Société 

La corrida comme tradition à La Brède, les anti voient rouge

Samedi 24 juin, La Brède organise sa corrida pour la 20e année consécutive. Si les afficionados sont attendus nombreux, les anti-corrida feront aussi le déplacement.

Si Bayonne ou Dax peuvent se targuer d’une histoire de corrida vieille de plus d’un siècle et d’arènes en dur, ce n’est pas le cas de La Brède : ce n’est qu’en 1997 que cette commune, située à 18 km au sud de Bordeaux, se lance dans le spectacle taurin, quitte à installer tous les ans, au mois de juin, des arènes mobiles qui peuvent accueillir jusqu’à 4000 personnes.

Le projet émane de la municipalité dirigée depuis 1995 par l’avocat Michel Dufranc (RPR, puis UMP et LR) dont la passion pour la culture taurine n’est pas un secret. Il est d’ailleurs l’avocat de l’Observatoire National des Cultures Taurines. A la traditionnelle fête de la Rosière, qui se perpétue depuis 1824 à La Brède, aux environs du solstice d’été, le maire décide donc de greffer une féria avec corrida. Un choix qui confère à La Brède le statut de ville taurine la plus septentrionale.

Contacté – plusieurs fois – par Rue89 Bordeaux, Michel Dufranc n’a pas souhaité donner suite à notre demande d’interview.

Manifestation contre la corrida à La Brède (© Vénus)

Colère des anti

En habillant sa ville de l’habit taurin – La Brède fait d’ailleurs partie de l’Union des Villes Taurines de France –, Michel Dufranc a déclenché la colère des anti-corrida qui organisent dans la commune, ce samedi, comme chaque année depuis 20 ans, une manifestation pour protester contre les pratiques tauromachiques. Cette année, rendez-vous est donné samedi 24 juin à La Brède à 16 heures, quelques heures avant la corrida prévue à 18h.

Les associations organisatrices, l’association de protection et de défense des animaux Vénus et le Comité radicalement anticorrida (CRAC), attendent une centaine de manifestants. Et beaucoup de CRS. Depuis 2014, année où une cinquantaine de manifestants avaient tenté de pénétrer dans les arènes, les anti-corridas sont tenus à distance des aficionados.

« Ça me fait rire quand le maire parle de tradition, La Brède n’a pas de tradition tauromachique, lance Laurent Blanchard-Talou de l’association Vénus. C’est juste lui qui a décidé d’implanter cette pratique dans sa commune. Et puis même si c’était une tradition locale, est-ce une raison pour ne pas vouloir qu’elle cesse ? A une autre époque, la traite négrière était aussi une tradition bien heureusement abolie depuis des décennies ! »

« Il faut se débarrasser des ces pratiques moyenâgeuses, s’emporte Anne Caron du CRAC qui participe à toutes les manifestations contre la corrida de La Brède depuis 1997. Le maire tient tête alors même que nous voyons bien que de plus en plus de gens en ont marre de ces pratiques. D’ailleurs nous avons lancé une pétition il y a un mois, suite à de nombreux courriers de gens nous disant leur ras-le-bol de la propagande tauromachique distillée par le journal Sud Ouest. Et puis si vous y allez samedi, vous verrez bien que la plupart des spectateurs ne sont pas des gens de La Brède mais des gens qui viennent des Landes, de Nîmes… »

Tout le budget culture dans la corrida

« La corrida ce n’est pas une fête pour les Brédois » assure Bernard Capdeville. Le pharmacien installé à La Brède ajoute que « de toute façon ici nous sommes en Guyenne, pas en Gascogne, il n’y a pas de tradition taurine ».

Du côté de l’office de tourisme, on tente mollement de dégonfler les polémiques et se félicite « qu’il y ait quelque chose, ça fait une animation sur la commune ». Un avis partagé par certaines associations locales. « Oui, ça draine du monde », affirme Antoine Gomez, le président du Football Club de La Brède, avant de reconnaître qu’à titre personnel il n’est pas fan de corrida.

« C’est vrai, ça nous amène des clients, mais ça nous emmerde parce que c’est pour de mauvaises raisons, s’agace Christine Mallet, boulangère à La Brède et résolument anti-corrida. Et puis tout le budget culture passe dans la corrida. »

Une affirmation impossible à démontrer puisque la mairie refuse de communiquer sur le sujet. Pourtant à en croire l’association des élus (de gauche) d’opposition, l’organisation de la corrida coûte effectivement plus d’argent à la commune qu’elle ne lui en rapporte :

« Dans notre ville, nous avons un vrai problème de transparence dans les comptes publics, commence Marie-Claude Richer, élue d’opposition depuis 2001, mais en 2013 nous avons réussi à obtenir en commission animation des chiffres relatifs à la fête taurine, depuis non, nous n’avons plus aucune visibilité sur cet événement. »

Opération déficitaire

Les donnés, consultables ici, montrent qu’entre 2010 et 2012, les dépenses liées à la corrida sont en fortes hausses (+ 3500 euros, ce qui porte la note pour la Ville à 64000 euros), alors même que les recettes déclinent (de 55 500 euros en 2010 elles passent à 49 500 en 2012) ce qui occasionne donc un manque à gagner de 16500 euros.

« S’il est normal qu’un weekend de fête coûte de l’argent à une commune, là c’est trop », pointe Marie-Claude Richer.

Pourtant, quand en 2013, les élus de l’opposition demandent au maire s’il compte continuer malgré les déficits constatés, il leur aurait répondu qu’ « une baisse des dépenses pour cette fête n’est pas d’actualité ».

Marie-Claude Richer, n’ira ni à la corrida, ni à la manifestation anti-corrida ce samedi :

« Je préfère quitter la Brède ce weekend. Lors la première corrida, j’avais décidé d’y aller pour voir. J’ai du quitter l’arène au bout de 10 minutes. J’avais des tremblement. Voir ce public avide de ce qui va se passer, je ne pouvais pas. Et pourtant, je ne suis pas opposée à la chasse, je suis fille d’agriculteurs et dans ma famille on tuait les animaux pour les manger… Mais là c’est vraiment un spectacle d’un autre temps. »

La corrida, décrite dans le Code pénal comme étant un délit relevant de sévices graves et actes de cruauté sur des animaux, a d’ailleurs été radiée de l’inventaire du Patrimoine immatériel de la France en 2016.

L'AUTEUR
Aline Chambras
Aline Chambras
Journaliste indépendante et réalisatrice sonore.
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