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Bordeaux repense sa mémoire de l’esclavage et son passé négrier

La ville de Bordeaux organise une semaine d’évènements autour de la journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition, qui a lieu le 10 mai. Selon une enquête, une majorité de répondants juge insuffisante l’offre mémorielle sur l’histoire de l’esclavage à Bordeaux.

« Ce travail de mémoire est fondamentale, déclare Marik Fetouh, adjoint au maire en charge de l’égalité et de la citoyenneté. Les théories racistes qui circulent encore de nos jours sont nourries par l’esclavage et la traite négrière. Pour déshumaniser les esclaves et les exploiter, on a créé la discrimination. »

La ville qui a été le deuxième port négrier de France après Nantes n’en finit pas de se pencher sur son passé. Avec les années, la traite négrière à Bordeaux, qui est à l’origine de 508 expéditions et de la déportation de plus de 130 000 esclaves noirs, se dévoile au fur et à mesure pour mieux être expliquée au grand public.

Longtemps ignoré, ce passé fait enfin l’objet d’un important travail de mémoire qui s’est traduit depuis une dizaine d’années par plusieurs avancées, petites certes, mais significatives : l’installation du buste de Toussaint-Louverture au parc des Angéliques en 2005, la pose d’une plaque commémorative sur les quais en 2006 et l’ouverture de salles permanentes dédiées à l’esclavage et à la traite au Musée d’Aquitaine en 2009.

De plus, depuis 2016, une nouvelle commission mémoire a été créée en mai 2016 pour réfléchir à améliorer les moyens et les outils autour de la visibilité et la pédagogie de ce pan de l’histoire locale. Pour ce faire, une enquête en ligne a été menée qui abouti à l’audition de 36 personnes et à l’analyse de 1084 retours de répondants (de 15 à 80 ans) ; parmi eux, 503 Bordelais, 298 habitants du reste de la métropole, 101 Girondins, 71 de la France métropolitaine et 17 hors Hexagone (Guadeloupe, Martinique, Ile Maurice, Cameroun, Bénin et Australie).

Ne pas débaptiser les rues

Son coordinateur, le sociologue Yoann Lopez, a présenté les résultats tout juste récoltés. La commission a ainsi mis en exergue 4 catégories d’actions : une priorité d’un dialogue pour que « plus jamais ça », une représentation dans l’art et la culture, une pédagogie mémorielle à travers les nouvelles technologies, et également des actes pour repenser l’existant.

Sur ce dernier point, Marik Fetouh prévient qu’ « il y a consensus pour ne pas débaptiser les noms des rues ». Cette action, souvent demandée par les associations qui militent pour la mémoire de l’esclavage, sera compensée par une double signalisation :

« L’idée est de laisser les noms des rues et de mettre des panneaux supplémentaires qui viendraient expliquer l’histoire des personnages comme Balguerie-Stuttenberg par exemple, détaille Yoann Lopez. Ces informations peuvent aussi être proposées par des QR Codes ou par les parcours proposés dans des applications pour mobiles. »

Les parcours thématiques et une meilleur explication des noms des rues sont en effet en haut de la liste des souhaits des répondants aux questionnaires. Ils sont 214 à revendiquer un héritage commun, 175 à trouver un intérêt à inclure ce volet dans l’histoire de Bordeaux, 132 à se revendiquer descendants d’esclaves ou d’ancêtres potentiellement concernés et 121 à faire référence au vivre ensemble à travers ce devoir de mémoire.

En revanche, ils sont plus nombreux (496 contre 439) à juger insuffisante l’offre mémorielle de la Ville sur son histoire liée à l’esclavage, alors qu’ils sont 563 à connaître les propositions déjà faites dans ce sens par la ville – et même si certains donnent les mascarons pour exemple.

Une semaine pour mémoire

Après avoir lancé un appel à projets auquel ont participé plusieurs associations, Bordeaux entame sa première semaine de la mémoire pour se souvenir de ce qu’Alain Juppé qualifie de « crimes contre l’Humanité ».

Si l’événement pioche dans des manifestations déjà existantes comme les Rencontres Atlantiques – biennal organisée par le musée d’Aquitaine – ou les activités de l’Institut des Afriques et MC2A de Guy Lenoir, il se fédérateur également de plusieurs initiatives menées par des associations actives et reconnues comme Mémoires et partages, PourquoiPas33, ou encore L’A Cosmopolitaine.

L’ouverture de la semaine aura lieu ce vendredi 5 mai sur le parvis de l’Hôtel de ville à 17h30 suivie de la présentation de l’enquête par Yoann Lopez au Musée d’Aquitaine. Plusieurs rendez-vous jalonneront ensuite la semaine avec la cérémonie officielle le mercredi sur le quai des Chartrons, lieu d’où est parti, à la fin du XVIIe siècle, le premier navire paré pour la traite des Noirs et qui sera suivi de plusieurs centaines d’expéditions jusqu’au XIXe siècle.

Plus d’infos

Le programme sur le site de la Ville de Bordeaux

L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
Co-fondateur de Rue89 Bordeaux et directeur de la publication
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