Economie  Société 

L’impact économique de Darwin estimé à 1557 emplois en France

Toujours en conflit avec Bordeaux Métropole Aménagement sur l’avenir de la ZAC Bastide Niel, les responsables de l’écosystème Darwin ont fait chiffrer l’empreinte de leurs activités : chacun des 509 emplois sur le site en génère 2 dans l’économie française, dont 894 sur Bordeaux Métropole.

Darwin est « plus connu pour ses performances écologiques, son rayonnement et son implication dans les évènements culturels et sportifs du territoire » que pour les retombées générées par ses entreprises, estime Philippe Barre.

« On voudrait faire la preuve que notre modèle alternatif est prometteur, poursuit Jean-Marc Gancille. L’enjeu est donc de quantifier avec un regard extérieur et fiable notre apport en termes classiques de participation au PIB et à la création d’emplois. »

Le calcul du « footprint » de Darwin

Utopies a calculé l’impact des achats, des salaires et des taxes dans l’économie de l’écosystème Darwin. Celui-ci se compose du groupe Evolution (Magasin général, Chez Alriq, Ocean Climax, Chantiers de la Garonne…), employant directement 73 personnes ; des espaces de co-working (220 entreprises, 345 emplois directs) ; du Campement, la pépinière d’entreprises de la mairie de Bordeaux (60 emplois directs) ; et des associations, fédérées dans la 58e, et employant 31 équivalent temps plein.

Tout ce beau monde a dépensé en 2016 pour 25 millions d’euros d’achats, représentant plus de 400 emplois chez leurs fournisseurs. Les salaires ainsi versés ont permis de générer ensuite 422 emplois induits via la consommation des ménages, et 219 autres via les dépenses des administrations publiques. Soit un total de 1556 emplois en France, majoritairement localisés à Bordeaux Métropole.

Pour les deux dirigeants du groupe Évolution, qui pilote Darwin, la question est de taille, alors que les associations et les entreprises sur le site de la rive droite redoutent l’impact sur leurs activités de l’expansion de la ZAC Bastide-Niel.

Or l’étude sur « l’empreinte socio-économique » de l’écosystème, commandée au think tank Utopies, sont selon eux sans équivoque : les 509 salariés et les 65 bénévoles qui travaillent dans l’ancienne caserne Niel permettent de soutenir 1556 emplois en France, dont 894 sur la métropole bordelaise (lire ci-contre).

« Cela signifie que chaque salarié travaillant sur site soutient deux autres emplois dans l’économie française, estime Florent Levavasseur, manager d’Utopies. Un coefficient multiplicateur de 2 pour un si petit périmètre, cela démontre l’impact local de Darwin. »

Car Darwin tente de relocaliser ce qui peut l’être, et de se fournir auprès d’entreprises du coin – par exemple, l’électricité (d’origine renouvelable) est produite dans la région et distribuée par la coopérative Enercoop, basée caserne Niel ; le malt et l’orge de la Darwin Beer poussent dans le Lot-et-Garonne.

509 personnes travaillent directement à la caserne Niel (SB/Rue89 Bordeaux)

Vertus du local

Ainsi, relève Utopies, sur 11,7 millions d’euros d’achats annuels, le groupe Evolution revendique 56% d’achats locaux, contre 38% pour un « groupe d’entreprises statistique moyen », et 2 millions d’euros injectés directement dans l’économie de Bordeaux Métropole.

En s’approvisionnant auprès d’agriculteurs bio et locaux (75% ses produits viennent de 150 kilomètres à la ronde), le restaurant du Magasin Général, qui emploie 42 personnes, soutient par ailleurs 94 emplois, contre 67 pour un « restaurant standard équivalent ».

Pour Philippe Barre, c’est « la preuve que nos convictions et nos intuitions sont validées par des résultats probants ».

Et encore, ajoutent les fondateurs, l’empreinte ne tient pas compte d’autres « externalités positives » de Darwin : contribution à l’image et à la renommée de Bordeaux (un million de visiteurs caserne Niel en 2016), retombées des évènements…

Sans parler du stationnement automobile contraint, du recyclage des déchets ou du renoncement à l’énergie nucléaire, « des coûts ou des investissements qui dégradent nos marges mais qui ont malgré tout des effets économiques positifs », selon Jean-Marc Gancille.

« Discussion brutale »

Les responsables de l’écosystème espèrent que cette étude leur fournisse des billes à faire valoir dans les conflits encore pendants avec la société BMA (Bordeaux Métropole Aménagement).

« La signature de la promesse de vente des Magasins généreux, attendue depuis un an et demi, vient d’être signée avec BMA et on espère que cela va enfin pouvoir enclencher ce projet, indique Philippe Barre. En revanche, sur la partie des associations, rien n’est réglé. La médiatrice (Elizabeth Touton, adjointe d’Alain Juppé en charge de l’urbanisme, NDLR) se démène, mais la discussion est âpre, agressive et brutale avec BMA. Aucune solution n’a été finalisée, même sur le skate park qui pourtant ne posait pas de problème. »

Selon Aurélien Gaucherand, président de la 58e, l’autorisation d’occupation temporaire du hangar s’est en effet transformée en proposition de prêt à usage, comportant de nombreuses clauses qui ne satisfaisaient pas les skateurs. L’accord est toutefois sur le point d’être conclu.

D’autres associations (roller derby…) discutent toujours de relogements possibles en pieds des futurs immeubles, mais va se poser pour elles la question du coût de ce nouvel hébergement.

Pour la Zone d’agriculture urbaine expérimentale, censée déménager, deux options sont sur la table : dispatcher les utilisateurs volontaires sur d’autres terrains de la ZAC, ou créer une nouvelle ferme urbaine, plus loin sur la rive droite.

Devant le « patinage » des discussions, Philippe Barre en appelle à « l’arbitrage politique ultime », du côté notamment des élus de la métropole. Suivez son regard.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux
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