Société 

La Ruche, le squat qui dit oui aux enfants exilés

Ouvert depuis un mois, le squat de la rue du Mirail évite à des ados en exils de dormir dans la rue. Cette mise à l’abri essentielle pallie le manque d’hébergement mais est suspendue à une procédure judiciaire en cours.

Un compteur Linky tout neuf vient d’être posé. L’électricité arrive désormais dans ce bâtiment de la rue du Mirail abandonné depuis au moins 2010. Cinq étudiants ont ouvert les portes d’un bâtiment attenant à leur ancien lycée, Montaigne. La réquisition citoyenne est en cours depuis fin août et permet d’accueillir des mineurs isolés. Bien à propos, Sébastien Henry, 20 ans qui étudie la philo, fait dans le sophisme :

« C’est simple. Il y a des mineurs isolés qui dorment dans la rue. On a un bâtiment public inutilisé. Il fallait donc le réquisitionner. »

CQFD. Huit jeunes vivent déjà dans ces lieux en même temps que les cinq étudiants. Ils pourraient être une quinzaine d’exilés une fois les travaux terminés. « Une mise à l’abri » essentielle et complétée par un nettoyage et une sécurisation du lieu, explique Gurval Merpault également à l’initiative de cette action.

Gurval, Mathilde et Sébastien, trois des cinq créateurs de la Ruche (XR/Rue89 Bordeaux)

A ses côtés, l’étudiant en sciences de l’éducation Gurval loue « la maturité délirante » de ces ados de 14 à 16 ans. Des propos qui rejoignent les témoignages souvent mis en lumière sur notre site et qui, à la Ruche, permettent une gestion horizontale du lieu, renchérit Sébastien :

« On ne gère personne ici. On fait partie des habitants donc si on a une décision à prendre, elle sera collective. »

Fuites

Les dons et la récupération d’objets sur le trottoir ont déjà permis de meubler deux étages. Les besoins sont sommaires : dentifrice, pâte, riz, huile d’olive ou couverture – le chauffage au gaz ne peut être pour l’heure démarré. Dans la cour, Maxime Ghesquière s’active. Avec son association Dynam’eau qui permet l’accès à l’eau potable à tous, il répare les considérables fuites d’eau :

« La consommation atteint 5500 litres par heure. C’est ma consommation en un mois. Avec quelques travaux, on pourra atteindre une conso normale de Bordelais c’est à dire 130 litre par jour et par personne. »

Ainsi, en plus de payer l’électricité, les occupants pourront rapidement passer un contrat pour payer l’eau. Le temps presse car une procédure judiciaire est en cours depuis le dépôt de plainte du conseil régional, propriétaire du bâtiment.

« La région nous oppose trois arguments, indique Gurval : qu’un accès pompiers serait bloqué, que les enseignements du lycée seraient perturbés, et qu’un projet – installer l’institut des Afriques dans les locaux – serait en cours. C’est incroyable de se dire d’ailleurs qu’on expulserait des mineurs africains pour installer un institut des Afriques. Mais je crois que ces arguments ne préoccupent pas la juge qui s’intéresse surtout à la salubrité du bâtiment. »

D’ailleurs, Jean-Baptiste Fauroux, directeur général des services de la Région rejoint cette position :

« La demande d’expulsion est une procédure systématique lorsque nous ne connaissons pas la situation précise du squat. On est aujourd’hui conscient de la situation particulière de ces réfugiés ayant traversé la Méditerranée. »

Une expertise complémentaire a été demandée pour cette fin de semaine. La prochaine audience au tribunal administratif est fixée lundi prochain.

L’asso Dynam’eau en pleine réparation dans la Ruche (XR/Rue89 Bordeaux)

« Pas un palliatif au 115 »

Sébastien reste convaincu du bien-fondé de son action et de leur engagement commun :

« Quand les services publics ne font pas leur boulot, nous on ne manifeste pas devant la préfecture, on agit nous-mêmes. Nous ne sommes pas non plus un palliatif au 115. On propose autre chose qu’un centre d’accueil qu’il faut évacuer chaque matin. »

Car les mineurs exilés de leur pays d’origine ne sont pas tous accueillis selon les règles de la loi. Leurs cas et dossiers se trouvent entre les mains du Service d’accueil et d’évaluation des mineurs non accompagnés (Saemna) qui doit les aiguiller vers un hébergement.

Or cela n’est pas le cas par manque de place, et les conséquences peuvent être dramatiques. Le service est donc « hors-la-loi » pour Aude Saldana-Cazenave de Médecins du Monde qui, avec l’Asti et la Cimade, soutiennent le squat  :

« On ne dit pas que rien ne se passe mais on conclut que ce n’est pas au niveau de la demande. »

Le Saemna, financé par la préfecture mais sous la responsabilité du conseil départemental via l’aide sociale à l’enfance, produit un rapport pour l’ASE. Il a une semaine à 6 mois pour rencontrer et s’entretenir à trois reprises avec le jeune exilé.

« Dans 80% des cas la personne est dite majeure mais quand il y a des recours 80% d’entre eux sont finalement déclarés mineurs par le juge. »

Aude Saldana-Cazenave affirme que 900 mineurs devraient passés par le Saemna de Gironde d’ici la fin de l’année soit le double de l’année 2016. Le directeur général des services promet d’apporter sa pierre à l’édifice de solidarité :

« Notre procédure de droit commun doit être tempérée par la situation individuelle dramatique. On voudrait contribuer à une solution positive. »

L'AUTEUR
Xavier Ridon
Xavier Ridon
Rémois, devenu journaliste à Tours, installé à Bordeaux. Bref, file vers le Sud avec un micro et un stylo.
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