Politique 

Législatives à Bordeaux : la France insoumise croit au souffle Mélenchon

La France insoumise est donnée par les sondages entre 11% et 12,5% des voix au premier tour des législatives, loin du score de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle. Faut-il voir dans ces chiffres le signe que la dynamique s’est enrayée ? Pour les Insoumis de la Métropole, la réponse est non. Ils nourrissent même des espoirs dans la 3e et la 4e circonscription, où leur leader a frôlé les 30%. Un sondage place même leur candidate, Aude Darchy, qualifiée dans la 2e circonscription (Bordeaux centre), devant Michèle Delaunay.

Parviendront-ils à franchir le cap du 1er tour des législatives ? A quelques jours du scrutin, les Insoumis de la métropole bordelaise veulent y croire. Notamment dans la 3e circonscription (Bègles, Bordeaux sud, Talence, Villenave-d’Ornon) et la 4e circonscription (Carbon-Blanc, Cenon, Floirac et Lormont ) où Jean-Luc Mélenchon est arrivé en tête au 1er tour de la présidentielle avec respectivement 29,59% et 25,48 % des voix (talonné par Emmanuel Macron à 28,37 % et 24,64%).

Bien sûr, les militants de la France insoumise (FI) ont conscience que les reports de voix ne seront pas systématiques, les législatives n’étant pas une élection aussi prisée que la présidentielle, comme le prouve déjà la très faible participation des Français de l’étranger.

Ils savent aussi que le contexte de multiplication des candidats, à gauche en particulier, avec le cas record de la 3e circo qui compte 22 prétendants à la députation, ne les met pas à l’abri d’un éparpillement des voix :

« C’est mathématique », lâche Handravane Vonxay, la directrice de campagne France Insoumise (FI) dans la 1ère circonscription (canton de Bordeaux-1, canton de Bordeaux-2, canton de Bordeaux-8, canton du Bouscat), où Jean-Luc Mélenchon est arrivé en troisième position avec 19,26% des voix, derrière Emmanuel Macron (31,45%) et François Fillon (24,83%).

Engouement

Mais elle reste persuadée que sa candidate, Evelyne Cervantes-Descubes, a des chances de se maintenir au second tour.

« La dynamique que l’on a connue pour la présidentielle ne s’essouffle pas, bien au contraire, poursuit-elle. Dans les groupes d’appuis – ces cellules locales à la base du mouvement de la FI, NDLR- , on a de nouveaux inscrits. Pendant les réunions, on voit de nouvelles têtes. Depuis le 1er tour de la présidentielle, on sent qu’il y a un réel engouement. D’ailleurs, trois nouveaux groupes d’appuis ont été créés dans ma circonscription : un à Caudéran et deux à Bruges, dans des zones qui n’étaient pas encore couvertes et qui ne sont pas vraiment dans le profil type de la FI ».

Un constat que partagent les Insoumis dans d’autres circonscriptions.

« Dans la 3ème, on est passé de 200 militants FI avant le 1er tour de la présidentielle à 300 environ aujourd’hui, explique Guillaume Latrille, directeur de campagne du candidat Loïc Prud’homme. Notre problème, ces dernières semaines, c’est de trouver des salles assez grandes pour nos réunions. Donc oui, je pense qu’on a vraiment des chances d’être au second tour ».

Maud Besson, candidate FI dans la 4e circonscription, évoque, elle aussi, sans pouvoir la chiffrer, une hausse des inscriptions dans les groupes d’appui de Cenon, Lormont et Floirac.

Mélenchon bashing

Quant au choix de Jean-Luc Mélenchon de ne pas donner de consigne de vote, autre que « aucune voix pour le FN », une position très critiquée par les médias et la classe politique en général, et incomprise par beaucoup de sympathisants, elle n’aurait pas eu, selon les Insoumis de la métropole, de conséquences sur la cohésion du mouvement.

« Bien sûr il y a eu des débats, mais pas de crispation. Certains militants auraient aimé que Mélenchon appelle à voter Macron, mais nous avons réussi à discuter et puis, c’est un secret de polichinelle, tout le monde chez les Insoumis savaient que Mélenchon voterait Macron. Et la majorité des militants avaient bien conscience que cette question des consignes de vote était un faux problème : le vrai problème c’est comment on lutte contre le FN sur le terrain », commente Handravane Vonxay.

« C’était inconcevable que Marine Le Pen passe, on a voulu nous faire très peur, ça a marché, le système a fait son travail », lance Maud Besson, qui avoue avoir voté Mélenchon aux deux tours de la présidentielle…

Depuis l’épisode de la « non-consigne de vote », le mouvement des Insoumis a dû affronter d’autres tempêtes, soulevées par le leader de la France insoumise lui-même, comme ses accusations contre Bernard Cazeneuve. De quoi alimenter le Mélenchon bashing médiatique à l’œuvre dont les militants de la FI essaient de rire :

« Si on nous attaque autant, ça prouve bien qu’on est une vraie force et qu’on fait peur non ?, glisse Handravane Vonxay. Mais c’est chiant. On perd un temps fou à déconstruire les fantasmes, les fausses idées véhiculées par les médias, on doit faire attention à ne pas s’engouffrer dans les provocations. Ce rapport de force est fatiguant ».

