Politique 

Les partisans de Benoît Hamon veulent croire au projet et pas aux sondages

A Bordeaux pour un stand-up et à Captieux pour un repas champêtre, Benoît Hamon était de passage ce dimanche en Gironde. Malgré les sondages, ses partisans girondins espèrent voir leur candidat triompher et déjouer les pronostics comme lors de la primaire.

En attendant Benoît Hamon à Bordeaux, à quelques mètres du pont de pierre sur la rive droite, les animateurs de la caravane du revenu universel enquillent la trentième étape sans le moindre signe de fatigue. A tour de rôle, ils martèlent dans la sono les grands slogans de la campagne : « pour une France bienveillante », « pour une France humaine », « pour une France solidaire »… Le temps qu’un millier de Bordelais se regroupe pour le stand-up du candidat socialiste.

Hamon vs Mélenchon

Dans la foule, il n’est pas question de parler de résignation ou de désarroi. Paul et Titouan, militants du MJS (Mouvement des jeunes socialistes) entreprennent Jules, partisan de Mélenchon venu « à titre amical ». Ils croient tenir le bon bout pour faire infléchir le mélenchoniste :

« L’écologie, le social, la crise des migrants et des réfugiés, sans l’Europe, c’est pas possible », ferraille Titouan.

Les trois militants en herbe appellent leurs candidats par leurs prénoms. « Benoît est pour une Europe forte » et « Jean-Luc va mener la France droit dans le mur sur les grandes questions de notre société ». Jules ne se démonte pas pour autant et jette sa plus forte carte : « Quand tu vois les sondages, tu comprends que le projet de Benoît n’est pas possible. » Titouan se retourne et nous confie avec un regard accablé :

« J’ai peur que finalement ce soit les sondages qui fassent l’élection. »

De Benoît et de Jean-Luc, il en est question plus loin. Un couple venu de Pau peste contre l’un et l’autre de ne pas avoir fait alliance. « Quel dommage que deux hommes de cette intelligence ne s’unissent pas », regrette Philippe sous le regard désolé de son épouse Ulrique. Et qui aurait été le candidat de cette alliance ? « Hamon », sans hésiter.

De passage à Bordeaux pour voir leur fille, ils se retrouvent « à l’improviste » au pied de l’estrade flanqués d’autocollants « Pour faire battre le cœur de la France » et « Hamon tour ». Et pourtant Philippe, délégué syndical CGT, jure ne pas avoir encore fait son choix. « Peut-être Mélenchon. Peut-être j’ai dit… » Vous voulez dire Hamon ? « Non, Mélenchon… »

Croire au projet

Derrière la scène, les ténors locaux du parti socialiste arrivent l’un après l’autre : Michèle Delaunay, Emmanuel Ajon, Naïma Charaï, Sandrine Doucet, Matthieu Rouveyre… Les élus verts sont là aussi : Gérard Chausset, Clément Rossignol-Puech…

Benoît Hamon n’est plus très loin, il est sur la route venant d’Angoulême où il a pique-niqué dans le quartier populaire de Basseau avec distribution d’œufs en chocolat.

« C’est un week-end pascal, un lendemain de marathon, et pourtant vous êtes là, assène au micro Matthieu Rouveyre. Si vous êtes là, c’est que vous croyez au projet de Benoît Hamon. Nous ne croyons pas aux sondages ! »

Rester motivé et ne pas croire au sondage. Comment faire ? Descendu de scène, le directeur de campagne en Gironde du candidat socialiste nous répond :

« On fait de la politique pour des idées. On met toutes nos forces dans la bataille. On ne se pose pas la question des sondages. »

A côté, Gérald Elbaze, membre du conseil national du PS, ajoute :

« Je ne crois ni à la météo, ni à l’horoscope, ni aux sondages. Rappelez vous les sondages pour les primaires ! Ce que j’entends dans les médias n’est pas ce que j’entends chez les citoyens. « 

En vrai et pas en hologramme

Pas de baisse de régime donc dans la campagne des socialistes. Et le format, plutôt modeste, des stand-up – loin du grand meeting de Bercy où Benoît Hamon était au coude-à-coude dans les sondages avec Jean-Luc Mélenchon –, est, on l’assure, pour être plus près du peuple :

« On n’est pas dans un concours de quéquette, ironise Gérald Elbaze. Benoît est au contact des gens, en vrai, et pas à coup d’hologramme. »

Ça, c’est fait !

Benoît Hamon à Bordeaux (WS/Rue89 Bordeaux)

Le candidat arrive enfin pour un discours d’à peine une demi-heure. Il tape d’entrée sur François Fillon, qui « n’est le candidat providentiel que pour sa famille », avant de rappeler à Jean-Luc Mélenchon que « la transition énergétique, la lutte contre le réchauffement, et une politique en faveur de l’écologie ne pourront se faire sans l’Europe » et à Pierre Gattaz qu’ « aimer l’entreprise, ça ne veut rien dire ! C’est comme aimer le poisson, il y a des sardines et des requins ».

Benoît Hamon défend l’intelligence collective assurant qu’ « il est fini le temps où le fauteuil de président était fait pour un homme seul ». Il répète, pour conclure, qu’ « il est temps de proposer aux citoyens une option politique faite par le peuple et pour le peuple ». Les applaudissements fusent, les drapeaux français et européens s’agitent, avant une tournée de selfies qui durera bien plus longtemps que le discours. Au loin, un jeune lui lance : « Vire les vieux Benoît, ils ne servent plus à rien. »

A Captieux

Sur les terres de Jean-Luc Gleyze, Benoît Hamon repasse une couche d’intelligence collective dans une ambiance bon enfant. Il fera même chanter l’assemblée un « joyeux anniversaire » pour l’une de ses collaboratrices.

Là non plus, pas l’ombre d’un doute sur l’élection du candidat socialiste. Le président du conseil départemental nous assure que « le vrai sujet est de porter les convictions jusqu’au bout » et aime à croire que, contre les sondages, « il y a le poids des hésitants qu’il ne faut pas oublier dans cette élection ».

Dans le cadre champêtre de la Ferme nature de Marahans, les hésitants ne sont pourtant pas nombreux. Nombreux sont les convaincus qui ont même fait les deux rendez-vous de la journée. Roger, 76 ans, est venu de Saint-Médard-en-Jalles pour écouter cet « homme honnête qui n’a pas de casseroles » :

« Je ne veux pas d’un président foireux. Il faut y croire, toujours, comme il a fallu y croire pour la première élection de François Mitterrand. J’en ai vu des élections et je peux vous dire qu’il faut toujours se battre. »

C’est du côté des producteurs venus proposer leurs produits que les indécis se dévoilent. Si Philippe a porté son vin à vendre pour « rejoindre les forces de gauche », Bruno, qui a récemment ouvert une boutique à Captieux, est un « militant socialiste mais toujours pas décidé tant que je n’ai pas mis mon bulletin dans l’urne ». Tandis que Serge, producteur de fraises et « ancien élu municipal d’une petite commune de gauche dans le coin », s’agace de voir « autant de candidats pour cette présidentielle bizarre » et avoue, sans transition, sa tentation par… l’extrême droite. Vous avez dit bizarre ?

L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
Co-fondateur de Rue89 Bordeaux et directeur de la publication
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