Politique 

Pour tester le revenu de base, la Gironde s’en remet aux candidats

Le conseil départemental a adopté ce lundi une motion demandant au gouvernement d’autoriser une expérimentation du revenu de base en Gironde, même si celle-ci ne pourra se dérouler qu’après l’élection présidentielle. Les élus de droite ont voté contre.

« Croyez ceux qui cherchent la vérité, doutez de ceux qui la trouvent », a pourtant plaidé Jean-Luc Gleyze. Citant André Gide, le président du département a en effet affirmé qu’il n’avait « aucune certitude » sur le revenu de base :

« Conduira-t-il à cette société de fainéants que certains prédisent ou permettra-t-il de choisir plus librement son mode de vie ? (…) Il faut tenter pour innover, oser se tromper et peut-être oser réussir. »

Après l’avis d’un jury citoyen rendu le 15 février dernier, et en attendant les conclusions des travaux de la Fondation Jean Jaurès sur plusieurs scénarios d’expérimentation, Jean-Luc Gleyze a voulu s’assurer par cette motion du soutien du conseil à sa volonté de faire de la Gironde un « département pilote ».

Suite au vote de l’assemblée ce lundi à Bordeaux, il va désormais envoyer à tous les candidats à l’élection présidentielle une lettre pour connaître leur positionnement, car leur feu vert est indispensable au démarrage d’un test grandeur nature :

« Le niveau national est incontournable car il faudra prévoir des ajustements réglementaires et législatifs », rappelle Jean-Luc Gleyze.

Comme par exemple la prise en charge par le département de la distribution des aides aux logements, dispensée par la CAF, en cas de fusion de plusieurs allocations.

Ressort

Or si le soutien d’un des candidats à la démarche est acquis – Benoît Hamon a fait du revenu universel sa proposition phare, et Matthieu Rouveyre, vice-président du conseil départemental, pilote sa campagne en Gironde –, c’est plus compliqué pour les autres concurrents à l’Élysée.

« La question mérite d’être posée mais vous la posez au mauvais moment, a d’ailleurs jugé Jacques Breillat, président du groupe d’opposition, Gironde Avenir. On peut comprendre que vous poursuiviez votre calendrier, mais c’est malheureusement compliqué d’avoir un débat de pleine sérénité en pleine échéance présidentielle. J’aurais préféré qu’on attende quelques semaines, car il pourrait y avoir certain nombre d’arrières pensées politiques. »

Sur le fond, son collègue Hubert Laporte (Les Républicains) a été plus cash encore :

« Le revenu universel c’est plus d’assistanat, cela décourage ceux qui travaillent. Le travail quand il est bien payé et l’effort libèrent et évitent l’isolement. »

Seul élu Front national du conseil départemental, Grégoire de Fournas a quant à lui quitté la salle avec fracas :

« Je ne vais pas perdre mon après-midi à débattre de quelque chose qui n’a rien à voir avec débats que devrait avoir le conseil départemental sur le développement des infrastructures routières, la lutte contre la fraude au RSA ou la baisse du nombre d’agents. Cela fait un an que vous monopolisez le débat médiatique avec quelque chose qui n’est pas de votre ressort. »

Stigmatisés

Réplique de Jean-Luc Gleyze :

« Nous avons été rattrapés par l’actualité. Nous étions loin de savoir il y a un an, quand nous avons lancé cette démarche, que le revenu de base serait un sujet de campagne présidentielle, et ne pouvions savoir qui serait candidat. Nous avons la légitimité de le faire au titre de l’accompagnement social et de la gestion des minimas sociaux ».

Les élus de la majorité ont d’ailleurs fait valoir que le problème actuel était moins la fraude que le non recours aux allocations : en Gironde, 34% des ayant-droit au RSA renoncent à le demander à cause de la complexité des démarches ou de la peur d’être stigmatisés.

« La vision que j’imagine, c’est celle d’un revenu universel, une allocation d’initiative, d’autonomie et d’émancipation qui doit apporter une stabilité, un socle au bénéficiaire, selon le président de la Gironde. Elle devra lui permettre de s’engager, de s’occuper d’un proche âgé ou de son enfant, d’oser une reconversion professionnelle ou de créer son activité. »

Pour l’élu socialiste Sébastien Saint-Pasteur, ses premiers bénéficiaires pourraient être les plus de 40% d’ouvriers en temps partiel subi, ou le tiers des agriculteurs qui gagnent 350 euros par mois. Et il ne désespère pas que même si la droite revenait au pouvoir, elle soit ouverte à une expérimentation :

« Le RMI avait été expérimenté dans le département d’Ile-et-Vilaine présidé par Pierre Méhaignerie, élu local de droite avec un gouvernement de gauche à l’époque. Peut-être que l’histoire passée guidera le futur proche. »

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux
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