garde les idées », suivi des deux autres élus, Marie Lecharlier et Frédéric Bergman.

De son côté, Jean-Baptiste Defrance rompt définitivement avec le parti de Marine Le Pen et s’engage comme membre actif dans la campagne présidentielle de Nicolas Dupont-Aignan.

Bref, rien ne va plus au FN lormontais. De telle sorte, qu’en février dernier, Jean-Baptise Defrance et ses trois colistiers annoncent en plein conseil municipal qu’ils ont décidé de s’affranchir du FN : leur groupe initialement baptisé Bleu Marine Lormont devient Choisir Lormont.

« Nous étions de fait coupés de la fédération, et puis je me suis rendu compte que les thèmes municipaux sont en fait très peu clivants entre droite et extrême droite, explique Jean-Baptise Defrance. Sur les questions de fiscalité, de logements sociaux, les différences existent entre droite et gauche mais pas entre les différents groupes de la droite au niveau local. »

Gym tonic

Pourtant, à la lecture des comptes-rendus de conseil municipal, il apparaît que le le seul élu de la liste Union de la droite (arrivée en troisième position avec 10,33 % des voix), Richard Unrein, ne montre pas de grandes accointances avec le groupe de Jean-Baptiste Defrance et suit, au contraire, les positions de la majorité de gauche.

Ainsi, le 17 mars 2016,  le groupe Lormont Bleu Marine est le seul à voter « contre » lors de la délibération relative aux taux de fiscalité, qui prévoit comme l’explique alors le maire Jean Touzeau, de « reconduire les taux de fiscalité des impôts directs locaux pour la dix-neuvième année consécutive sans augmentation, à leur niveau de 1997 ».

Le 24 juin 2016, Richard Unrein suit encore la majorité en votant pour une participation financière (7200 euros TTC) aux dépenses du volet « communication » du projet 50 000 logements mené sur le site de la Buttinière. Alors que le groupe frontiste s’abstient, estimant « qu’il y a déjà assez de logements et de monde ».

Lors de ce même conseil, les élus FN sont également les seuls à voter contre un projet de subvention allouée à un club de gym lormontais. Pourquoi ? Selon Marie Lecharlier, « à un moment donné, il faut dire stop aux subventions ».

Pourtant, Jean-Baptiste Defrance en est convaincu :

 « Sortir du cadre FN, tout en en gardant les principales idées doit permettre de créer une vraie dynamique de droite à Lormont. »

Car celui qui se rêvait en Steeve Briois girondin ne perd pas l’espoir de devenir édile, même si ce n’est pas sous la bannière du parti qui l’a vu naître en politique. Et à la question « ne craignez-vous pas qu’une liste FN vous prenne des voix aux prochaines municipales ? », il ne peut s’empêcher de sourire :

« Je connais trop bien la force militante du FN en Gironde… Il n’y aura pas de liste FN aux prochaines municipales à Lormont. »

Cliquez ci-dessous pour lire la suite, « Zizanie chez les frontistes à Floirac »

Zizanie chez les frontistes à Floirac

Troisième d’une quadrangulaire avec 15,89% des voix, la liste FN a obtenu deux élus au conseil municipal de Floirac. Une première pour la ville… Mais à l’automne 2016, la tête de liste, Gérard Belloc claque la porte du parti. Depuis c’est la guerre ouverte entre les deux colistiers.

Quatre prétendants pour la mairie de Floirac (DR)

En 2014, la liste FN, arrivée en troisième position avec 15,89% des voix, obtient deux élus au conseil municipal de Floirac. Mais l’histoire du débarquement de ces deux élus frontistes à la mairie, Gérard Belloc et Cécile Ciria-Roca, est un peu la même qu’à Lormont et Ambarès-et-Lagrave. Elle commence par la difficile constitution d’une liste FN.

« La liste qu’ils ont présenté en 2014 ? On y trouve beaucoup de vieilles de 88 ans… Vous savez bien comment ils font… », lance Jean-Bernard Duboscq, le directeur de cabinet du maire socialiste Jean-Jacques Puyobrau.

Et surtout, la tête de liste, Gérard Belloc, ne vit pas à Floirac mais à Camarsac, et aurait présenté une « adresse bidon », toujours selon Jean-Bernard Duboscq. Ensuite, la campagne locale est d’inspiration plutôt nationale, comme si le nom du FN fonctionnait davantage comme un étendard.

