Culture  Politique 

« Vérités d’été » contre « Où en est la culture à Bordeaux ? »

Après un bilan critique dressé par le socialiste Vincent Feltesse en juin dernier, l’adjoint à la culture de la ville de Bordeaux, Fabien Robert, défend les retombées de sa politique culturelle dans un long billet posté ce lundi sur son blog « afin de remettre les choses à leur juste place ».

Il a fallu trois mois à Fabien Robert, l’élu centriste en charge de la culture à Bordeaux, pour répondre point par point au bilan dressé par le socialiste Vincent Feltesse en juin dernier.

« N’aimant pas répondre d’instinct à la polémique », l’adjoint d’Alain Juppé dit avoir pris le temps de rédiger sa réponse cet été, « sans quoi, comme chacun sait, de la calomnie il subsiste toujours quelque chose ». Il l’a publiée sur son blog ce lundi, le jour de sa rentrée politique.

Les inquiétudes du Socialiste

Vincent Feltesse (AC/Rue89 Bordeaux)

Dans un billet intitulé « Cité du Vin qui rit, Base sous-marine qui pleure. Où en est la culture à Bordeaux ? », Vincent Feltesse avait dressé une liste d’ « exemples inquiétant » [sic]. Il s’en était pris aux choix de la mairie concernant La Base sous marine « de saucissonner ce lieu en 3 et de faire appel à une Délégation de Service Public pour en exploiter une partie […] abandonnée faute de candidats crédibles ». Il considérait également le CAPC en perte de vitesse avec une fréquentation en « baisse de plus de 30% » ; « fragilité aussi constatée dans les autres musées qui n’ont pas les moyens de leurs légitimes ambitions ».

Il déplorait également les difficultés financières d’Arc en rêve, du Tnba, et du Glob théâtre, et la « zone de turbulence » dans laquelle se trouverait l’Opéra. Il regrettait le manque d’ « expansion » dans le projet de La Manufacture Atlantique sur le point d’accueillir les activités du Cuvier de Feydeau chassé d’Artigues-Près-Bordeaux, et « la politique des festivals et des aides à la création est quelque peu chaotique ».

Il avait conclut, avant de prendre l’exemple de la « très belle réussite » des 500 ans de la ville du Havre :

« Bordeaux avait connu ses dernières années une forme de nouveau souffle en matière culturelle. Tout n’était pas réussi – comme toujours – mais il y avait eu des efforts. Des mises en synergie. Quelques mois, années après, l’oxygène vient à manquer. »

Fréquentation des musées en hausse ?

Fabien Robert (WS/Rue89 Bordeaux)

La réponse de Fabien Robert a été publiée sous le titre « Vérités d’été ». Il accuse le candidat PS des municipales 2014 de « se préoccuper moins du sujet lui-même que du profit politique que l’on pense en retirer » évoquant sur « son manque d’initiative depuis 3 ans ».

L’adjoint chargé de la culture publie un tableau des fréquentations des musées municipaux sur les 10 dernières années (voir ci-dessous). Il souligne la hausse de fréquentation de la Base sous-marine pourtant en baisse sur les trois dernières années comme le montre le tableau.

Lors d’un entretien accordé en juillet à Rue89 Bordeaux (avant la publication de son post), l’adjoint explique qu’ « en 2014, l’exposition de Georges Rousse a été de grande envergure et a attiré plus de monde que d’habitude ». Pour l’avenir de la Base, il ajoute :

« On ne supprime rien de ce qui existe et on y ajoute deux nouveaux projets. Pour le premier, on a voulu que des alvéoles puissent recevoir du mapping vidéo et l’examen des partenariats est en cours. Pour le troisième, nous avons lancé un appel à une Délégation de Service Public (DSP) et pour des raisons kafkaïennes, on n’a pas pu ouvrir les dossiers. On va relancer la DSP une fois que le projet mapping est défini. »

Si Fabien Robert rappelle que « le Musée d’Aquitaine est le 1er musée d’histoire de France selon le journal des Arts », que « le Musée des Beaux-Arts est 26e dans ce même classement (45e l’an dernier) », et que « le Musée des Arts Décoratifs et du Design (+ 19% de fréquentation) possède un potentiel inexploité avec l’ouverture et la rénovation de la prison », il prend la défense du CAPC pour qui « la fréquentation n’est pas le bon critère car ce lieu nous fait découvrir les talents de demain ».

