Quatre scénarios pour projeter Bordeaux Métropole en 2050
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Quatre scénarios pour projeter Bordeaux Métropole en 2050

Du scénario « business as usual » à « l’exigence décarbonée qui règle la ville », la mission Bordeaux Métropole 2050 a tenté de dessiner des futurs possibles, et de fournir une boîte à idée aux élus.

Les élus de Bordeaux Métropole on salué ce vendredi le « vrai succès » de la démarche prospective #BM2050, à laquelle ont participé 120000 personnes depuis l’an dernier. Des 2000 propositions recueillies, les porteur de ce projet ont dégagé 4 scénarios, en partie dévoilés lors de la journée de restitution.

« Le  premier grand enseignement, c’est que nos concitoyens attendent une vraie démocratie participative, mais ils veulent en même temps une parole politique très forte », estime Patrick Bobet.

Le développement durable s’est imposé comme un sujet majeur à BM2050, observe le président de Bordeaux Métropole. Toutefois, « nos concitoyens en ont soupé des mises en garde et des alertes, ils sont en attente de réponses très pratiques. »

« Pas un projet clé en main »

Comment y répondre ? La mission BM2050 a échafaudé 4 scénarios synthétisant les idées des Bordelais.

« Il n’est pas question de livrer un projet clé en main, ce serait ridicule et on serait sûrs d’être démentis par les faits, relève Jacques Mangon, vice-président de la métropole en charge de ce projet. L’idée était de faire émerger des scénarios qui paraissent cohérents, et de permettre de dessiner des futurs par rapport auxquels les politiques devront faire des choix. »

Le premier d’entre eux est un scénario « au fil de l’eau, demandé par tous ceux qui souhaitent que rien ne change ». L’augmentation des prix de l’immobilier se confirme, « et donc l’éloignement de la classe moyenne toujours plus tributaires de sa voiture » ; la métropole repousse « sur ses franges de plus en plus de personnes souffrant d’un sentiment de déclassement donc d’injustice ». Bref, l’agglomération telle que la décrivent dès aujourd’hui les Gilets jaunes….

Les chantiers d’Euratlantique vus depuis la rive droite (SB/Rue89 Bordeaux)

Khmers verts

Le scénario 2 est « celui d’une métropole extrêmement dense décidant de restreindre de façon drastique sa circulation automobile nuisante » (interdiction des diesels, péages urbains sur la rocade et les boulevards…), mais aussi d’imposer l’isolation de ses bâtiments anciens, d’interdire le béton dans ses constructions, d’imposer des circuits courts…

« Ce scénario est celui qui nous rapproche le plus de l’objectif zéro CO2 en 2050, commente Jacques Mangon. Mais sa mise en oeuvre façon « khmer vert », assez liberticide, donne une part limitée aux citoyens, et risque d’être coûteuse et difficile à faire accepter ».

Le troisième scénario, « La nature redessine la ville », est celui d’une « croissance différente », sur les franges des 28000 hectares de nature de la métropole, avec développement systématique des plantations de rue, des ilots de fraicheur… « L’adaptation au réchauffement climatique occupe une place aussi stratégique que celle de la mobilité, voire davantage ».

Défis

Jacques Mangon ne cache pas sa préférence pour le scénario 4, « l’équilibre des territoires fait la vie », même si son contenu reste à ce stade très évasif. Cet équilibre concerne « l »intérieur de la métropole mais aussi vis à vis de l’aie d’influence métropolitaine » ; il est question « des réseaux, du collaboratif, des nouveaux écosystèmes, du soutien aux énergies humaines » (…), des nouveaux modes de déplacement, du développement de l’emploi en péri-urbain…

Ces prospectives seront détaillées dans un livre à paraître le 11 juin, « 2050, tout commence aujourd’hui ». A un an des élections municipales, sera-t-il en mesure de peser dans le débat local, voire de changer des politiques ?

Jacques Mangon juge notamment que la qualité thermique des logements « n’est pas à la hauteur des défis pour 2050 » (même si la métropole a récemment validé un programme immobilier d’Euratlantique optant pour la réglementation thermique (RT) 2012, moins vertueuse, mais moins chère, que la RT 2020).

Le quartier Bastide Niel en construction (SB/Rue89 Bordeaux)

« Cela conforte un certain nombre de nos convictions et ce qu’on ressent sur le terrain, avec notamment l’accélération de la prise de conscience du défi climatique, répond pour sa part Nicolas Florian, maire de Bordeaux. On l’utilisera le moment venu comme boîte à idée, et je ferai mon marché dans ces propositions, parmi celles qui paraissent le plus évidentes. »

Effondrement

S’il apprécie aussi le côté « boîte à idée » et « la bouffée d’oxygène de ces politiques-fictions », Alain Anziani, le maire de Mérignac et premier vice-présidente la métropole, parait moins emballé par la dimension Mme Irma de l’exercice :

« Je vous fiche mon billet que dans quelques années, un 5e ou un 6e futur que nous n’avons pas prévu pourrait se dessiner. La prospective n’a jamais été un rendez-vous. Et deux questions me semblent minorées : celle des migrations – que fait-on des populations qui vont arriver – et celle du progrès technique. Demain, on peut avoir des véhicules propres… »

Certes, mais en attendant qu’ils remplacent tous nos actuels véhicules polluants, ou que ceux-ci soient interdits, il sera peut-être trop tard, si on s’en tient aux scénarios du GIEC. On fait ainsi remarquer à nos élus que les scénarios de BM2050 ne semblent pas prendre en compte l’hypothèse d’un effondrement de notre civilisation, et de l’adaptation à une société sans énergies fossiles.

« L’effondrement, les scénarios deux et trois en tiennent largement compte, objecte Jacques Mangon. Et si l’hypothèse catastrophiste n’est pas retenue dans les 4 scénarios, elle est très présente dans les nouvelles du concours de Rue89 Bordeaux, notamment « La chasse », qui met en scène l’élimination des responsables politiques défaillants. »

Elle l’est aussi dans « La métropole du futur, 4 scénarii prospectifs pour Bordeaux en 2050 », réalisés par le Forum urbain (centre d’innovation de l’université de Bordeaux) pour #BM2050. La « Rétropole d’avenir » imagine par exemple un modèle de métropole citoyenne et coopérative, ayant opté pour le retour à la terre après un effondrement causé par une guerre du pétrole. La « Survivopole » prône aussi la décroissance après un accident nucléaire à Blaye, et voue un culte à la nature, mais s’en remet à une caste de décideurs charismatiques.

L’une des richesses de #BM2050 est ainsi d’avoir ouvert les vannes de la prospective à de nombreux acteurs, comme Bordeaux Sciences Agro qui a planché sur l’alimentation en 2050, l’IJBA sur « des médias locaux pour demain », ou l’Ensap sur les lisières de la métropole. De quoi nourrir le débat pour les années à venir.

L'AUTEUR
Simon Barthélémy
Simon Barthélémy
Journaliste, rédacteur en chef de Rue89 Bordeaux

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