Venir retrouver sa virginité à Bordeaux
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Venir retrouver sa virginité à Bordeaux

actualisé le 08/07/2014 à 16h33

Femmes arabes (Photo d'illustration WS/Rue89 Bordeaux)

Femmes arabes (Photo d’illustration WS/Rue89 Bordeaux)

Voilà l’été ! Parmi les voyageurs qui prendront l’avion à destination des villes d’Europe, tous ne partent pas en vacances. Comme d’autres femmes arabes, Hind fait un aller retour Alger-Bordeaux pour une reconstitution d’hymen. Elle veut pouvoir se marier dans son pays, sans risquer d’être reniée parce qu’elle n’est plus vierge.

La destination préférée est souvent Paris. Mais Hind connait du monde à Bordeaux, ce qui la rassure un peu et atténue l’angoisse de son voyage depuis Alger jusqu’à la capitale girondine.

Sa gynécologue est d’origine algérienne et, par la bande, ses coordonnées se passent dans une discrétion absolue. Car les femmes qui veulent venir jusqu’à Bordeaux pour une consultation ne voudraient pour rien au monde que ça se sache.

Hind a 29 ans et elle a recours à une reconstitution de l’hymen pour être vierge la nuit de ses noces.

Notre rencontre avec Hind

C’est par le plus grand des hasards que nous avions évoqué ce phénomène de reconstitution de l’hymen – qu’une dépêche de l’AFP avait relevé chez les femmes tunisiennes – devant une médecin gynécologue installée dans la proche banlieue bordelaise. Elle nous a alors évoqué le cas de ses patientes venues d’Algérie. L’une d’entre elles, Hind, a bien voulu nous en parler.

Nous ne serons pas des bonnes mères

Hind est franco-algérienne. A la fin de ses études, en 2013, elle est rentrée à Alger parce que, pour elle, les perspectives sont plus intéressantes. Elle a fait une formation dans le management international et elle espère apporter aux entreprises françaises qui s’installent en Algérie une connaissance du terrain et une maîtrise des deux langues : arabe et français.

Même si professionnellement, la réussite n’est pas au rendez-vous, l’amour, lui, l’est.

« Je n’ai pas vu venir, il a tout fait pour une nuit d’amour et puis le lendemain, plus de nouvelles. C’est ça la mentalité dans les pays arabes : une femme qui n’est pas vierge avant le mariage est une traînée. »

Hind a vite compris. En discutant avec de nombreuses femmes algériennes, elle a découvert que beaucoup d’entre elles décident de recourir à la chirurgie pour éviter d’être rejetées par les hommes qui considèrent que les femmes qui ont eu des rapports sexuels avant le mariage ne seront pas des bonnes mères.

En été, ça passe mieux !

Comme Hind, elles sont nombreuses à recourir à la chirurgie. L’opération qui consiste à reconstituer l’hymen est possible en Algérie. Elle coûte de 800 à 1 400 dinars (400 à 700 euros), suivant qu’elle vise à rétablir l’état « virginal » pour quelques jours (hyménorraphie) ou de manière durable (hyménoplastie).

« Le nombre de femmes qui ont recours à l’hyménoplastie ou à l’hyménorraphie a bien augmenté ces dernières années », dit la gynécologue qui reçoit Hind à Bordeaux et qui veut garder l’anonymat.

Hind préfère venir en France. Elle a pourtant entendu dire que des médecins en Algérie pratiquaient ce type d’opération.

« Des amies m’en ont parlé, mais je n’étais pas rassurée. Je me suis dit qu’une fois en été, je viendrai le faire à Bordeaux. En été, ça passe mieux, tu dis que tu pars en vacances et puis voilà ! »

Issue d’une famille aisée, Hind vient souvent en France. Avoir entendu parler de cette gynécologue a fini par la convaincre.

« J’ai eu une discussion avec elle au téléphone et je me suis sentie assez à l’aise. C’est une femme ! En Algérie, on ne m’a parlé que de médecins hommes. »

Sa gynécologue le confirme :

« Je sais que beaucoup de femmes se font opérer chaque année. Elles le font en arrivant voilées chez le médecin pour ne pas être reconnues ! On en parle mais impossible de savoir vraiment l’ampleur du phénomène. C’est un sujet tabou. »

Les Tunisiennes aussi…

Selon une dépêche de l’AFP datant d’avril 2014, beaucoup de Tunisiennes également veulent être vierges la nuit des noces. Le gynécologue Faouzi Hajri, qui exerce à Tunis, opère plus de cent patientes par an, dont des Algériennes et des Libyennes. Il a même constaté un phénomène saisonnier : les demandes augmentent à partir du mois d’avril car avec les beaux jours approche la saison des mariages.

Pour le Dr Hajri, ce phénomène s’explique notamment par le recul de l’âge moyen du mariage. De nombreux jeunes Tunisiens et Tunisiennes ont des relations sexuelles avant le mariage, ce qui fait que le nombre d’hyménoplasties augmente.

Dans son livre « Vierges ? La nouvelle sexualité des Tunisiennes », la psychanalyste Nédra Ben Smaïl note que « les médecins estiment à seulement 5% les filles qui ne se préoccupent pas de la question de la virginité avant le mariage. 20% seraient de vraies vierges et plus des trois quarts seraient des vierges médicalement assistées ».

« Le mode de vie en Tunisie semble moderne et ouvert mais la réalité reflète le contraire : notre société et même nos élites se montrent tolérantes vis-à-vis de la virginité en théorie, mais quand elles sont concernées, la virginité devient une condition primordiale pour le mariage », affirme le sociologue tunisien Tarek Belhadj Mohamed.

La Tunisie est pourtant, depuis les années 1950, le pays arabe où les femmes disposent le plus de droits et la nouvelle Constitution, adoptée en janvier, reconnaît l’égalité des sexes.

Une femme absente de la société arabe

Hind accepte les contraintes de sa société et se considère malgré tout comme une femme libre. Elle préfère fermer les yeux sur cet aspect des choses parce que, selon elle, les hommes algériens, et les hommes arabes en général, même s’ils ont l’esprit ouvert, sont capables de penser une chose et son contraire.

« Pour dire les choses d’une manière simple : pour les hommes algériens, les femmes sont “toutes des salopes sauf ma mère… et parfois ma sœur quand elle ne sort pas”. Ils sont eux-mêmes victimes d’une société qui leur impose l’absence de la femme. Ce qui pervertit leurs regards sur la femme, puisqu’elle n’existe plus en tant qu’être humain. »

Elle éclate de rire en balayant de la main les propos qu’elle vient de prononcer, avant de reprendre avec une lucidité épuisée :

« Comparé à la France où on dit que 40% des viols ne sont pas avoués parce que les femmes n’ont pas le courage d’évoquer les détails, en Algérie plus de 95% de viols ne sont pas avoués, pas seulement pour l’épreuve de la reconstitution, ne serait ce que verbale, mais aussi à cause du poids de la société. La plupart des femmes préfèrent se taire que de témoigner, parce que là-bas le déshonneur d’une femme est une malédiction à vie. »

L'AUTEUR
Walid Salem
Walid Salem
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