(Document Ville de Bordeaux)

Rien sur Arc en rêve

Paradoxalement, l’adjoint élu à la culture n’évoque pas dans son billet le centre d’architecture Arc en rêve. Celui-ci vient pourtant d’élire fin juillet une figure locale, Denis Mollat, comme président.

Le premier libraire indépendant de France, et vice-président de la CCI, succède à Michel Lussault dans un contexte de tension entre Arc en Rêve et la mairie de Bordeaux. Celle-ci a baissé les subventions en 2017 et entend poursuivre la baisse en 2018 après un examen des comptes qui ferait apparaître une trésorerie importante. Lors de notre entretien, Fabien Robert avait précisé :

« Quand Denis Mollat a été sollicité pour présider l’association, il a appelé Alain Juppé et lui a dit qu’il était partant à condition que ça serve la structure. Nos relations avec Arc en rêve ne sont pas propres à la présidence ; ce qui va clarifier les choses, c’est l’audit en cours. Il va nous éclairer sur la suite. »

Mais l’adjoint à la culture est allé au-delà de ce conflit et a ajouté :

« Entre Arc en rêve, Agora et le Musée des Arts déco qui développe de plus en plus le design, il y a une question à se poser sur cette forme de triangulation. Sachant que Arc en rêve est l’association la plus subventionnée de la ville. »

A bon entendeur.

Théâtre, du pain sur la planche ?

« Pour ce qu’il est convenu d’appeler “les arts de la scène”, la ville est le 1er financeur de presque tous les théâtres publics, à l’exception du TnBA, Centre Dramatique National. L’enveloppe qui leur est consacrée a augmenté de 7% depuis 2014. »

Fabien Robert répond ainsi directement à Vincent Feltesse et indirectement à son ancien porte-voix Culture lors des municipales, Eric Chevance, qui avait publié une tribune sur notre site : « Les théâtres à Bordeaux, toujours en crise, toujours fragiles ».

L’adjoint liste alors les actions : « Le Glob Théâtre a vu sa subvention augmenter et ses travaux soutenus » ; « la Boite à jouer, privée de public pour des raisons de sécurité, développe des résidences et une saison nomade pendant qu’un groupe de travail pense à sa future réimplantation ». Selon nos sources, la mairie cherche une implantation rive droite.

Ces efforts louables ne semblent pas enrichir les rendez-vous bordelais pour les amateurs de théâtre. La nouvelle programmation du Tnba affiche 23 spectacles contre 31 la saison dernière (lire par ailleurs). Et la fusion de La Manufacture Atlantique avec le Cuvier, pour donner un pôle de création contemporaine pluridisciplinaire avec le label de Centre de Développement Chorégraphique National, proposera à coup sûr moins de rendez-vous théâtre qu’auparavant.

« Rabat-joie »

Face à « l’oxygène qui vient à manquer » aux yeux de Vincent Feltesse, Fabien Robert rappelle que « chaque année, la municipalité consacre plus de 70 millions d’euros pour la Culture et le Patrimoine (330 € /habitant) », que « 750 agents municipaux bâtissent cette politique », et que « 200 associations culturelles [sont] aidés par la ville (dont les subventions n’ont pas baissé pour beaucoup) ».

Dans son texte, la liste des chantiers dressée par l’adjoint n’en finit pas : la réhabilitation de la salle des fêtes du Grand Parc, la construction de la grande salle de spectacle à Floirac, l’installation POLA dans le hangar Pargade, la rénovation du Muséum d’histoire naturelle de Bordeaux.

Celle des manifestations non plus : Agora, le FAB, le 30/30, l’Echappée Belle, Relâche, Climax, Reggae Sun Ska, Bordeaux Open Air, Hors-Bord… et WAC, le premier Week-end de l’Art Contemporain qui va se dérouler du 28 septembre au 1er octobre. Sans oublier « Paysages Bordeaux 2017 » la manif mère de toutes les manifs.

La réponse du berger à la bergère ne prend pas de détours pour défendre « la réalité » culturelle de la ville et attaque de front « ses détracteurs, ses rabat-joie, notamment Vincent Feltesse et ses “amis” socialistes ». Contacté – alors tout juste parti en vacances –, le conseiller municipal socialiste n’a pas encore réagi. Il préparera probablement sa réponse pour sa rentrée à lui, en septembre.

L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
Co-fondateur de Rue89 Bordeaux et directeur de la publication
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