Politique 

Le girondin Gleyze accuse Macron de pencher pour un « pacte jacobin »

Loin du « pacte girondin » entre l’Etat et les élus locaux promis en juillet, Emmanuel Macron met en oeuvre une « recentralisation » du pouvoir, dénonce Jean-Luc Gleyze, président du département de la Gironde.

« J’ai le sentiment que le pacte girondin du président de la République est en train de se transformer en pacte jacobin, avec une forte recentralisation du pouvoir », a ainsi déclaré Jean-Luc Gleyze ce jeudi en amont de la plénière du conseil départemental.

Dans la ligne des critiques des présidents de région, puis des départements, l’élu girondin vise des annonces d’Edouard Philippe devant l’assemblée des départements de France.

« Comme il n’y a plus de président d’exécutifs au Parlement du fait de la loi sur le cumul des mandats, ce qui est sans doute une bonne chose, le Premier ministre juge qu’il vaut mieux passer par des instances parallèles, comme la Conférence des territoires, que traiter directement avec l’Assemblée nationale ou le Sénat, des instances démocratiques. C’est une proposition extrêmement grave. »

Surtout, Jean-Luc Gleyze voit une volonté de reprise en main financière des collectivités locales contraire à l’esprit de la décentralisation :

« L’Etat veut contractualiser des accords pour limiter la hausse des dépenses publiques des collectivités locales, avec des taux directeurs sur le budget de celles-ci (le gouvernement propose de limiter à 1,2% par an la hausse de leurs dépenses de fonctionnement, NDLR). Cela veut dire qu’il faudra négocier avec le préfet la structure même de notre budget. Ce serait un retour à la situation d’avant 1982. »

Carences de l’Etat

Par ailleurs, Jean-Luc Gleyze critique les « injonctions paradoxales » du gouvernement :

« D’un côté nous devons contribuer à la baisse des déficits publics, de l’autre on nous transfère des charges qui ne sont que partiellement compensées. »

Jean-Luc Gleyze engage le bras de fer avec Jupiter (SB/Rue89 Bordeaux)

C’est le cas des allocations individuelles de solidarité (RSA, adultes handicapés…) dont 56% du coût est supporté par les départements, ou encore de la prise en charge des mineurs non accompagnés (MNA). En charge de la protection de l’enfance, les départements doivent en effet financer l’accueil, la mise à l’abri et les tests d’évaluation de l’âge des migrants qui se déclarent mineurs – passés de 3500 en 2015 à 4500 aujourd’hui.

« La période d’évaluation peut prendre 5 mois, or l’Etat ne contribue aux coûts qu’à hauteur de 5 jours par personne. D’autant qu’à l’issue des tests, seulement 10 à 11% de ces mineurs non accompagnés se révèlent être réellement mineurs, et doivent alors être confiés aux départements. Cette situation n’est pas acceptable, et je l’avais écrit au président de la République. J’ai donc été heureux d’entendre le Premier ministre reconnaitre la carence de l’Etat sur le sujet. Le préfet attend désormais des instructions pour assurer cette prise en charge. »

Le département a en revanche décidé de palier d’autres missions de service public auxquelles renonce le gouvernement avec la fin programmée des emplois aidés :

« Nous employons aujourd’hui 230 emplois aidés, dont 200 dans les collèges, nous avons pris la décision d’en maintenir 130, pour un coût qui va passer de 500000 euros à 2 millions, non compensés par l’Etat », indique Jean-Luc Gleyze.

En désaccord profond avec les orientations générales du nouveau pouvoir – « On a l’impression que Bercy est à la tête du gouvernement, et que la gestion financière prend le pas sur les priorités politiques » -, le président du département tacle au passage les décisions sur le logement social, « qui mettent en péril les bailleurs ».

« Je m’interroge sur le souci de justice sociale quand on supprime l’ISF d’un côté et qu’on augmente la CSG et les APL de l’autre. »

Jupiter ne passera peut-être pas ses vacances à Captieux.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux
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