Brèves  Société 

A Bordeaux, le camp de fortune des demandeurs d’asile finit à la poubelle

Ce mardi matin, les tentes de réfugiés installées sur l’esplanade Mériadeck ont été jetées à la poubelle par la police. Pour la préfecture, il n’y avait plus personne. Sauf que les exilés ont une autre version.

Ils sont assis, essaient de se reposer ou tournent autour de bancs en se prenant la tête. Deux familles et un couple d’exilés montrent tantôt lassitude tantôt impatience sur l’esplanade Mériadeck. A vol d’oiseaux, ils se trouvent a mi-chemin entre la préfecture de Gironde et la mairie de Bordeaux. Mais pas sûr que ça puisse les aider.

Version contre version

Ils avaient trouvé refuge sous les arbres, le long d’une aire de jeux pour enfants. Ce mardi matin, une partie de leurs tentes a disparu, envoyée aux ordures avec le concours de la police. Ce petit camp de fortune, raconté en juillet dernier par le photographe Ken et pour lequel une cagnotte a recueilli près de 3000 euros, hébergeait hier 12 adultes et 4 enfants qui se retrouvent à la rue.

« La totalité des personnes a été relogée » nous indique la communication préfectorale après prise d’informations auprès des services concernées.

Selon nos informations, trois familles avec enfants ont en effet été dirigées vers les centres d’accueil des demandeurs d’asiles (Cada) de Pau et Périgueux.

Le camp de fortunes devant l’insouciance du square pour enfants à Mériadeck (XR/Rue89 Bordeaux)

Rassemblement ce mercredi place Camille-Jullian

Un collectif d’associations, de syndicats et de partis organisent depuis le début des vacances estivales des rassemblements hebdomadaires pour rappeler l’existence de ces situations. Durant l’été, les responsabilités de l’Etat avaient été également mises en cause suite aux révélations sur la mort d’un ado dont Rue89 Bordeaux s’est fait l’écho.

Le dernier rassemblement de ce collectif de soutien aux exilés se déroule ce mercredi 23 août à 17h, place Camille-Jullian à Bordeaux.

Seulement, ce n’était pas les derniers habitants des lieux. Les exilés que nous avons rencontrés sur place, mardi en fin d’après-midi, contredisent la version préfectorale. Entouré par deux associatifs, le père d’une des deux familles nous raconte comment, surpris, il a vu les tentes démembrées puis jetées vers 9h30 alors qu’il était « parti chercher de quoi prendre le petit déjeuner » au centre commercial voisin. Cinq de leur neuf tentes disparaissent avec des affaires personnelles et jouets pour les enfants.

Nuit à la belle étoile… avec risques d’orages

Devant les quelques affaires des familles qui tiennent sur un banc et demi, le député de La France insoumise, Loïc Prud’homme, déplore la situation :

« Il y a un statut qui existe. Je ne demande pas de traitement de faveur mais que les procédures de ces demandeurs d’asile soient instruites. Pendant ce temps, ils doivent être placés en Cada. C’est le droit. On nous parle toujours d’État de droits mais il faudrait déjà que l’État respectent les siens. »

Dans un communiqué, il tacle les « comptes d’apothicaire » de la préfecture qui préfère s’en tenir à une grille de chiffres plutôt qu’aux observations de terrain de l’élu.

Surchargé, le 115 n’a pas pu répondre à la demande d’hébergements d’urgence. Soutenu par l’élu et le Réseau Education sans frontières (RESF) et l’association Justice Egalité Fraternité Solidarité (JEFS), ils avaient trouvé refuge en milieu de soirée dans un autre lieu de la ville. Toujours sans toit et sous les arbres, ils allaient affronter les rafales de vents à 60km/h et les risques d’orages nocturnes prévus par Météo France. Y compris, les enfants de 4 à 16 ans.

L'AUTEUR
Xavier Ridon
Xavier Ridon
Rémois, devenu journaliste à Tours, installé à Bordeaux. Bref, file vers le Sud avec un micro et un stylo.
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