Société 

Assiettes en plastique : les dames de cantine à couteaux tirés avec la Ville

En grève pour le maintien des assiettes en copolyester dans les cantines scolaires, les agents municipaux manifestaient ce mardi devant la mairie. La Ville leur promet de remplacer la vaisselle que lorsque du matériel aussi léger aura été trouvé. Mais les syndicats maintiennent le préavis jusqu’à mercredi soir.

« On n’a qu’à casser les assiettes en céramique pour être sûrs qu’il ne les réutilisent pas ! » Lorsque les représentants des organisations syndicales (CGT, CFDT et FO) sortent du Palais Rohan ce mardi vers 13h, les propositions de la mairie, à commencer par un retrait de la vaisselle en plastique conditionné à son remplacement par un matériel équivalent en poids – sont loin de convaincre les manifestants.

Plusieurs centaines d’agents municipaux, essentiellement des dames de cantine (500 selon les syndicats, sur un effectif total de 850 dans les 103 écoles de Bordeaux) sont là pour demander à la Ville de leur « laisser les assiettes » en plastique, à grand coup de cuillères dans des assiettes en céramique (qui font plus de bruit, c’est bien connu désormais).

Après l’annonce du retrait de la vaisselle plastique des cantines scolaires par Alain Juppé, les syndicats ont lancé un mouvement de grève très suivi – aucun service assuré dans 61 écoles lundi, dans 87 mardi, trois autres assurant la surveillance des pique-niques des enfants. Soit presque 90% des établissements mobilisés.

Autant dire que la mairie est sur le grill, la tension montant sensiblement dans les écoles entre les parents, obligés de s’organiser le midi pour faire manger les enfants, et son personnel.

La mairie entre deux

Les adjoints à l’éducation et aux finances, Emmanuelle Cuny et Nicolas Florian, ont donc fait des propositions aux syndicats. Pour la mairie, pas question de revenir sur une décision prise après plusieurs mois de polémique avec un collectif de parents. En revanche, elle a promis qu’il n’y aurait pas de retour à la vaisselle en céramique, et conditionné le retrait des assiettes en copolyester à son remplacement par un matériel « comparable en poids et en bruit », selon la CGT.

Les négociations en ce sens vont démarrer, et une commission essentiellement composée de représentants du personnel, aura un mois et demi pour faire des propositions. En attendant, la vaisselle en plastique restera utilisée dans les cantines, la ville renonçant à son calendrier initial (le retrait des assiettes au 1er janvier) pour viser un déploiement des futures assiettes au premier trimestre.

La mairie de Bordeaux a fait par ailleurs plusieurs promesses de renouvellement du matériel utilisé par les agents municipaux – généralisation des plateaux pour les selfs (10 écoles seulement sont aujourd’hui équipées), de trancheuses à pain électrique, amélioration acoustique des restaurants scolaires (nouveaux mobiliers et travaux d’isolation)…

Les syndicats ont plutôt bien accueilli ces « avancées », selon eux. Mais faute de micros, ils doivent faire un tour complet de l’attroupement pour l’expliquer aux agents, qui sont eux plus mitigés.

« Ils essaient de nous enfumer », « Faut continuer la grève, si on lâche maintenant, on va se faire avoir », lancent certaines, très remontées contre la décision unilatérale de la mairie de renoncer au copolyester, alors qu’une concertation était en cours.

A défaut de casserole, concert d’assiettes en céramique devant la mairie (SB/Rue89 Bordeaux)

« Du bisphénol, il y en a dans tout »

Beaucoup d’agents soulignent des conditions de travail améliorées depuis l’arrivée des assiettes, beaucoup plus légères que la céramique :

« J’ai été opérée des tendons de l’épaule, et j’étais obligée de faire des séances de kiné tous les mois, raconte Rosie, 53 ans. Depuis le mois de janvier (et la généralisation des assiettes en copolyester dans les cantines, NDLR) je n’ai plus du tout besoin de faire de kiné. »

Sa collègue Marie, 52 ans, souligne qu’il y a « beaucoup moins d’arrêts de travail cette année ». Elle ironise en soulignant que « le risque zéro n’existe pas », et que, « pour avoir des assiettes vraiment bio et light, il faudrait des feuilles de bananiers » :

« Quand on doit se faire faire des infiltrations ou prendre des inflammatoires, c’est nous qui absorbons des produits chimiques. »

Laurence note que « cela fait 25 ans qu’on a remplacé les plats en faïence par des barquettes en plastique », sans que personne ne se plaigne – « Un cancer peut mettre 70 ans à se déclarer », objecte une de ses collègues. Nathalie renchérit :

« On a retrouvé du bisphénol A dans ces assiettes, et c’est interdit. Or du bisphénol, il y en a dans tout. Les verres et les pichets sont aussi en plastique ! Pour le coup, je me mets du côté des parents, qui devraient être avec nous, ici. On se moque de nous, et il faudrait continuer la grève jusqu’au 9 octobre. »

Plusieurs mains se lèvent pour réclamer la poursuite du mouvement. Mais celui-ci n’est pour l’instant maintenu que pour 24 heures, jusqu’à mercredi soir, alors que le préavis courrait jusqu’au 9 octobre. Les syndicats vont préparer une information commune pour l’ensemble du personnel.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux
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