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Maître Pierre, une peinture des Landes en nouvel Eldorado

Le roman d’Edmond About, « Maître Pierre », vient d’être réédité par Le Festin.

Edmond About. « L’Homme à l’oreille cassée ». Lecture d’adolescent dans la Bibliothèque verte. Lecture vite oubliée, comme son auteur. Et voici qu’il fait retour, dans la collection Les Merveilles des éditions du Festin, avec un roman, « Maître Pierre », paru en 1857, qui apporte un témoignage tout à fait passionnant sur les Landes, au milieu du XIXe siècle :

« C’est un désert de sable où les hommes marchent sur des échasses, où l’on voit des phénomènes de mirage comme dans le Sahara, où l’on fait la pêche aux canards, où l’on chassait naguère encore le taureau et le cheval sauvages. On y voit des montagnes qui marchent, des villages ensevelis sous le sable, des marais qui produisent la peste, et des étangs où la tempête est plus terrible qu’en pleine mer. »

Tel est le portrait peu flatteur qui éveille la curiosité du narrateur. D’autant que l’ami qui l’a dressé pour lui ajoute que ces terres ingrates sont, depuis peu, une sorte d’Eldorado où se précipitent les capitalistes toujours à la recherche de nouveaux profits.

Achever le travail de Brémontier

Comme guide pour découvrir ces territoires déshérités, un personnage s’impose, Maître Pierre. Un type étrange sous le charme duquel tombe le narrateur. « Un grand diable de nez aquilin, bien fait d’ailleurs devançait sa figure. Ses dents aussi blanches que la nacre des perles étaient larges comme des planchettes, et ses beaux sourcils noirs pouvaient passer pour des buissons », figure qui évoque celle des « Sarrazins qui ont envahi, jadis, le sud de la France » et « je me disais, ajoute le narrateur, que Charles Martel ne les avait pas tous assommés » – une remarque à ne pas mettre entre toutes les mains, dans notre contexte contemporain !

Maître Pierre s’est mis en tête de drainer, pour les assécher, les marais des Landes et de donner à cette terre ingrate où le sable recouvre mal une couche de grès qu’on appelle l’alios toute la fertilité possible. Il veut ainsi achever la tâche initiale de Brémontier qui, sous le Premier Empire, avait fixé le cordon dunaire du littoral grâce à la plantation de pins, ce qui avait permis de mettre un terme à l’envahissement des terres par le sable amené par l’océan. Il n’épargne pas sa peine ni un incroyable talent de bateleur pour convaincre les paysans, qui vivent chichement sur leur lopin de pauvre terre, de l’imiter.

Et le résultat est là. Le progrès est en marche et l’assainissement de ces milliers d’hectares permettra d’éradiquer la pellagre, cette maladie endémique qui décime la population et de changer son mode de vie.

Un livre ethnologique et littéraire

L’écriture d’Edmond About est d’une grande efficacité. Il a des descriptions de paysages évocatrices – la tempête sur le lac de Lacanau ou la capture du cheval sauvage, le petit cheval gris –, trace à la pointe sèche quelques silhouettes savoureuses – celles des gandins bordelais -, a des audaces surprenantes comme d’intercaler un dialogue de comédie dans le cours de son récit.

L’intérêt du livre n’est pas seulement ethnologique, une plongée au sein d’une population isolée riche de traditions qui éveillent la curiosité du parisien. Ce n’est pas seulement un ouvrage à thèse où se lirait la confiance de son auteur dans les progrès des techniques agricoles (en ce sens, il est très caractéristique de ce mélange d’utopie et d’affairisme qui colore la politique du Second Empire)  – il se termine d’ailleurs sur la prophétie d’un pays transformé de fond en comble et ouvert sur le monde :

« On empilait des bois monstrueux pour la charpente et la marine ; on roulait des tonnes de résine et de goudron ; les sacs de blé s’entassaient dans les greniers ; les troupeaux de bœufs se pressaient à la porte des abattoirs. »

L’ intérêt de « Maître Pierre » est aussi littéraire : le personnage de Pierre a beau être outré, il gagne en crédibilité en regard de la caricature du maire qui s’attribue tout le mérite des trouvailles de Maître Pierre et son histoire d’amour avec Marinette, la gamine malingre qu’il a adoptée et élevée et qui est devenue une jolie jeune femme, qui le suit dans toutes ses pérégrinations au travers de la Lande, lui donne une vraie épaisseur humaine.

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L'AUTEUR
Patrick Rödel
Patrick Rödel
Jadis prof de philo, désormais écrivain à temps presque complet, ne détestant pas la forme courte des billets de blog pour parler littérature et philosophie.
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