Politique 

L’opposition municipale demande un moratoire sur Airbnb à Bordeaux

actualisé le 16/10/2017 à 13h25 : Avec la réaction d'Airbnb

Alors que les étudiants ont de plus en plus de mal à se loger à Bordeaux, les élus de gauche ont proposé lors du conseil municipal d’interdire toute nouvelle mise en location touristique par des particuliers de leurs bien immobiliers. Alain Juppé a rejeté l’idée, mais il juge la situation « préoccupante ».

Le syndicat étudiant Unef appelle à manifester ce mercredi contre la pénurie de logements pour les jeunes à Bordeaux – certains seraient même obligés de dormir dans leur voiture ou à la gare. Le sujet s’est donc imposé lundi lors du conseil municipal.

« On a sans doute manqué d’anticipation, et c’est pour nous une préoccupation, reconnait Alain Juppé, interrogé par la presse en amont de la séance. Le recteur d’académie s’en est ému récemment, il était temps, juste avant la rentrée… Le logement étudiant est une responsabilité de la région, qui a beaucoup fait pour rattraper son retard, considérable. Une résidence étudiante va ainsi être construite sur le site de Santé Navale, une autre à la Bastide et une aux Bassins à flot. »

L’installation de nombreuses écoles (privées) dans ce dernier quartier n’est pas étrangère à l’afflux d’étudiants à Bordeaux – 15000 nouveaux inscrits lors de cette rentrée, souligne le maire. Or ils doivent faire face à un marché du logement très tendu, duquel Airbnb joue selon Alain Juppé « un rôle d’éviction ».

La métropole a donc décidé de réglementer les locations touristiques par les particuliers, qui vont être obligés de s’enregistrer et de ne pas louer plus de 120 jours par an leur logement. Problème souligné ce lundi en séance par les conseillers municipaux de gauche : le dispositif ne rentrera en application qu’en mars 2018.

+62,5% d’offres Airbnb en 6 mois

Or selon l’élu socialiste Matthieu Rouveyre, qui anime l’Observatoire Airbnb, le phénomène s’accélère vertigineusement – +62,5% d’offres à Bordeaux, passée en six mois à 10700 biens proposés. Des chiffres « faux », selon Airbnb qui, dans un communiqué adressé suite à la parution de cet article, fait état de 7600 annonces sur son site à Bordeaux, en progression de 17% par rapport à l’année précédente.

Des logements loués 29 jours par an, selon Airbnb

Non, les logements Airbnb ne sont pas soustraits au marché de la location traditionnel, assure la firme :

« L’immense majorité des hôtes sur Airbnb sont des familles bordelaises qui gagnent un complément de revenu en louant leur propre logement quelques semaines par an : 94% des hôtes bordelais n’ont qu’un seul hébergement, et un hôte bordelais loue en médiane son logement 29 nuits par an, pour un gain annuel de 1700€. »

C’est un enjeu clé dans le débat actuel, l’Observatoire Airbnb soutenant que la majorité des locations concernent des logements entiers, pour une durée écartant la possibilité qu’il s’agisse d’une résidence principale. Mais il est impossible de trancher entre les deux versions : Matthieu Rouveyre s’appuie sur des « extractions » de données en ligne qui ne sont pas publiques.

« Ce n’est plus possible d’attendre, d’autant qu’à Paris les mesures prises n’ont malheureusement pas empêché une augmentation de 53% de l’offre en un an, indique Matthieu Rouveyre. Est-il envisageable de réfléchir à un moratoire qui interdirait que de nouveaux logements voués à être des résidences principales ne soient pas dédiés à de la location touristique ? »

Réponse du maire :

« On ne peut pas aller au delà de ce qu’on a fait. Le dispositif est extrêmement contraignant et nous a valu de recevoir les doléances de Airbnb. »

Pour son adjoint aux finances, Nicolas Florian, « on a été au bout de ce que permet la loi, nous n’avons pas la capacité juridique de sommer les propriétaires ou les investisseurs » de ne pas louer leurs biens.

Ce à quoi Vincent Feltesse (PS) rétorque que si une réglementation a été adoptée en France, c’est « parce que la mairie de Paris a mis une forte pression » en ce sens.

« Mais quelque chose ne fonctionne plus dans le cadre législatif actuel sur Airbnb, poursuit l’ancien conseiller de François Hollande sur les sujets numérique. On vous demande d’aller plus loin sur ces questions d’économie collaboratives. Et la flambée des prix du logement n’est pas que liée au phénomène Airbnb. Le choc de l’offre ne fonctionne pas pour faire baisser les prix, les défiscalisations ont des effets pernicieux… Il faut qu’on se penche là dessus. »

Des vacances, c’est ça qu’il nous faut

L’écologiste Pierre Hurmic propose que la ville surtaxe davantage les résidences secondaires vides, pour passer de 20% à 60%. Et Mathieu Rouveyre renchérit :

« Il y a aujourd’hui péril en la demeure, et vous (la majorité, NDLR) êtes d’accord pour dire que la crise du logement n’a jamais été aussi importante. Cela mérite qu’on s’y mette tous, et qu’on ouvre une discussion globale. »

Celle-ci devra toutefois attendre un peu. Alain Juppé indique certes qu’ « on n’a jamais autant construit à Bordeaux. Physiquement nous n’avons pas la capacité de construire beaucoup plus ». Mais les problèmes de logement sont selon lui le revers de médaille de l’attractivité de la ville. Et mieux vaut un centre touristique et en bon état, que rempli de logements vacants et insalubres comme il y a 20 ans. Des logements vacants, voila qui ferait pourtant rêver les étudiants.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux
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