La suite est là aussi à l’image d’un parti en mal de stabilité au niveau local. Très vite, Cécile Ciria-Roca présente sa démission et quitte le conseil municipal. Pourquoi ? Selon Serge Hadon, militaire à la retraite, qui la remplace, « elle ne supportait pas que la tête de liste, Gérard Belloc, ne vive même pas sur la commune, et de toute façon, elle ne s’entendait pas du tout avec lui ».

New Kids On The Belloc

En termes de politique, les deux élus FN, qui militent pour la destruction des tours à Dravemont où « se rassemble une jeunesse désœuvrée qui traficote » selon Serge Hadon, laissent la majorité socialiste souvent dubitative :

« Ils expriment beaucoup d’incohérence dans leur vote en conseil, explique Jean-Bernard Duboscq. En général, ils votent toujours contre les budgets attribués aux associations mais ils ont voté pour celle versée au Planning Familial. »

Pour Serge Hadon, ce sont les associations qu’il juge « communautaristes » qui sont dans le viseur. Sans plus de précisions. Gérard Belloc se défend de tout racisme :

« Dans ces quartiers comme Dravemont, que je veux déconstruire, les gens cassent des abribus, brulent des voitures, vendent de la drogue. J’ai de bons rapports avec les immigrés, j’ai de bons amis immigrés. Mais les habitants sont toujours malades et ne travaillent pas. Ils ne peuvent pas s’épanouir puisqu’ils vivent dans des taudis. S’ils le font c’est qu’ils sont mal dans leur peau. Il faut reconstruire des lotissements en R+1., et qu’on reloge les gens en dehors de la CUB, dans des villages éloignés. A 8 km d’ici il y a des terrains de plusieurs hectares, les moyens de transports existent, l’Etat pourrait y construire des lotissements, avec des petites maisons. Floirac doit rester une commune verte à visage humain. Et ne pas devenir comme Lormont, qui s’est trop densifiée. »

Mettre les gens à la campagne, c’est le projet finalement proche de celui de Pol Pot que celui de Gérard Belloc. Ce dernier est en froid avec la direction départementale du Front, qui lui refuse l’investiture aux régionales, puis aux législatives. A l’été 2016, il claque la porte du FN pour rejoindre Nicolas Dupont-Aignan. Une passade, puisqu’il a depuis rejoint le SIEL (Souveraineté, identité et libertés), un parti satellite du FN jusqu’en novembre 2016, date à laquelle il rompt avec Marine Le Pen et se rapproche davantage de la mouvance identitaire.

Selon Jean-Bernard Duboscq, Gérard Belloc se serait fait virer du mouvement de Nicolas Dupont-Aignan après avoir publié des tweets racistes et antisémites. De ces publications, il ne reste aucune trace sur la toile.

Patriote acte

Quoi qu’il en soit, Gérard Belloc ne représente plus le FN à Floirac et a même crée, à l’automne 2016 son propre groupe, modestement appelé « Gérard Belloc Patriote ». Un revirement que son ex-colistier, Serge Hadon, désormais seul homme du FN à Floirac, commente ainsi dans les pages « expression politique » du magazine municipal, Le Mag de Floirac, d’octobre 2016 :

« M. Gérard Belloc n’est plus adhérent à notre mouvement pour des raisons très personnelles. En conséquence, nous nous désolidarisons totalement, et lui seul assumera dorénavant ses actes, ses dires et ses écrits. Il aurait été plus judicieux qu’il se retire du conseil municipal, surtout vis-à-vis de ses électeurs qu’il trahit. Pour ma part, je serai toujours là à votre écoute, pour vous représenter et défendre nos idées. »

De son côté, Gérard Belloc ne désarme pas, quitte à se faire remarquer en publiant, toujours dans le magazine municipal, des textes sibyllins aux allures conspirationnistes comme celui écrit en décembre 2016 :

« Suite à des informations sur le CMF, il apparaîtrait que ce soit le club magouilles floiracais. Cherchez l’erreur ? »

Ou encore plus hermétique, en janvier 2017 :

« L’architecture int. ou ext. Doit-être géobiologique, géo = terre, bios = vie, logos = discours. Floirac a fait de grosses erreurs architecturales. Cherchez l’ou les erreurs (sic) ? »

De quoi troubler Serge Hadon, qui avoue ne pas savoir s’il se représentera en 2020 :

« Gérard Belloc est complètement à côté de la plaque, il ne connaît pas Floirac, il n’a aucune compétence. C’est un homme imbus de sa personne, qui a des idées vraiment terribles, méchantes. »

Gérard Belloc, lui, prévoit de se représenter, aux prochaines municipales, sous la bannière FN. Cherchez l’erreur.

L'AUTEUR
Aline Chambras
Aline Chambras
Journaliste indépendante et réalisatrice sonore.
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