Maud Besson, candidate FI dans la 4ème circonscription de Gironde (AC/Rue89 Bordeaux)

Encore un coup des médias

Pour exemple, elle raconte sa rencontre avec des militants socialistes venus assister par curiosité à une réunion de la FI au Grand Parc :

« Ils sont venus nous voir à la fin et nous ont dit être estomaqués par la qualité de notre programme écologique… Et ils nous ont demandé pourquoi on ne le mettait pas davantage en avant. Pourquoi ? Parce que nous n’avons pas d’espace médiatique pour en discuter… »

« C’est vrai qu’on galère un peu pour que les médias s’intéresse à nous, ajoute Maud Besson, et quand ils le font, souvent ils se trompent. »

Elle fait allusion à la parution d’un article dans un journal local où elle était présentée comme ex-PC :

«J’ai dû demandé un démenti, je n’ai jamais été encartée au PC, je viens du Parti de Gauche. Ce n’est pas la même chose. »

Elle poursuit en évoquant, son ras-le-bol des procès imputés à la FI sur la question des refus d’alliances, avec le PC notamment.

« Dans ma circonscription, nous avons un contentieux avec le PC, explique-t-elle. Alors qu’on s’était alliés avec eux dans le cadre du Front de gauche pour les dernières législatives et les cantonales, ils nous ont snobé pour les municipales de 2014, et ont choisi de partir avec le PS. Depuis on se méfie…»

« Logiques partidaires ahurissantes »

Dans la 3e circonscription, où la gauche part elle aussi en ordre – très – dispersée, Guillaume Latrille raconte que les Insoumis ont rencontré les écolos, les communistes et les militants d’Ensemble au lendemain du 1er tour de la présidentielle.

« Très vite, les discussions ont tourné aux questions financières et d’appareil, on nous parlait argent et attachés parlementaires, alors que nous voulions un débat sur le fond, notamment avec le PC qui est contre la sortie du nucléaire alors que les Insoumis sont pour. Ce genre de divergence d’idées ne permet pas de créer de vraies alliances. Mais il n’était pas possible de sortir de logiques partidaires ahurissantes », s’emporte le jeune homme.

Des logiques dont la France insoumise n’est pas exempte : présenter un maximum de candidats lui permettra d’avoir accès au financement public des partis politiques.
Au final, dans la 3e, seul le Parti de Gauche (fondé par Jean-Luc Mélenchon après son départ du Parti socialiste…) a rallié le candidat FI.

« Mais de nombreux militants du PC, du NPA ou de Nouvelle Donne nous ont rejoints, nous avons aussi le soutien de Patrick Bouillot, l’ex maire, ex PS de Villenave-d’Ornon. Nous avons vraiment derrière nous un rassemblement, un rassemblement qui ne passe par les alliances entre les partis mais par des adhésions en terme d’idées. »

« Ces bisbilles dont vous parlez, les gens s’en fichent, voire ça les dégoûte, le but c’est quand même que les idées de gauche progressent dans le pays non ? continue Handravane Vonxay. Et puis la question du rassemblement ça me fait rire ! On se rassemble autour de quelles forces, celles qui sont en déclin et minoritaires ?…»

Sociaux traîtres

Quant à une alliance avec des candidats PS, les Insoumis ne veulent même pas y penser, même avec des personnalités dont les positions ne sont pas trop éloignées des leurs. Lorsqu’on évoque sa rivale socialiste Naïma Charaï, proche de Benoît Hamon, Loïc Prud’homme bondit :

« J’en conviens, Naïma Charaï est sincèrement de gauche mais elle est dans un parti qui ne l’est plus ! Sauf si quelque chose m’a échappé, c’est une candidate du PS dont la plateforme législative a été macronisée, et tous les marqueurs intéressants dans le programme de Benoît Hamo évacués. Si elle est élue, elle le serait peut-être aux côtés de Myriam El Khomri ou de Stéphane Le Foll, dont les positions sont incompatibles avec celles de la France insoumise. Les ordonnances pour réformer le code du travail, il n’y a pas un député FI qui votera pour. Ce qui manque, c’est la constance, et c’est ce que les gens nous disent : où sont les idées ? »

Commentant ce jeudi sur TV7 un sondage qui la place en deuxième position aux législatives, loin derrière Catherine Fabre (La République en marche), mais en position d’éliminer Anne Walryck (LR) et Michèle Delaunay (PS), Aude Darchy appuie cette analyse :

« Sur le terrain, on a bien senti une stabilité dans les intentions de vote. Les gens ont choisi un programme comme projet de société. Ce n’est pas une question de personne, mais d’engagement. »

Si ces 17% d’intentions de vote (contre près de 25% pour Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle dans cette circonscription) se confirment dimanche, Aude Darchy n’aurait toutefois pas les réserves de voix suffisantes pour l’emporter au deuxième tour.

Soins palliatifs

Pour espérer gagner face un-e candidat-e République en marche capable de ratisser auprès de sympathisants de droite et du PS, les Insoumis devront faire de plus gros scores pour obtenir des députés. Dimanche, les résultats diront donc si l’inévitable recomposition de la gauche passera par la voix des Insoumis. Mais pour ceux-ci, l’avenir ne se jouera pas que dans les urnes.

« On veut vraiment que la dynamique ne s’arrête pas aux échéances électorales, dans notre circo, quoiqu’il advienne aux législatives, on continuera à défendre nos idées, notamment en luttant contre la fusion de la clinique  Bagatelle et  de l’Hôpital Robert Picqué », prévient Guillaume Latrille.

Un combat qui articule les enjeux locaux et nationaux, ajoute Loïc Prud’homme :

« 22000 emplois ont été supprimés dans les hôpitaux par les plans soutenus par le gouvernement socialiste dont faisait partie Emmanuel Macron. Aujourd’hui, on est les seuls à défendre le maintien d’un hôpital à Villenave. »

En attendant de se porter au chevet de la gauche ?

L'AUTEUR
Aline Chambras
Aline Chambras
Journaliste indépendante et réalisatrice sonore.
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