Economie  Numérique 

Livraison à vélo : la plateforme française Stuart arrive à Bordeaux

Passée dans le giron de l’entreprise publique La Poste en mars dernier, la start-up parisienne de livraison annonce son implantation à Bordeaux en automne 2017. Une aubaine pour les coursiers bordelais, en froid avec Deliveroo ?

Après Paris, Barcelone, Londres, Madrid et Lyon… Stuart, la start-up parisienne de livraison à vélo (et autres véhicules motorisés) s’implante à Bordeaux.

La plateforme, filiale de Resto-In dans laquelle La Poste avait investi 20 millions d’euros pour acquérir 20% de son capital à sa création en 2015, avant de monter à 100% en mars dernier, prévoit ses premières courses dans les rues bordelaises en automne 2017.

Inscrit ou free

Contacté par Rue89 Bordeaux, un responsable de Stuart n’a pas voulu dévoiler la date exacte du lancement de la plateforme réservant à la société l’annonce officielle. Les conditions et les rémunérations « seront les mêmes que dans les autres villes françaises ». En effet, « Stuart garantit 9€ par heure (un minimum absorbé ensuite par les rémunérations des courses, NDLR) et 75% de chaque course pour les coursiers qui s’inscrivent sur le planning quotidien et pré-réservent leurs créneaux horaires ». Sachant que le prix de la course est de 5€ pour 3,5km, 8€ entre 3,5 et 8km, et 1€40 le km supplémentaire.

Barth, un coursier parisien pour Stuart, témoigne :

« Il faut savoir que le planning est dévoilé le samedi matin et rempli à 97% en 10 minutes ! »

Cependant, le responsable précise qu’ « il y a aussi une option “free” où chaque coursier peut se connecter et se déconnecter lorsqu’il le souhaite, sans pré-réservation d’un créneau horaire spécifique. Dans ce cas de figure, le coursier touche également 75% du chiffre d’affaires de chaque course », mais pas le minimum garanti.

Quant aux équipements, « Stuart fournit un pack complet : une veste technique, un t-shirt, un casque, un sac isotherme, des feux de signalisation, une batterie externe. Le mode de transports – vélo, vélo cargo ou motorisé – est à la charge du coursier » :

« Il y a une caution de 150€ pour le pack complet. L’équipement n’est pas obligatoire, Stuart le propose spontanément aux coursiers lors de leur inscription. La seule condition : avoir un sac avec des propriétés similaires à celui que nous proposons, isotherme + capacité de chargement de 50/60 litres. »

« Ils nous font comprendre quand même que l’équipement est conseillé », ajoute Barth.

Stuart, « un mélange de Deliveroo et UberEats »

Pour les assurance, Stuart prend en charge les dommages corporels en cas d’accident (soi et autrui) et marchandises incluse. « La Poste étant affiliée à la Mutuelle Générale, nous proposons également des complémentaires santé négociées », ajoute le responsable chez Stuart. « C’est la responsabilité civile proposée également par Deliveroo », souligne Arthur Hay de CGT coursiers à vélo Bordeaux :

« Le système Stuart est un mélange de tous les autres systèmes : Deliveroo pour le planning et UberEats pour le free shift… Ce qu’il faut savoir c’est pourquoi Stuart propose si peu de places sur les plannings, car sur le free shift, il y a beaucoup trop de monde et du coup moins de courses. »

Un groupement de coursiers bordelais

Le projet est national mais les Bordelais s’y attèlent sérieusement. Pour ne plus être tributaires des sociétés qui imposent leurs règles, les coursiers à vélo planchent sur le projet d’une plateforme indépendante qui sera gérée par une Société coopérative de production (SCOP). Les initiateurs craignent cependant que des pressions soient exercées par les plateformes traditionnelles sur les clients potentiels. Le projet, sur lequel nous reviendrons, est en cours d’étude.

« Gagnez 120€ par jour » : Stuart a lancé une campagne pour recruter ses livreurs à Bordeaux. Arthur Hay prédit que « tous les déçus de Deliveroo vont s’inscrire sur Stuart ». En effet, l’entreprise britannique a surpris les coursiers bordelais avec sa décision d’abandonner le minimum garanti pour un paiement uniquement à la livraison.

« Stuart est une jeune société et pour fidéliser ses coursiers et ses clients, elle veut frapper fort. Il faut voir ensuite comment ils vont s’adapter au marché », ajoute le cégétiste.

La date de l’implantation à Bordeaux ne dépend en rien de la crise entre Deliveroo et ses coursiers assure le responsable de Stuart, « c’était dans les plans d’expansion de la société ».

Tout type de colis

En pleine croissance, Stuart s’est fait remarqué par la diversité de ses livraisons, allant de la « food » au colis d’entreprises.

« La force de Stuart c’est sa technologie, qui organise la rencontre de l’offre et de la demande », avaient déclaré ses fondateurs, Benjamin Chemla et Clément Benoit, pour le lancement de la start-up à Paris.

La plateforme attribue de manière automatique, en temps réel, des courses sollicitées par des utilisateurs à des livreurs qui se trouvent près du point de retrait. Elle les affecte en fonction d’un certain nombre de critères : poids, taille des colis, distance à parcourir, mode de déplacement du livreur.

A Paris, la société compte sur deux types de partenaires livreurs. Des sociétés de transport et des livreurs indépendants. Ces derniers, tous cyclistes, sont sous le statut d’auto-entrepreneurs et représentent environ un tiers des coursiers, les livreurs motorisés faisant partie de sociétés de transport.

L’autre particularité de Stuart est de ne pas gérer les paiements des commandes. Les restaurants encaissent en direct leurs repas à livrer ce qui leur évitent les mésaventures déjà connues avec Take Eat Easy.

Ubérisation et droit du travail

Le journal L’Humanité fait état d’une étude publiée le 9 août par le ministère du Travail qui pointe les dangers de l’ « économie de plateforme » et le phénomène d’ « ubérisation » qui provoque la dégradation de la qualité des emplois avec « un contournement des acquis sociaux ». L’étude fait allusion au statut d’auto-entrepreneur exigé avec des rémunérations du travail à la tâche imposé à ses coursiers.

Le recours au statut d’indépendant pour les coursiers permettant l’exclusion du travailleur à tout moment, la faible taxation des plateformes qui recherchent l’optimisation fiscale, poussent les auteurs de l’étude à interpeller les pouvoirs publics sur le droit social et la nécessité de mettre en place de nouvelles formes de prélèvements obligatoires.

Dimanche 27 août, à 18h sur la place de la Victoire, et lundi 28 août à 15h sur la place Gambetta, des rassemblements pour dénoncer les conditions de travail avec Deliveroo sont prévus à l’appel de CGT Coursiers à vélo.

L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
Co-fondateur de Rue89 Bordeaux et directeur de la publication
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