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Le ciel va-t-il tomber sur la tête de l’Observatoire de Bordeaux ?

Des astronomes bordelais ont lancé une pétition pour sauver l’Observatoire, situé à Floirac. Ils craignent notamment que l’Université de Bordeaux, qui deviendra propriétaire de ce lieu d’ici la fin 2017, ne décide de le vendre.

Ils ne sont pas astrologues mais astronomes ou astrophysiciens. Pourtant, ils aimeraient bien pouvoir lire dans les étoiles l’avenir que l’on réserve à « leur observatoire ». Car depuis sa fermeture, en juillet 2016, date à laquelle la petite centaine de chercheurs du Laboratoire d’Astrophysique de Bordeaux (LAB) qui l’occupait jusque-là, a été délocalisée dans des locaux tout neufs situés sur le campus de Pessac, personne ne sait ce que deviendra ce site scientifique, vieux de plus de 130 ans.

« Nous savions que nos équipes seraient amenées à quitter le site de l’Observatoire, dont la fermeture était dans les tuyaux du Ministère de la Recherche, depuis plusieurs années, explique Philippe Paillou, chercheur en astrophysique. Notamment depuis que nous ne servions plus du matériel présent sur place, désormais obsolète, et que l’Observatoire ne faisait plus office, de fait, que de bureaux ».

La coupole du télescope T60 au premier plan et coupole et la grande lunette équatoriale au second plan.

La dernière utilisation d’une des lunettes méridiennes dont dispose le site remonte en effet aux débuts des années 2000 : depuis les scientifiques utilisent des données venues d’observatoires situés dans la cordillère des Andes, l’île d’Hawaï ou placés en orbites pour leurs travaux de mécanique céleste, d’astrométrie et autres cartographies du ciel.

Enjeu immobilier

Philippe Paillou et ses collègues estiment d’ailleurs être très bien installés dans leurs nouveaux locaux pessacais. Mais pour eux, le débat n’est pas là : ce qu’ils redoutent, c’est que le site de l’Observatoire, désormais vidé de ses occupants, ne devienne  un enjeu immobilier. D’autant que ce bâtiment, jusqu’ici propriété de l’État, passera dans le giron du patrimoine universitaire d’ici la fin 2017, dans le cadre de la loi sur l’autonomie des universités.

L’antenne Würzburg et Philippe Paillou (DR).

« On a peur que le site ne fasse les frais d’une opération immobilière, on sait qu’il y a des discussions et on préfère lancer la pétition maintenant, histoire de bien faire passer le message, plutôt que d’être mis au pied du mur », explique Philippe Paillou.

C’est dans ce but qu’ils ont décidé de créer début avril l’association Sirius, qui se donne pour objectif de « sauvegarder et de réhabiliter le site de l’observatoire astronomique de Bordeaux ».

Du côté de l’Université, on confirme que conformément à la mise en place de l’autonomie des universités, la dévolution du patrimoine est effective : ce n’est qu’une question de mois avant que l’Observatoire de Floirac et avec lui, d’autres bâtiments universitaires, jusque-là appartenant à l’État ne deviennent sa propriété. Avec quel avenir pour ces biens immobiliers ?

« Une réflexion a bien été engagée par l’université sur sa future stratégie immobilière qui concerne les 187 hectares de campus dans leur ensemble (patrimoine bâti, naturel, …) », répond Blandine Laccassagne, la responsable du pôle Marque – Image – Conseil à l’Université.

Observatoire « sanctuarisé »

Mais pour ce qui est de l’Observatoire, le discours se veut rassurant :

« Aucune décision n’a été prise concernant le site de Floirac auquel l’université est très attachée. Je vous précise par ailleurs que les bâtiments de ce site sont inscrits au patrimoine en tant que bâtiments remarquables et que le parc de 13 hectares est classé EBC (espace boisé classé) pour une grande partie. Il est donc clairement inapproprié d’imaginer qu’une opération immobilière serait en cours sur ce site ».

