Brèves 

Le Défenseur des droits saisi de cas de violences policières sur des journalistes

Reporters sans frontières (RSF) vient de saisir le Défenseur des droits des cas de dix journalistes « malmenés ou brutalisés sans justification par les forces de l’ordre » ces derniers mois, dont celui du photographe bordelais Ugo Amez, blessé par un tir de flashball lors d’un rassemblement le soir du premier tour de l’élection présidentielle.

Pour dénoncer ces cas de violences policières « parfois délibérées » contre des journalistes « alors qu’ils ne faisaient que leur métier », RSF interpelle Jacques Toubon, le Défenseur des droits sur 10 cas que l’ONG a pu constater, vidéos et photos à l’appui. Mais ces dix dossiers, précise-t-elle dans un communiqué, « illustrent une tendance plus large à laquelle de nombreux autres journalistes ont été confrontés ces derniers mois », notamment lors des manifestations contre la loi travail ou Nuit Debout.

« Nous saisissons le Défenseur des droits afin qu’il mène des investigations, qu’il demande des sanctions le cas échéant, et surtout qu’il adresse des recommandations fermes et précises aux autorités, notamment celle de respecter la liberté d’informer des journalistes, déclare Paul Coppin, responsable juridique de RSF. Exercer des violences contre des journalistes qui couvrent des manifestations relève d’une forme de censure, que nous demandons au Défenseur de condamner sans détour. »

Parmi ces dossiers figurent ceux de journalistes ayant reçu des coups sans justification, comme Maxime Reynié, photographe, « frappé par des CRS en mars 2016 pendant une manifestation à Toulouse, bien qu’il ait très clairement fait valoir sa qualité de journaliste ».

D’autres ont été « violemment maîtrisés, malmenés, sans motif, par les forces de l’ordre » comme le journaliste Thierry Vincent, « jeté à terre par un CRS et [qui] a perdu connaissance pendant qu’il couvrait une manifestation en mai 2016 ».

Humiliations

Et il y a ceux qui ont été victimes « d’un usage non autorisé des armes de défense par les forces de l’ordre, comme Estelle Ruiz, parfaitement identifiable comme journaliste, qui a reçu un tir délibéré d’une grenade de désencerclement alors qu’elle filmait un rassemblement en mai 2017. Les journalistes Ugo Amez, Louis Witter et Michael Bunel ont tous trois été victimes de tirs de « flashball », tirs qui étaient soit tendu, soit à bout portant, soit dirigé vers le visage. »

Ces bavures n’ont pas été sans conséquences, précise RSF : Ugo Amez a subi trois jours d’ITT (incapacité de travail), Michael Bunel a eu le doigt brisé par un coup de matraque, « une autre journaliste qui souhaite rester anonyme a subi des humiliations à caractère sexuel… »

La préfecture de Gironde avait présenté des excuses à Ugo Amez, sans condamner toutefois l’action des forces de l’ordre. Aujourd’hui, RSF souhaite que le Défenseur des droits aille plus loin, et que « dans le cadre de ses compétences relatives au respect de la déontologie des professionnels de la sécurité, [il] rappelle aux autorités leurs obligations en terme de protection des journalistes et de respect de la liberté de la presse ».

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux
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