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Université de Bordeaux : sélection drastique et aléatoire à l’entrée en Master

En vertu de la loi du 19 décembre 2016, l’Université de Bordeaux s’est donnée la possibilité de choisir ses étudiants à l’entrée du master. Un processus de sélection qui, d’après les chiffres provisoires de l’Organisation socioculturelle de Bordeaux IV (OSB IV), laisserait 280 étudiants d’Economie et Gestion et d’AES sur le carreau à la rentrée 2017.

Pour l’Université de Bordeaux, 2017 est l’année test. Pour écrémer ses effectifs, le Conseil d’administration de la faculté avait décidé, le 2 février dernier, d’instaurer une barrière sélective à l’entrée de la première année de Master. À l’heure où tombent les résultats de fin d’année, l’Organisation socioculturelle de Bordeaux IV (OSB IV), association étudiante, estime que 280 des étudiants en licence d’Economie et Gestion et d’AES de l’Université de Bordeaux à avoir postulé en Master ont été recalés, soit 46% des candidats.

Ce chiffre, provisoire, ne concerne pour l’instant que les étudiants n’étant pas passés par la case rattrapage. Une révision devra donc être effectuée une fois tombé l’ensemble des résultats de licences.

Au-delà du nombre conséquent d’étudiants non autorisés à poursuivre dans le Master souhaité, l’association étudiante dénonce une sélection opérée en dépit de toute logique : parmi les recalés, de nombreux étudiants ont décroché leur licence avec mention.

« D’abord, nous nous opposons à cette sélection car nous estimons que la fac est un lieu de savoir qui doit rester accessible à tous, pose Théo Contis, membre de l’OSB IV. Par le partage de savoir qu’elle offre à sa population, elle est censée garantir aux étudiants la possibilité d’améliorer leur savoirs en cours au sein de cette même université. En outre, le fait que des étudiants ayant obtenu de très bon résultats ne puissent accéder au master montre que cette sélection ne repose pas sur la méritocratie mais sur un choix arbitraire. »

Procédures d’admissions floues

Si les étudiants ont été avertis du changement des règles du jeu, peu d’informations leur auraient été données quant aux conditions d’admission. Ainsi, de nombreux étudiants se sont vu refuser l’entrée au Master avec pour seul motif : « capacité d’accueil atteinte ».

Un cas de figure dans lequel se trouve Manon, étudiante en AES ayant validé sa licence avec une moyenne de 11,4.

« À la rentrée, je voulais intégrer un IAE, qui est une structure très sélective. Lors d’une réunion d’information de la fac, il m’a été conseillé de multiplier mes voeux d’admissions et de postuler également pour un Master en Économie à l’Université de Bordeaux, pour lequel on nous a garanti d’être pris. Refusée dans trois IAE, j’ai ensuite été recalée dans les deux masters en Économie demandés pour “saturation de la capacité d’accueil”. En tant que boursière, je n’ai pas les moyens d’intégrer une école privée. À l’heure actuelle, je n’ai donc pas de solutions pour la rentrée », déplore Manon.

Plus curieux encore, des candidatures ont été rejetées pour le motif  « cursus inadapté  » alors même que l’étudiant en licence a choisi un Master qui s’inscrit dans la suite logique de son parcours. C’est le cas de Xavier, titulaire d’une licence d’économie-gestion parcours management qui, pour cette raison, s’est vu refuser le Master… de management.

« Ce refus est d’autant plus incohérent que des étudiants ayant obtenu une moyenne inférieure à la mienne ont été acceptés dans ce Master, souligne Xavier. Aujourd’hui, j’ai la possibilité d’intégrer un Master de Droit mais sachant que cette matière a représenté 10 heures de cours dans ma licence, je ne me vois pas choisir cette option. »

Droit à la poursuite d’études, la grande inconnue

Que deviennent donc les étudiants ayant été refusés dans tous les masters demandés ? Pour ne pas laisser ces derniers sans perspectives à la rentrée, la loi du 19 décembre 2016 prévoyait que ces étudiants puissent faire valoir leur droit à la poursuite d’étude auprès du rectorat. En tenant compte de son projet professionnel et de son établissement d’origine, le recteur se doit d’offrir à l’étudiant trois autres propositions de Master.

« Pour l’heure, le droit à la poursuite d’études est une complète inconnue. Sachant que les entrées en Master d’Economie sont déjà saturées à l’Université de Bordeaux, cela signifie que les étudiants seront transférés dans d’autres universités de l’Académie. Pour les étudiants mutés, une bourse de mobilité devait être attribuée, or le montant de cette dernière n’a toujours pas été chiffré. En ce sens, nous doutons qu’elle soit efficiente dès la rentrée », expose Théo Contis.

Et quand bien même le rectorat proposerait d’autres possibilités de Master, les membres de l’OSB IV craignent que ces étudiants s’investissent dans une nouvelle filière par dépit. Pour ne pas en arriver là, certains étudiants envisagent plusieurs stratégies, telles qu’entamer un double cursus pour renforcer leur dossier et ainsi maximiser leur chance d’être reçus dans le Master de leur choix. D’autres encore, préfèrent tout simplement redoubler. Des options qui, pour Théo Contis, « sont loin d’être des solutions ».

Afin d’éclaircir les différents points de la loi de sélection en Master, une réunion d’urgence s’est tenue ce mardi 13 juin entre les présidents d’Université de l’Académie et le rectorat de Bordeaux.

« Nous démontrerons à la présidence que les conséquences de la sélection n’ont pas bien été appréciées. Après ce constat, nous tenterons de trouver des solutions ensemble pour qu’un maximum d’étudiants ait accès au Master, assure Théo Contis. Le combat risque d’être long. »

Contacté par Rue89 Bordeaux, le recteur de l’Académie de Bordeaux, Olivier Dugrip, affirme ne pas être en mesure de confirmer ces chiffres. Cependant, il admet que la situation actuelle impose une réflexion qui sera menée en concertation avec les présidents des Universités de Bordeaux, Limoges et Poitiers.

Interrogé par Sud Ouest, Bertrand Blancheton, doyen de la faculté d’éco-gestion, indique que le nombre de place en master 1 a augmenté, passant de 304 à plus de 375. Tout en disant « assumer la sélection », il déclare que la faculté cherche des solutions pour « ceux qui ont plus de 11,5 de moyenne ». Les autres sont encouragés… « à faire des recours s’ils le souhaitent ou à se tourner vers d’autres universités ».

L'AUTEUR
Margaux Deuley
Margaux Deuley
journaliste en formation à l'EPJ Tours
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