C’est dans ce bâtiment que l’on trouve la lunette méridienne (le premier instrument de l’observatoire) (DR)

Quant à la Ville de Floirac, commune sur laquelle le site est installé, on y assure que le PLU a « sanctuarisé » le site, le classant partiellement en zone inconstructible :

« Sur les 13 hectares qui constitue l’Observatoire, seuls 5000 m2 sont constructibles à la condition qu’il s’agisse d’opération d’intérêt général ou de constructions de bâtiments publics, détaille Jean-Bernard Duboscq, le directeur de cabinet du maire. Si l’Université décidait de vendre, il ne pourrait donc pas y avoir de logements sur cette zone ».

Avant toutefois d’ajouter que «si des entreprises postulent, elles pourraient être autorisées à s’installer, à la condition qu’elles créent des emplois ».

Pas de quoi rassurer les membres de l’association Sirius :

« Un Plu, cela peut changer, surtout dans le contexte de pression immobilière actuelle que connaît la métropole bordelaise, souligne Philippe Paillou. Et quand on connaît la situation exceptionnelle dont jouit le site de l’observatoire, perchée sur une colline proche de la Garonne… Surtout, même sans constructions dénaturantes, rien ne garantit que l’acheteur éventuel du site entretienne les instruments et garantisse leur accès !»

Ouverture au public

Car c’est bien là que réside, pour les membres de l’association Sirius, le principal enjeu, à savoir que l’Observatoire reste un « lieu de culture et de diffusion ». Philippe Paillou :

«  C’est un site qui a une double valeur : tout d’abord historique, avec la lunette méridienne, premier instrument construit sur le site, qui a permis de réaliser une carte du ciel à la latitude de Bordeaux, ou encore les milliers de photographies astronomiques dont les plus anciennes datent du XIXe siècle. Ensuite, le site et ses instruments conservent une grande valeur scientifique pour l’observation astronomique amateur : par exemple, le radiotélescope Würzburg, qui a été rénové et automatisé, constitue un outil extraordinaire qui peut être piloté à distance via une interface web ».

Pour lui, comme pour l’association Sirius, le patrimoine que représente le site de l’Observatoire ne doit donc ni être bradé, ni oublié :

« Il faut que ce lieu garde son identité et soit rouvert au public. Il doit être entretenu et pourrait alors par exemple, accueillir des activités d’astronomie amateur et de sciences participatives ».

L’association Sirius doit rencontrer le président de l’université, Manuel Tunon de Lara, ce lundi 22 mai. Ils espèrent que leur vœu sera exaucé. Étoiles filantes ou pas.

Au cœur de l’Observatoire se cache une œuvre d’art

En devenant propriétaire de l’Observatoire de Bordeaux, l’Université de Bordeaux héritera d’une œuvre d’art : c’est dans le pavillon le Grand Équatorial de L’Observatoire de Floirac, que Suzanne Treister a réalisé L’Observatoire / Bibliothèque de science-fiction, le premier volet du triptyque qu’elle déploie dans la Métropole dans le cadre de la commande artistique Garonne (avec Vril, sculpture en forme de soucoupe volante, d’environ 20 mètres de diamètre, installée aux Bassins à flot à Bordeaux, et Le Puits / Pavillon Jacques Ellul, construit sur le modèle du belvédère du Petit Trianon de Versailles et installé dans le Parc aux Angéliques).

Cet Observatoire, bibliothèque de science-fiction, pensé comme une sorte de cabinet de curiosités, sera inauguré fin juin.  De quoi laisser songeur quand on sait que le bâtiment dans lequel cette œuvre a été installé est actuellement fermé au public…

Ce hiatus pose la question de son accessibilité. Pour Michel Duchène, vice-président de Bordeaux Métropole en charge de l’urbanisme et président du comité de pilotage de la commande Garonne, il est évident que cette œuvre devra être visible :

«Nous préparons actuellement une convention avec la Ville de Floirac et l’Université de Bordeaux pour que l’accès au bâtiment accueillant l’œuvre de Suzanne Treister qui fait partie de l’Observatoire  – ce dernier compte 19 bâtiments au total NDLR – soit possible, via des ouvertures ponctuelles et des visites guidées. Je précise qu’il s’agit d’une œuvre qui ne nécessite aucun gardiennage, à l’instar du Lion Bleu ou de la maison aux Personnages ».

Pour ce qui est des modalités exactes de ces ouvertures au public d’une partie de l’Observatoire, rien n’est encore acté.

L'AUTEUR
Aline Chambras
Aline Chambras
Journaliste indépendante et réalisatrice sonore.
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