Politique 

Après 15 ans d’abstention, Laurence votera sans conviction

Comme un Français sur deux, Laurence ne sait pas encore pour qui voter. Ce qui est sûr, et malgré son manque de conviction, elle veut choisir un candidat… après ses premiers votes blancs suivies de 15 ans d’abstention.

Parcours de vote

Rue89 Bordeaux, Rue89 Strasbourg et Rue89Lyon s’associent pour cette série qui nous mènera jusqu’à l’élection présidentielle. Des électeurs rencontrés sur chacun de nos territoires, nous ont parlé de leurs votes passés et de leurs intentions actuelles. À travers leurs parcours nous tenterons d’éclairer le chemin, jusqu’ici inédit, de cette campagne électorale.

« Je ne sais pas comment l’expliquer », s’agace Laurence. Son envie de voter pour la présidentielle 2017 alors que, depuis 15 ans, aucune élection ne lui donnait forcément l’envie d’aller aux urnes, pourrait s’expliquer ainsi :

« Je voudrais intervenir et non pas me dire que je n’ai rien fait. Je regretterais d’avoir laisser faire. »

« Le vote, on devrait aimer ça »

D’une mère française catholique et d’un père africain musulman, Laurence est métisse, « ou même noire pour certains ». Bien que ses parents ne soient pas pratiquants, elle se retrouve scolarisée dans des établissements religieux privés – « des Saint-Jean-Baptiste et des Sainte-Marie » – dès que, en classe primaire dans le public, elle ramène un « gros mot » à la maison.

« A l’école, les filles de ma classe me disaient que je n’avais pas le droit de me signer, ou même de mettre ma main dans l’eau bénite, car je n’étais pas baptisée. J’étais la seule métisse. Je ne parle pas de racisme. Je n’ai eu aucun problème avec ma couleur de peau, ni dans le privé, ni dans le public. Je le vis très bien. Noire ou métisse, c’est la même chose pour moi. »

La dernière fois qu’elle a voté, c’était pour Chirac contre Le Pen au deuxième tour de la présidentielle de 2002. Depuis, elle n’y croit plus :

« Les gens se sont battus pour ça, donc, en principe, il faut aller voter. On ne devrait pas faire un effort, on devrait aimer ça. Mais c’est dommage que ça ne serve à rien. »

Pourquoi ? Elle regrette que « les gens ramènent tout à eux, ils votent pour leurs intérêts, ils ne pensent pas aux autres ». Mais elle ajoute sur un tout autre registre, et non des moindres :

« Qu’on tienne compte du vote blanc aussi. Si le pourcentage de votes blancs est supérieur à la moyenne, on recommence avec de nouveaux candidats. Ce qui voudrait dire que les citoyens ne sont pas satisfaits des choix proposés. »

Laurence voudrait que le vote blanc soit comptabilisé (WS/Rue89 Bordeaux)

« Voter doit avoir un sens »

Bordelaise, âgée de 46 ans et responsable d’un agenda culturel, elle a décidé de voter pour cette élection présidentielle. Cependant, le choix est loin d’être fait :

« Franchement, je ne suis toujours pas motivée. Je me dis que si je ne vote pas, je vais le regretter. Je sens qu’aujourd’hui, il faut le faire, donc je le fais. Attention, avant, j’avais la même conviction. Mais je votais blanc, ça ne servait à rien alors que ça a une valeur pour moi. Un vote, ça doit avoir un sens. Voter Chirac contre Le Pen, ça avait un sens. »

Selon elle, « quand Le Pen est au deuxième tour » ou « quand il y a un attentat et qu’il faut être Charlie », les Français se mobilisent. Mais « en France, on n’a pas ce devoir civique dans le sang, on n’est pas patriotiques comme les Américains peuvent l’être » :

« Au premier tour, tout le monde va voter n’importe quoi. Et tout ça servira à Le Pen qui sera au deuxième tour. Donc, parfois je me demande si madame Le Pen ne devrait pas passer pour qu’on en finisse de jouer avec le feu. Ou alors les gens sont hypocrites, ils sont pour Le Pen et ne le disent pas ! Depuis que Trump est passé, on commence à en entendre le revendiquer clairement et ils sont nombreux à penser qu’il faut mettre les arabes et les noirs dehors. »

Pas convaincue

Si elle est issue d’une famille « plutôt de gauche », elle affirme qu’elle n’est « ni de gauche, ni de droite » :

« J’ai toujours voté pour la gauche. Mais, en vrai, je ne peux pas adhérer à toutes les idées d’un parti. J’adhère à certaines idées. Mais aujourd’hui, je ne suis convaincue par rien. »

L’Europe ? « On y est, on y reste. » Si Laurence regrette les inégalités entre Européens, « il faut être conscient d’un monde qui évolue ». D’un ton fataliste, elle dénonce « une nature humaine qui est incapable de revenir aux vraies valeurs, qui a atteint le point de non retour » :

« On parle de bio, il y en a partout aujourd’hui dans les supermarchés. Ça ne veut plus rien dire. Il faut revenir sur le sens de certaines choses : moins manger, moins dépenser, la sobriété. On est en sur-croissance, si tu veux manger correctement tu n’as pas besoin de manger beaucoup. »

Parmi les candidats, Laurence affirme que « personne ne porte ça ». « Les politiques sont plus dans la guéguerre que dans leurs programmes. Quand on les écoute, ils se critiquent au lieu d’expliquer clairement leurs idées. » Et qu’est ce qui pourrait la convaincre alors ?

« J’aimerais un projet qui intègre des gens du terrain : un employé et un entrepreneur par exemple. Qu’on ait un échantillon de toute la société civile pour que tout le monde soit représenté. Je ne vais pas parler que de ce qui me concerne. Je suis sensible à tout, et concernée par tout. Il faut que le programme s’adresse à tout le monde, et pas qu’à moi. »

L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
Co-fondateur de Rue89 Bordeaux et directeur de la publication
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