Culture  Ecologie 

Agora, montre-moi d’où vient la ville, où vont les paysages

Le programme de la biennale bordelaise d’architecture, d’urbanisme et de design, qui se tiendra du 14 au 24 septembre prochain, a été présenté ce jeudi. Avec pour thème « Les paysages métropolitains », la 7e édition d’Agora veut montrer comment la nature façonne les villes, et inversement. L’occasion d’un débat sur l’urbanisation effrénée ?

A l’image de Bordeaux, Agora grandit. Pour sa septième édition, la biennale d’architecture, d’urbanisme et de design multiplie les évènements – 200 programmés en 10 jours. Elle s’ouvre à l’international – des expositions sur le projet urbain de Bogota  ou sur les architectes de Rabat, notamment -, et s’implante dans 59 lieux de la métropole, que les participants seront invités à explorer (sans voiture) à travers un Rallye urbain des paysages ou lors d’un pique-nique citoyen à Saint-Vincent-de-Paul.

Agora compte aussi conjuguer rendez-vous de haut vol (hommage à Michel Corajoud, premier congrès mondial de la construction de bâtiments de hauteur en bois) et sens de la fête. Quatre gros rendez-vous conviviaux sont à l’agenda, dont le 23 septembre une journée d’ateliers graffiti et de musiques actuelles, suivis d’une soirée de concerts au centre de tri postal près de la gare.

Le budget permet il est vrai une telle croissance cette année. Il s’élève à 1,5 million d’euros, contre un peu plus d’un million en 2014, dont 450000 euros de la Ville de Bordeaux, et une part importante de mécénat de la Caisse des dépôts.

Des variétés hybrides ville et campagne

Agora sera le point d’orgue d’une saison culturelle, qui démarre très prochainement autour de l’inauguration de la LGV Paris-Bordeaux, et se poursuivra pendant l’Etat Métropolitain, avec une thématique commune : le paysage. Ou plus précisément « les paysages augmentés », selon le nom de l’exposition de Bas Smets, l’architecte-paysagiste belge, commissaire d’Agora :

« Nous sommes 7,5 milliards d’humains sur terre, dont 50% vivent dans des métropoles, avec une évidente perte de nature. Par ailleurs on ne sait pas encore ce que les changements climatiques vont signifier pour nous. Agora peut-être une occasion de repenser et d’organiser le territoire à l’échelle de la planète. »

Du 20 au 24 septembre au H14, l’exposition se penchera sur l’hybridation des rapports entre la ville et la campagne, générée par l’expansion spatiale des métropoles, et les alternatives à la destruction des espaces naturels qu’offrent les projets de paysages.

Cette recherche sur les rôles des paysages dans les villes, et sur l’influence des climats sur les lieux habités, se retranscrira à travers 10 films tournés dans 10 métropoles : l’île de Hong Kong avec ses gratte-ciels entourés de montagnes friables, Singapour et ses parcs artificiels, Bogota et son altitude… Et bien sûr Bordeaux et Bruxelles, « pour les opportunités que présentent leur paysages secondaires liés à l’eau ».

Frénésie bâtisseuse

Le rez-de-chaussée du H14 sera lui dédié aux « paysages en mouvement » de la métropole de Bordeaux, dont 50% du territoire est non bâti, et soumis évidemment à une intense pression immobilière.

Mais Agora sera-t-elle un lieu pour interroger la frénésie bâtisseuse de la métropole bordelaise ? Peu d’écologues, de géographes ou d’associations environnementales sont au casting des conférences, squatté par les archis et les urbanistes. Personne par exemple pour donner la réplique à ces derniers lors du débat  « Construire dans la Jallère ? », ce qui est une façon de répondre à la question de l’aménagement de zone humide autour du grand stade, objet d’un projet de la ville, et devenue un symbole de la sauvegarde des espaces naturels de la métropole.

« Ce débat se fait autour du concours Bas Carbone lancé par EDF, justifie Michèle Laruë-Charlus, délégué général d’Agora, et directeur général de l’aménagement de Bordeaux Métropole. Il s’agissait pour les équipes de savoir comment accueillir 2000 nouveaux habitants en 2050 tout en étant totalement neutres en émission de CO2. Ce n’est pas lié aux zones humides que nous sommes obligés de préserver et que l’on conservera. Mais je ne doute pas que sur ce sujet politique, Pierre Hurmic (conseiller municipal écologiste, NDLR) sera dans la salle et pourra s’exprimer… »

La Jallère, de zone humide à terre urbanisée ?

Le conseil municipal de Bordeaux a voté le compte administratif de la Ville, qui inclut les 496425 euros finançant l’étude d’assistance à maîtrise d’ouvrage confiée à Nicolas Michelin sur le projet de la Jallère.

L’opposition verte s’est étonnée que ce document ne mentionne pas le souhait, également voté en conseil municipal, de développer l’agriculture urbaine dans cette zone. Le compte administratif évoque en effet simplement un « projet mixte avec une forte proportion d’activités économiques ».

Adjointe en charge de l’urbanisme, Elizabeth Touton a tenté de les rassurer sur ce point – « un site d’agriculture urbaine sera positionné sur ce projet » -, et a rappelé que des études environnementales sur l’impact d’une urbanisation éventuelle de la Jallère sont attendues « dans les mois qui viennent ».

Selon elle, le projet Michelin est « loin d’être abouti », et « ne se fera pas contre l’environnement » : « Il  valorisera les 24 hectares de zones humides, qui seront préservées restaurées et reliées entre elles.

Ce que les élus écolos ont encore fait lors du dernier conseil municipal, lundi dernier (lire ci-contre), demandant que la zone humide de la Jallère soit préservée, et que l’agriculture urbaine soit en bonne place parmi les nouvelles activités qui pourraient être accueillies à Bordeaux Lac.

Make our Bordeaux great again

Les « territoires nouriciers » feront d’ailleurs l’objet d’une série d’évènements dans le cadre d’Agora 2017 : une journée de débats sur l’agriculture urbaine au H14, le 22 septembre ; une exposition atelier, « Jardiner sa ville », produite par la Cité de l’architecture et du patrimoine à la Maison écocitoyenne ; un atelier de production de pleurotes dans un parking souterrain, et d’autres proposés par Menu Grain, qui a ensemencé de maïs plusieurs parcelles à Bordeaux (dont une de 5500 m2 au Parc Floral).

Bref, à l’heure du « Make our planet great again », Bordeaux et Agora veulent se poser là, souligne Alain Juppé :

« Les villes doivent-elles s’occuper du changement climatique ? La réponse, c’est qu’elles le font déjà, comme le montre la réponse des métropoles américaines à la décision de Donald Trump de sortir de l’accord de Paris. A Bordeaux, nous investissons dans les transports en commun, et si c’est plus compliqué sur la rénovation thermique des bâtiments, nous aurons prochainement une grande centrale photovoltaïque. L’évolution de la Jallère prend pleinement en compte la protection des zones humides. Et une grande terrasse du quartier du Grand Parc sera dédiée à l’agriculture urbaine. Je ne sais pas si Bordeaux peut se fixer les mêmes objectifs qu’Albi, mais nous avons de vastes espaces maraichers, peut-être pouvons nous relever ce défi. »

A condition de sauver les derniers paysans de la métropole, et d’en attirer de nouveaux. Pas une partie de plaisir, même si elle est de campagne.

 

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux
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