Société 

Les « 7 du CDEF » d’Eysines, lanceurs d’alerte ou fonctionnaires fautifs ?

Sept membres du Centre départemental des enfants et de la famille (CDEF) ont manqué à leur obligation de discrétion professionnelle. Le conseil de discipline, présidé par une élue départementale, a tranché.

Le conseil de discipline du CDEF d’Eysines a rendu son délibéré dans la soirée de mardi. Sept des 9 signataires d’une lettre ouverte publiée en avril dernier sur leur condition de travail ont été entendus depuis le début du mois (pour les deux autres, l’un a démissionné quand le second n’a pas vu son CDD renouvelé).

Les dernières auditions ont eu lieu ce mardi et le conseil de discipline conclut à « un manquement » au devoir de réserve, indique le département dans un communiqué. Dans un courrier transmis à la presse, neuf agents du centre avait dénoncé les maltraitances et violences chez les jeunes pensionnaires.

L’établissement est en permanente ébullition du fait de sa mission initiale : protéger 130 enfants, âgés de quelques mois à 21 ans, aux parcours sociaux et psychologiques difficiles. Le courrier rendu public avait produit l’effet d’une bombe médiatique, syndicale et politique.

Du blâme à la révocation

Le personnel entendu est défendu becs et ongles par Patrice Coeymans, représentant national pour l’action sociale CGT qui appelait au rassemblement ce mardi devant les locaux du CDEF :

« On reproche à ces 7 agents d’avoir trahi leur devoir de réserve, inhérent à leur statut de fonctionnaire – ce que nous nions formellement », indique-t-il.

Pour son syndicat, durant un an, des tentatives d’échanges ont échoué auprès de leur direction. Les agents ont donc dû prendre le parti « de se présenter comme des citoyennes », autrement dit pour le syndiqué comme des « lanceurs d’alerte » – une expression « à la mode » selon le département (quand d’autres parleraient surtout de prise de conscience collective et sociétale) à la notion juridique précise.

La chronologie et la rhétorique présentées par le département renversent les arguments syndicaux. Pour contredire le lancement d’alerte, il retient que la lettre a été « écrite un an après les faits » et que depuis, rencontres et actions ont eu lieu : saisie du CHSCT en mars 2016 pour des questions de violence citées dans la lettre d’avril 2017, annonce d’un doublement et triplement de l’encadrement des matins et soirées, ouverture du Pavillon des 6 papillons de Talence pour accueillir les enfants les plus perturbés « sans mettre en péril l’équilibre fragile du centre ».

« Il existe au CDEF des lieux adaptés et adéquats pour s’exprimer », avait par ailleurs indiqué Barbare Proffit, directrice adjointe du CDEF au micro de La Clé des Ondes.

Ont-ils suffit aux agents ? Pas franchement pour le syndicaliste qui enfonce le clou :

« On ne dit pas que rien n’a été fait. On sait que des postes ont été ouverts mais il y a besoin de réponses aux besoins des agents. »

Sans base militante dans le centre, la CGT avait tout de même pris à bras le corps le dossier. Force Ouvrière et Sud, implantés dans l’établissement, avaient eux choisi de ne pas se solidariser à ce mouvement.

Politiquement, le dossier avait été surtout porté par Grégoire de Fournas, élu Front National qui s’était plu à en déballer les aspects les plus sordides en conseil départemental.

« Tous les élus départementaux ont été sollicité, seul celui du Front National a réagi, précise Patrice Coeymans. Bien tranquillement, je peux vous dire que je suis assez peu convaincu que le fond du dossier l’intéresse. Sans doute a t il vu une aubaine pour enfoncer un coin dans la majorité départementale. Cela m’importe peu. Je suis syndicaliste avant tout. Ce que je trouve pitoyable, c’est que la réaction a juste été disciplinaire. »

Côté direction, la directrice adjointe de l’établissement sait mettre les formes et nous précisait que le conseil de discipline ne donne qu' »un avis pour dire s’il y a ou non faute » et quelle sanction sera proposée – du « blâme à la révocation ». On connaît désormais l’avis. Le conseil de discipline dit laisser « le soin » à la direction de préciser les sanctions.

L'AUTEUR
Xavier Ridon
Xavier Ridon
Rémois, devenu journaliste à Tours, installé à Bordeaux. Bref, file vers le Sud avec un micro et un stylo.
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