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Puberté précoce : « Trois ans d’insouciance volés à ma fille »

actualisé le 03/08/2017 à 17h10

Christelle (les prénoms ont été changés), 46 ans, raconte comment la brutale transformation physique de sa fille Sophie, a eu des conséquences psychologiques, ainsi que sur la vie sociale de l’enfant devenue ado. Dans cette famille de viticulteurs du Médoc, on incrimine les pesticides.

« Ma fille Sophie est née en 2004. En 2011, alors qu’elle n’avait que 7 ans, je me suis aperçue que son corps changeait : des seins se formaient, elle faisait une poussée mammaire ! Informée sur la puberté précoce, je me suis d’emblée dit qu’elle en était peut-être affectée. Ce trouble peut être induit par les perturbateurs endocriniens dont les pesticides font partie. Or, au début de ma grossesse, je travaillais dans les vignes, en été, la pire période en matière d’épandages de produits phytosanitaires.

En outre, issus du milieu viticole, nous avons toujours vécu à proximité des vignes. On sait aussi que la contamination maternelle dans sa jeunesse aux pesticides, phtalates, bisphénol se transmet au fœtus…

Malgré les doutes, je n’ai pas consulté de médecin pour ma fille : la perspective de lui faire prendre un traitement hormonal m’a effrayée. Et comme elle était grande pour son âge, et que cette affection se caractérise par une taille petite (NDLR : à l’âge adulte), je ne me suis pas alarmée davantage. Nous avons été rassurés aussi par notre médecin généraliste pour qui il n’y avait aucun problème.

« La puberté précoce isole »

A 10 ans, alors en CM2, Sophie a eu ses premières règles. Elle s’était métamorphosée. A l’école, ce fut très dur pour elle. Elle fut complètement mise à l’écart par ses copines et le regard des garçons a changé. A l’entrée des musées et autres, on me demandait sa carte d’identité car elle faisait bien plus que son âge. Lorsque je rentrais dans une boutique de lingerie pour ma fille de dix ans, les vendeuses nous regardaient d’un drôle d’air.

La puberté précoce isole et a des conséquences sociales importantes. Perturbée par sa mue brutale et prématurée, Sophie a dû se faire suivre par un psychologue, cela lui a fait du bien.

Les conséquences d’un tel trouble sont largement méconnues et sous-estimées. Pourtant, la maladie peut engendrer des rapports sexuels et, de fait, des grossesses précoces, et augmentent aussi le risque de développer certaines pathologies à l’âge adulte comme le cancer du sein ou de l’ovaire.

Pour les parents, c’est très déroutant aussi ! Nous n’étions pas préparés à passer en accéléré d’un enfant de 9 ans à un autre de 12, complètement différent aussi bien physiquement que mentalement : Sophie est devenue plus agressive, plus solitaire aussi… J’ai l’impression qu’on lui a volé deux-trois années d’insouciance !

Si c’était à refaire, je consulterai un spécialiste, comme le Pr Charles Sultan, endocrinologue à Montpellier, pour avis médical. Je suis anti-médicaments, je me voyais mal lui administrer des piqûres d’hormones. Mais elle n’aurait pas vécu les difficultés sociales qu’elle a traversées et serait de plus grande taille aujourd’hui : malgré son 1,65 m, elle est la plus petite des filles de son âge qui, elles, ont fait leur puberté vers 13-14 ans, en classe de 4e. On a tendance à banaliser la puberté précoce, à trouver normal que les fillettes de 8 ans affiche des petits seins, cela me semble dangereux. Il faut consulter aux moindres doutes ! »

L'AUTEUR
Florence Heimburger
Florence Heimburger
Journaliste indépendante
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