Soul Souillarde
Gourmandises musicales d'un local de l'étape.... Il y aura des compte-rendus de concert, parce que la presse les annonce souvent mais les critique peu. Peut-être aussi entre les lignes des découvertes gastronomiques ou œnologiques. Et autant prévenir, pas forcément toujours "bon esprit", les critiques, ça risque de puncher façon tortue béglaise 1991. Old school, bébé.
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Passage en force ou obstruction ? [Swans, Barbey 5.10.17 Vs Godspeed You! Black Emperor, Krakatoa, 17.10.17]

Parmi les nombreux comebacks sur la scène rock bordelaise, deux « expériences » valent le détour et le retour. Avec les Swans à Barbey et GY!BE au Krakatoa, le spectateur est mis à l’épreuve du son et de l’image. Voilà ce que ça donne. 

Décidément cet automne bordelais fait la part belle aux gloires passées et aux groupes qui durent. On a vu les groupes de rap Delinquent Habits, Pete Rock & CL Smooth. Barbey nous a reformé Mush, ressorti les Supersuckers, Unsane. Le Krakatoa nous prépare Maceo Parker, les Stranglers et même Emir Kusturica qui doit avoir encore des dettes à payer.

Mais au milieu de cette forêt de vieilles choses on trouve quelques champignons bien hallucinogènes : les très vieux Swans en concert-messe à Barbey le 5/10 et les toujours jeunes Godspeed You ! Black Emperor (GY!BE) qui nous ont invité à leur répétition publique au Krakatoa le 17/10.

Les Swans à Barbey

Musique extrême ou ciné-concert expérimental ?

Nous avons là deux groupes que peu de gens écoutent en sortant de leur douche le dimanche matin. On vient avant tout au concert pour vivre une expérience. Si l’expression, banale, marcherait pour n’importe quel concert, elle prend quand même ici un sens particulier. Quelques heures avant le concert de Swans, je croise les cuisiniers de Barbey, hilares, qui me conseillent de ne pas oublier les bouchons :

« A la balance, le type a fait une note de guitare, et sans être repris son ampli tout seul a débordé au-delà des 105 dBa, la limite légale. »

Et en effet, contractuellement, les Swans demandent l’extinction du limiteur audio, le public en est averti. T’es d’accord de souffrir ou tu viens pas. En entrant dans la salle on tombe nez à nez avec un mur de huit amplis très très gros. On commence déjà à comprendre pourquoi le concert est programmé par le Void et son festival Interceptor « festival des musiques extrêmes ».

Au Krakatoa quelques jours après, on a choisi une autre option : la salle de répétition ouverte. L’installation de GY!BE intrigue et happe l’attention du spectateur, avant même la première note de musique. Les instruments et amplis sont disposés en rond sur la scène, et à la régie, une table très haute supporte quatre projecteurs 16mm entourés de milliers (allez, centaines au moins) de pellicules enroulées, en boucle, ou alors en total bordel. Ajoutez à cela le joli parquet et l’extrême ouverture de la scène, il y a une atmosphère de salle de ciné désaffectée de Detroit dans lequel on aurait programmé un ciné-concert expérimental. En exagérant un poil.

L’entrée sur scène des deux groupes nous permet de commencer à jouer au jeu des sept différences. Dans les deux cas, le public joue un rôle important, et ça, c’est pas moi qui vais le regretter. Puisque l’un des objets de ce blog est d’insister sur le fait qu’un concert, ce n’est pas qu’un groupe ou un artiste, c’est tout autant l’accueil, le public, la sécu, la technique, pour certains même le goût ou le prix de la bière.

Devant un public étonnamment assez jeune, très dark, et déjà bien allumé malgré l’heure précoce, les Swans déboulent ensemble, à l’ancienne, et entonnent une note en crescendo pendant… une vingtaine de minutes. La lumière est puissante et leur look totalement effrayant. Christoph Hahn joue de la steel-guitar en mâchant du chewing-gum. Donc, ça va. Mais si je le croise à Belcier à 4h du matin, owanmiguèye je me tire en courant c’est certain. Il faut noter que le crescendo a déjà atteint son maximum au bout d’une trentaine de secondes, et je ne tiens pas sans les bouchons plus d’une minute. A ce stade je suis déçu de ma performance auriculaire, mais bien bercé par cette note lancinante, je rentre dans la musique immédiatement.

