Coup de serpillère sur les quartiers prioritaires
Société 

Coup de serpillère sur les quartiers prioritaires

actualisé le 17/01/2015 à 17h16

Le quartier Palmer, à Cenon, toujours prioritaire (Photo Stéphane Moreale/Rue89 Bordeaux)

Le quartier Palmer, à Cenon, toujours prioritaire (Stéphane Moreale/Rue89 Bordeaux)

Les quartiers de trois communes girondines intègrent les 1300 quartiers prioritaires – contre 2500 jusqu’à présent –, présentés mardi par le gouvernement, dont la résidence Barthez, à Gradignan. Trois autres zones sensibles en sortent, et s’interrogent sur la pérennité de leurs actions de terrain.

Michel Labardin, le maire de Gradignan, a appris par la presse que la résidence Barthez intégrait le nouveau dispositif des quartiers prioritaires. Ce grand ensemble de 400 logements sociaux, est l’un des 100 nouveaux quartiers prioritaires (QP), sur les 1300 dévoilés ce mardi par le ministère de la Ville. Et  Gradignan est la seule nouvelle commune de la Communauté urbaine de Bordeaux à rejoindre ce dispositif, dans lequel figure toujours les zones sensibles de l’agglomération (Cenon, Lormont, les Aubiers…).

« Mais nous étions demandeurs d’appui pour ce quartier, ajoute Michel Labardin, maire de Gradignan. C’est un lieu de qualité, près du centre-ville et d’un grand parc, avec des établissements scolaires, où les gens vivent bien et n’ont pas de problème particuliers de sécurité. Pour autant, il s’y concentrent des familles avec des difficultés sociales et économiques plus importantes qu’ailleurs. Nous ne savons pas encore quelles seront les retombées de cette nouvelle cartographie, mais nous espérons qu’elle permettront d’investir, notamment dans l’insertion et la formation professionnelle. Nous avons d’ailleurs anticipé cette décision puisque nous ouvrirons en septembre un point d’accueil enfance et famille, destiné notamment aux familles monoparentales. »

Pauvreté des villes, exclusion des champs

Les quartiers prioritaires succèdent aux ZUS, CUCS et autres ZRU. En tout, six dispositifs aux zonages enchevêtrés cèdent la place à un seule appellation, dont le seul critère de sélection est le revenu des habitants d’un quartier : il ne doit pas excéder 60% du revenu médian national, soit moins de 11250 euros annuels. Il tenait compte auparavant d’autres critères (taux de chômage, équipements…).

Avantage : cela permet d’inclure dans le dispositif des zones urbaines exclues du précédent plan à cause du faible nombre d’habitants. Mais aussi des quartiers en zone rurale, des poches de pauvreté ignorées des plans précédents, focalisés sur les grandes villes. Ainsi, en Gironde, deux petites communes sont concernées : Coutras, dans le Libournais, et Sainte-Foy-la-Grande, à la limite de la Dordogne et du Lot-et-Garonne.

En revanche, si passer de 2500 à 1300 quartiers prioritaires permet d’éviter le saupoudrage des moyens, cela ne fait pas que des heureux. Trois villes quittent le dispositif : Ambarès-et-Lagrave, Sainte-Eulalie et Villenave-d’Ornon.

« Nous avons appris lundi par un courrier du ministère que la ZUS de Sacrifiant n’était pas retenue, indique Yannick Huet, adjoint au maire de Villenave, délégué à la politique de la Ville. C’est un mauvais coup, mais on s’y attendait car l’Etat réduisait ses aides depuis des années, nous ne touchions plus que 25000 euros. Mais à l’heure actuelle, nous ne savons pas si nous allons pouvoir compenser ce manque à gagner pour les associations. Or si nos quartiers sont plus apaisés que d’autres zones sensibles à Lyon et Paris, c’est aussi parce qu’on a pu y consacrer des moyens. Il va désormais falloir être imaginatif et attendre de voir si des financements pourraient venir de la Cub, lorsqu’elle va récupérer avec la loi métropole la compétence politique de la ville. »

« Les collectivités ne pourront pas se substituer à l’Etat »

A Bordeaux, la géographie de la politique de la ville a peu bougé. Mais les quartiers de Bordeaux-Sud, Saint-Jean, et le nord des Chartrons quittent le dispositif. Alexandra Siarri, adjointe au maire de Bordeaux en charge de la cohésion sociale et territoriale, espère au moins que le dernier quartier cité, qui compte deux centres sociaux culturels, pourra devenir un « territoire de veille » bénéficiant d’aides de droit commun :

« Comme pour la réforme des régions, on a les premières grandes lignes, mais on verra à l’issue du temps de concertation prévu pendant l’été, ce que ces espaces recouvrent. Vont se poser concrètement la question de l’emploi aidé et la survie de certains dispositifs vitaux dans les quartiers. Les collectivités, sur lesquelles vont peser 11 milliards d’euros d’économie, ne pourront pas toujours se substituer à l’Etat. »

Les crédits du ministère de la Ville sont aujourd’hui peu élevés, de l’ordre de 400 millions d’euros. Mais la reconnaissance en tant que quartier prioritaire ouvrira la possibilité de bénéficier des programmes du prochain plan de rénovation urbaine, doté de 5 milliards d’euros.

D’autres acteurs locaux redoutent des déséquilibres générés par le seul critère désormais retenu pour lister les « QP », les 60% du revenu médian.

« Cela pourrait réduire le nombre de bénéficiaires, estime Isabelle Forêt-Pougnet, adjointe en charge du développement social, urbain et de la vie citoyenne à la mairie de Bègles. Ainsi, chez nous, du fait de la hausse du revenu moyen à Belcier, le quartier Yves Farge risque d’être exclu du nouveau plan. »

L’élue compte sur l’association Villes et Banlieues, dont Bègles, Talence et Lormont font partie, pour relayer l’inquiétude des acteurs locaux de la politique de la ville quant au sort des villes de banlieues.

« Le gouvernement, même socialiste, semble oublier les difficultés de ces communes. D’autant que, alors que François Lamy était entièrement dédié à ce poste, nous n’avons plus aujourd’hui de ministre de la Ville. Ministre des Femmes, du Sport, de la Jeunesse, Najat Vallaud-Belkacem est un peu noyée dans tout ça. »

Or les contours précis des nouveaux quartiers restent encore à définir. L’été sera studieux.

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