Les GY!BE sont bien plus subtils. Durant les dix minutes qui précèdent leur entrée, un son ou plutôt un sourd grondement met le public en tension, et quand la lumière s’éteint, le Krakatoa complet retient son souffle. Pas un bruit. Sans aucun doute le moment le plus fort de ces deux concerts. Cela impose un trac immédiat à la violoniste Sophie Trudeau qui débute avec timidité et solennité de longues nappes sauce tremolo/delay. Cet effet, à mon grand regret, accompagnera son instrument pendant les 2/3 du concert. Rentrent un à un tous les musiciens pour composer cette fois un véritable crescendo d’une dizaine de minutes. Magistral, même si… on est loin. Certain.e.s musicien.ne.s nous tournent le dos. Je comprends avec une certaine frustration que cette distance m’accompagnera jusqu’au bout, et qu’elle est voulue. Du premier rang, j’ai la sensation de regarder une session de studio à travers une vitre. Comme souvent chez les groupes exigeants musicalement, on gratte un peu sur la générosité.

GY!BE au Krakatoa

White Trash

De la générosité, il y en a chez les Swans, et vas-y que je te joue un plan 224 fois à fond du début à la fin, avec un chant incantatoire qui m’a carrément dérangé. Les influences orientales, bien que digérées à la sauce américaine, évoquent Oum Khalsum ou Nusrat Fateh Ali Khan, mais pour les enterrer à nouveau au son d’un micro désespérément trop fort. Que Michael Gira chante mal ! C’est sûrement volontaire. Depuis les années 1980, ce groupe met les spectateurs à l’épreuve, c’est le principe. Autant la musique m’a plu, son côté Kraut-rock-industriel mais aussi la façon poétique de jouer avec le silence, les ruptures rythmiques, mais l’épreuve de ce chant m’a fait partir avant la fin, après tout de même deux petites heures.

Sur la lancée d’une intro remplie de delay et d’effets psychédéliques réussie, GY!BE enchaîne des « morceaux » relativement variés, pour ce qui est de l’impression auditive générale. Pour ce qui est du jeu des musicien.ne.s par contre, c’est tout le temps la même chose. Nappes, delays, jeu d’effet shoegaze. Le programme annonçait du « post-rock », pour moi ce n’est pas du tout ça le post-rock. Là, c’est beau, c’est profond, organique, mais ça n’envoie jamais valser les codes de la musique occidentale anglo-saxonne blanche : des mesures à 4 ou 6 temps, des gammes et progressions d’accord simples, le tout noyé dans des tonnes d’effets qui se renouvellent peu. En fait, c’est juste… un peu chiant. Mais ça ne me dérange pas, j’aime bien la musique chiante. Je regrette juste que le Krakatoa n’ouvre pas le balcon. En général, je trouve super énervant quand les salles adaptent les zones ouvertes au nombre de places pré-vendues, pour économiser une demi-heure de ménage ou faire croire au groupe que la foule est dense. Enfin, pas grave, c’est quand même pas ces concerts que tu crois aller voir à la Rock School Barbey et qui ont lieu en dessous dans la cafeteria d’Hélène et les Garçons parce qu’il n’y a que 150 préventes.

Je terminerai le concert derrière le fantastique projectionniste qui tel un DJ, enchaîne les bobines sur ces quatre projo-platines. Il a des boucles de pellicule partout, autour du cou, sur les épaules, il joue de la vitesse des projecteurs, quelle virtuosité ! On comprend pas tout mais c’est très impressionnant.

Le concert de GY!BE se termine dans un délai beaucoup plus raisonnable que celui des Swans, on en sort moins essoré aussi. L’experience est plus agréable, le message est passé moins en force qu’à Barbey. Deux jolis concerts, mais tout ça manque un peu de fun quand même. j’aurais aimé cela un peu moins white et un peu plus trash.

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L'AUTEUR
Rafael Bord
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